AccueilMusique

À la découverte de Dua Lipa, la sensation britannique qui dépoussière l’indie pop

Publié le

par Florian Ques

Catapultée au top des charts grâce à son timbre soul facilement discernable, Dua Lipa se met à nu dans un premier album portant son nom. Aux antipodes de ses homologues pop hypersexualisées, la chanteuse londonienne se démarque et se montre prête à conquérir le globe. Focus sur une carrière musicale en crescendo.

Au premier regard, Dua Lipa a tout d’une égérie de Victoria’s Secret, avec sa silhouette élancée, son regard de braise et, de toute évidence, une photogénie à faire pâlir les accros aux selfies. En revanche, à la première écoute, cette jeune artiste britannique nous met une sacrée claque. Subtilement éraillée, sa voix de contralto surprend autant qu’elle envoûte. Du haut de ses 21 ans, Dua exsude une assurance déconcertante. Un peu comme si elle avait fait ça toute sa vie, ou presque.

Partagée entre le Kosovo et la capitale anglaise, son enfance est rythmée par la musique dès son plus jeune âge. Un intérêt précoce qu’elle doit volontiers à son géniteur : "Mon père a été une grande inspiration pour moi. C’était un musicien. Avoir grandi dans un foyer où la musique était aussi présente a été l’une des raisons qui m’ont poussée vers ce genre de carrière." Une carrière inaugurée en catimini sur une certaine plateforme de vidéos américaine.

Comme tout digital native qui se respecte, une Dua Lipa adolescente part en quête de visibilité sur YouTube, postant une flopée de reprises d’artistes qui l’inspirent. Après avoir suffisamment tâté le terrain et appris les ficelles du networking 2.0, la brunette décroche un contrat avec le label Warner Bros. Records. La consécration : son tout premier album est en route et son rêve de gloire bien entamé.

La singularité avant tout

À l’été 2015, pendant que certains se dorent la pilule en bord de mer, Dua lâche son premier titre "New Love", agrémenté d’un clip rétro en quatre tiers. Dès lors, elle façonne son identité artistique avec des morceaux aux sonorités et influences variées, passant du très punchy "Blow Your Mind (Mwah)" à la ballade mélancolique "Room for 2". Qualifié de dark pop par les médias US, son genre musical peine à être formellement défini. Comme elle l’explique :

"C’est principalement de la musique pop, mais c’est très diversifié en termes de genres. Je dis surtout aux gens qu’ils me découvrent moi-même en tant qu’artiste lorsqu’ils écoutent mon album dans son intégralité. J’ai énormément d’influences, notamment des artistes qu’écoutaient mes parents comme Stereophonics, Radiohead et David Bowie. J’aime beaucoup Nelly Furtado aussi. Puis, plus tard, le hip-hop a été très présent dans ma vie. C’est un peu un mélange de tout ça et c’est ce à quoi je m’identifie au bout du compte."

Pour sa première immersion dans l’industrie musicale, Dua Lipa opte pour un nom d’album classique mais efficace : Dua Lipa. Jouant la carte de la transparence, elle affirme s’être investie au maximum dans l’élaboration de chaque titre. "Parfois, j’avais le syndrome de la page blanche et ça me prenait du temps pour comprendre qu’il fallait être le plus honnête possible. Il faut que je sois un livre ouvert," nous confie-t-elle, soulignant au passage la sincérité qu’elle insuffle dans son art.

© Nicole Nodland

Une véritable mise à nu, perceptible dans chacun de ses couplets. Une majorité de ses titres possède un dénominateur commun, trouvant comme point d’ancrage des histoires d’amour toxiques voire corrosives. Avec son phrasé tantôt dynamique, tantôt languissant, Dua parvient à communiquer les émotions qui accompagnent en règle générale ces déboires sentimentaux :

"L’inspiration pour "Hotter than Hell" était essentiellement une relation très toxique. Je suis allée dans le studio et je n’ai pas arrêté d’écrire sur cette relation, en me positionnant toujours comme une victime qui s’apitoyait sur son sort. Je ne voulais pas me sentir comme ça, je ne voulais pas montrer ma faiblesse. Écrire une chanson comme "Hotter than Hell" m’a plus ou moins permis de prendre le dessus."

Des alliés de taille

Après un départ en trombe, propulsée par "Be The One" dont le clip culmine désormais à près de 114 millions de vues, Dua voit sa cote de popularité grimper en flèche. La vingtenaire londonienne devient un atout marketing pour des grandes marques telles que Footlocker et MAC, s’associant avec cette dernière pour lancer son propre gloss pailleté estampillé Dua Lipa. Mais, surtout, sa visibilité croissante lui permet de signer des collaborations musicales aux petits oignons. Après avoir embrasé le dancefloor avec Sean Paul sur "No Lie" et Martin Garrix pour "Scared To Be Lonely", elle se sent pousser des ailes dans "Lost In Your Light" featuring Miguel.

"En ce qui concerne Miguel et Sean Paul, ils m’ont eux-mêmes contactée avec une chanson en tête. J’étais bien évidemment contente puisque je les apprécie énormément en tant qu’artistes. Miguel était d’ailleurs sur ma liste de personnes avec qui je souhaiterais travailler, mais jamais je n’aurais pensé qu’on trouverait un titre avec lui sur mon prochain album. On s’est très bien entendus dans le studio et j’ai eu de la chance de ressentir une telle connexion."

Également dans la tracklist de Dua Lipa : Chris Martin, le leader de Coldplay, pour le titre mélancolique "Homesick". Quant aux autres musiciens présents sur sa fameuse liste ? "J’adorerais collaborer avec Frank Ocean, Sampha, The Weeknd… Il y a vraiment, vraiment beaucoup de personnes que j’admire." Une pléiade de voix masculines, en somme. Lorsqu’on lui demande de choisir une seule artiste féminine avec qui pousser la chansonnette, les choses se corsent : "C’est difficile. Une seule ? Je ne sais pas… J’aime énormément Rihanna."

En dépit de cette montée en puissance inouïe, Dua sait garder les pieds sur terre et conserve son authenticité inébranlable. Fashionista avérée, elle n’a tout bonnement pas l’exubérance et l’excentricité qu’ont les impératrices de la pop. Involontairement, la jeune femme cultive une image plus pudibonde, se détournant de l’hypersexualisation quasi systématique de ses homologues. Une pureté qui va jusqu’à transparaître dans son tube plus acoustique "Thinking 'Bout You", mais aussi dans le lien étroit qu’elle entretient avec sa fanbase.

Dua l’intrépide

Septembre 2016. Suite à l’annulation anticipée de son concert parisien prévu pour début 2017, Dua Lipa s’excuse auprès de ses followers français. De passage dans la ville lumière pour un défilé Étam, elle donne rendez-vous aux plus aguerris devant la pyramide du Louvre. Pour se rencontrer, pour discuter. Sur place, une trentaine de personnes s’est pointée et observe la jeune femme s’avancer vers eux, perchée sur des talons vertigineux, Perfecto en cuir sur les épaules. S’ensuit alors un échange touchant où Dua enlace ses fans, les remercie d’être venus à sa rencontre et s’excuse une énième fois pour son concert déprogrammé.

"C’est grâce à mes fans que je suis là, que j’ai l’opportunité de voyager dans différents endroits. Ne pouvant pas assurer le concert à Paris, je voulais leur montrer qu’ils m’étaient très chers et que je reviendrai au plus vite. Les rencontrer n’était qu’un juste retour. C’est très important pour moi de prendre le temps de discuter avec eux, surtout sur les réseaux sociaux. C’est aussi très fun pour moi d’apprendre à les connaître à un niveau plus intime."

On l’aura compris, sa success story est loin de lui être montée à la tête. Discrète de prime abord, Dua ne cache pas son enthousiasme quant à la réussite qu’elle rencontre. "Je me sens très reconnaissante pour tout ce qui m’est arrivé. J’ai de la chance de pouvoir partager ma musique et qu’elle soit aussi bien reçue à travers le monde. Ça me donne surtout envie de bosser encore plus dur," concède-t-elle avec détermination. Détermination qui la motive pour un deuxième disque ? "Il y a effectivement des chansons sur lesquelles j’ai déjà commencé à travailler qui iront sur un second album."

Pour l’heure, Dua Lipa se focalise sur sa période post-album, laquelle prend des airs de road trip à travers le globe : "Le jour où l’album sort, j’attaque une tournée de festivals jusqu’en septembre et ensuite je serai en tournée pour le reste de l’année, tout simplement." Une vraie working woman. Elle prendra tout de même le temps de faire une escale à Paris au Yoyo le 17 octobre prochain. Quoi qu’il en soit, Dua a établi des fondations solides pour une carrière prometteuse, prouvant qu’elle était capable d’allier des morceaux éthérés avec des titres catchy et assurément plus mainstream. En 2017, la conquérante, c’est elle.

L’album de Dua Lipa est disponible sur iTunes.

À voir aussi sur konbini :