Comment J.Cole a rendu bankables des inconnus avec Revenge of The Dreamers III

La compilation de Dreamville se place directement première du Top Albums. Un pari réussi pour le rappeur et son équipe méconnue.

Depuis le début de l’année 2019, J. Cole cherche à changer de statut. Souvent considéré comme l’ermite du rap américain avec ses albums composés quasiment seul sans aucun invité, le rappeur de Caroline du Nord a transformé son image via des featurings efficaces avec 21 Savage, Offset, Young Thug ou Travis Scott ainsi qu’avec son tube conquérant, "MIDDLE CHILD".

Dans la foulée, il a teasé la création du troisième volume des compilations Revenge of the dreamers avec une campagne efficace alors qu’il était pourtant très avare en mots. Depuis, quelques extraits ont été mis en avant mais c’était surtout la multiplication des invités aux séances d’enregistrement qui intriguait.

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En effet, les deux premières compilations étaient tournées quasiment dans leur intégralité à la présentation et la mise en avant des artistes du label de J. Cole comme Bas, Cozz, Ari Lennox, Omen ou Lute avait déjà lieu. Cette fois-ci, le projet est beaucoup plus ambitieux vu qu’il intègre de nouveaux venus très puissants comme J.I.D. et Earthgang mais aussi de nombreux invités prestigieux.

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Mais alors que de grands noms comme Meek Mill, DJ Khaled ou Rick Ross sont passés dans les studios, J. Cole a décidé d’orienter la direction de la compilation vers la découverte et la mise en place d’artistes encore émergents. Ainsi J.I.D., Cozz, EarthGang ou Bas y côtoient toute une nouvelle génération d’artistes créatifs et en pleine ascension comme eux.

Pour encore créer une véritable histoire autour de ce développement artistique, Dreamville propose un documentaire sur les sessions d’enregistrement de janvier 2019.

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Comme l’a aussi fait Nekfeu cette année, J. Cole garde ainsi totalement la vision et la narration autour de ce projet collectif pour mettre en avant la création, l’équipe, le partage. Il se place aussi lui-même en parfait distributeur, en numéro 10 de luxe. Et c’est surtout les morceaux avec au moins cinq intervenants qui prennent le dessus, comme si le but était vraiment de créer sur le collectif, l’union et le mélange total. 

Afin de replacer Revenge of the Dreamers III dans son contexte, revenons sur la liste de tous ces parfaits intervenants, des plus connus aux plus obscurs d’entre eux. Les véritables gagnants de cette aventure.

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J.I.D. & EarthGang 

C’est sûrement la signature la plus audacieuse et la plus intéressante de J. Cole depuis les débuts de Dreamville. En ayant un coup de cœur pour ces jeunes artistes d’Atlanta, le rappeur se focalise sur une nouvelle génération qui mélange parfaitement l’esprit du rap 90’s avec les sonorités actuelles sautillantes de la trap ou du mumble rap. J.I.D. est un électron libre techniquement imparable avec des fulgurances encore sur ce disque comme sur "Down Bad", "Wells Fargo" ou "Ladies Ladies Ladies" en duo avec la légende de sa ville T.I. Il a sorti récemment un volume deux de DiCaprio, une bonne bouffée d’air frais.

Avant de signer sur Dreamville, J.I.D. travaillait déjà énormément avec le duo EarthGang composant ensemble le collectif Spillage Village. Leur complémentarité n’en est que plus rayonnante avec les moyens et les directions de J. Cole ainsi que ses producteurs. EarthGang se permet même le luxe de poser un extrait de leur album à venir Mirrorland, l’enivrant "Swivel". Souvent comparé à Outkast pour leur vision psychédélique et leur musicalité cosmique, ce nouveau duo d’ATLiens prend le pouvoir sur cette compilation sur des passes de grande classe sur "Sacrifices" ou "1993". 

Young Nudy (sur "Down Bad" et "Sunset")

C’est sûrement une des plus belles surprises de cette compilation, la présence du cousin de 21 Savage, le talentueux Young Nudy. Proche du producteur Pi’erre Bourne, ce rappeur d’Atlanta a sorti ces dernières années des projets efficaces et très prenants comme Nudy Land, SlimeBall 3 ou Sli’merre. Avec la même nonchalance que 21 mais en plus mélodique, Young Nudy surfe sur des productions toujours chaotiques, parfois difficiles d’accès pour les rendre sucrées et amères en même temps. 

Sur Revenge of the dreamers 3, il a même le droit à un duo avec J. Cole produit par ChaseTheMoney, le concepteur sonore derrière le minimalisme de Valee. J. Cole est parfait sur ce type d’instrumental, créant un nouveau style pour lui, plus moderne, articulé et compétitif. Young Nudy se dévoile un peu plus dans un tourbillon chevrotant. Un des grands moments de la compilation avec l’intervention de 21 Savage au début sur juste une mesure.

Buddy (sur "1993" et "Costa Rica")

La collaboration de Buddy avec Dreamville fonctionne parfaitement, il est très présent sur le disque. Le développement artistique du rappeur de Compton est très proche des ambitions du label : une indépendance soutenue par des choix artistiques forts et des amis tonitruants. 

Buddy a sorti un excellent album en 2018, Harlan & Alondra, très personnel et avec une âme soutenue par la direction de Mike & Keys, très orchestrée. On ressent d’ailleurs l’impact de cet univers, proche de celui de Nipsey Hussle ou Kendrick Lamar dans l’ambiance globale de la compilation. Buddy est clairement une pièce maitresse de l’ensemble.

GuapDad 4000 (sur "Don’t Hit Me Right Now", "Oh Wee… Swerve" et "Costa Rica")

GuapDad 4000 est un jeune artiste californien, roi des mélodies imparables. Il est devenu un peu le monsieur refrain de ses sessions de janvier. Au final, l’artiste est présent sur trois titres avec des refrains très entraînants, parfaits points d’ancrage pour le défilé de talents très éclectiques niveau rap.

GuapDad 4000 fait partie de cette nouvelle génération d’artistes d’Oakland comme ALLBLACK ou Offset Jim, plutôt sous-estimée pour le moment. Cette nouvelle exposition un peu incongrue ne peut que lui faire du bien. En attendant, son morceau "Floassin" est devenu un tube en Californie donc bientôt dans le monde entier.

Reason (sur "LamboTruck")

Reason est la dernière signature de TDE, le prestigieux label de Kendrick Lamar, Schoolboy Q ou SZA. La plupart des gens l’ont découvert avec la bande-son de Black Panther. Il a ensuite sorti en 2018 le très bon album There You Have It, parfaite carte de visite pour ce rappeur de Carson.

Technique et rugueux, Reason se rapproche d’une tendance de fond dans le rap californien, proche d’univers comme celui de Jay Rock, Kendrick ou Mez, le protégé de Dr. Dre découvert sur son album Compton. Ce style très ensoleillé mais violent est aussi celui de Cozz et Lute, justement signés sur Dreamville. Cozz avec qui il collabore d’ailleurs sur ce puissant "LamboTruck" au fond brutal et au rythme chaloupé.

Smino & Saba (sur "Sacrifices" et "1993")

Le rapprochement entre Smino & Saba et la clique Dreamville est presque évident. Les deux artistes descendants des vocalises de Chance The Rappeur creusent un sillon très musical et exigeant, parfaitement dans la lignée de J. Cole et son équipe.

Ce rapprochement se fait aussi avec le producteur de Smino, Monte Booker et son univers cristallin, qui a certains points d’impact sur la production globale de la compilation.

DaBaby (sur "Under The Sun")

Le gros coup de poker de la compilation. En janvier dernier, J. Cole invite DaBaby qui vient tout juste de sortir son hilarant mais tendancieux "Walker Texas Ranger". Depuis il a sorti un album et un tube qui cumule plus de 101 millions de vues, "Suge".

Sa formule fait mouche entre sérieux de la rue et loufoque de cartoon, totalement dans son temps. En ouverture de la compilation sur "Under The Sun", il se paye même le luxe d’avoir J. Cole, Lute et même Kendrick Lamar sur le refrain, non crédité car juste bouclé sur une mesure. Le top de la réussite, 2019 lui appartient totalement.

Et sa présence prouve encore l’ouverture totale de J. Cole sur 2019, s’amusant sur chaque couplet. Car malgré cette armée d’artistes présents, J. Cole reste au-dessus de la mêlée, toujours dans une bonne humeur super communicative. Le mélange lui fait énormément de bien.

Écoutez Revenge of The Dreamers 3, la dernière compilation du label Dreamville de J. Cole.

 

 

Par Aurélien Chapuis, publié le 18/07/2019

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