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Docu : les gangs ont-ils enfanté la culture hip-hop ?

Publié le

par Naomi Clément

Comment est né le hip-hop ? Un réalisateur new-yorkais offre une réponse alternative à cette question que l'on pensait sans équivoque. Pour lui, les gangs seraient bel et bien à l'origine de cette sous-culture devenue phénomène mondial. 

Dans les années 1970, les gangs régnaient dans les rues de New York – et auraient enfanté le mouvement hip-hop © RubbleKings.com

Si le hip-hop constitue aujourd'hui l'une des cultures les plus mainstream et l'un des genres les plus prolifiques de l'industrie musicale, cela n'a pas toujours été le cas. À sa naissance dans le Bronx des années 1970, il est avant tout la voix d'une jeune génération afro-américaine désireuse de contester la culture dominante des Blancs.

Mais certains ont une vision quelque peu différente sur la génèse véritable du hip-hop. C'est le cas du réalisateur américain Shan Nicholson, dont nous vous parlions déjà il y a quelques temps. Pour ce pur produit de la Grosse Pomme, la culture hip-hop a pour origine un autre contexte : celui des gangs new-yorkais des années 1960 et 1970, et de leur très grande violence.

Dans son documentaire Rubble Kings, Shan Nicholson offre ainsi une réponse alternative à cette question jusqu'ici sans équivoque : d'où vient le hip-hop ? Pour ce féru de musique (qui est aussi DJ et producteur), ce sont les gangs eux-mêmes et la violence en cours dans les quartiers défavorisés de New York dans les 70's qui ont enfanté le mouvement hip-hop.

De la violence au hip-hop

Entre interviews avec des historiens, musique et images d'archive (que notre réalisateur a récoltées durant huit années), Rubble Kings s'avère être l'un des documents les plus complets sur ce lien dont on a rarement entendu parler entre violence des gangs et culture hip-hop.

Sur le site dédié au film, Shan Nicholson revient sur la naissance de son documentaire :

Enfant, le hip-hop était mon monde : c'était un mouvement qui se dressait devant chaque maison, dans chaque quartier, à travers toute la ville. Quand on était gosses, on entendait les histoires de générations passées et de gangs qui régnaient sur les rues [...] Nous n'avions aucune idée sur le fait que ces gangs jouaient un rôle majeur dans la naissance des morceaux que l'on écoutait alors.

Plus tard, j'ai commencé à produire de la musique et à faire des DJ sets un peu partout dans New York. La chasse aux disques constituait l'un de mes rituels quotidiens. Lors d'une de ces missions, je suis tombé sur l'un des graals pour un collectionneur dans mon genre : un album de Latin funk appelé Power Fuerza, des Ghetto Brothers [un ancien gang devenu groupe de musique, fondé à New York à la fin des années 1960, ndlr]. Non seulement la musique était incroyable, mais leur histoire m'a hanté pendant des mois.

Les Ghetto Brothers ont préféré la paix à la violence, après la mort d'un de leurs frères. Ce choix a profondément fait écho en moi. J'avais également perdu l'un de mes meilleurs amis au cours d'un acte de violence sans nom. Cela a bousculé mon monde, et voilà que je faisais face à cette histoire de courage incroyable, qui se relève devant l'adversité. Il fallait que je raconte cette histoire.

Des membres d'un gang new-yorkais en pleine création musicale © RubbleKings.com

Dévoilé il y a deux ans sur Kickstarter, Rubble Kings vient tout juste d'être finalisé et projeté sur grand écran. Après une poignée de séances dans les salles obscures de quelques villes américaines comme Los Angeles ou Portland, le documentaire est à présent disponible en VOD pour 4,99$ ou 9,99$.

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