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DJ Pone dédie un mix à Pone de la Fonky Family : interview croisée

À l'occasion du mix des prod' de Pone par DJ Pone, on a conçu une interview de Pone au carré.

Deux légendes de la scène rap français, un seul blaze. Depuis les années 1990, Pone et DJ Pone ont chacun forgé leur légende et continuent encore aujourd’hui de revenir régulièrement sur le devant de la scène. Confinement oblige, chacun a réfléchi à des projets de son côté jusqu’à ce que l’idée germe : un mix de Pone par… DJ Pone. C’était hier sur l’Instagram de DJ Pone, à retrouver ci-dessous.

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À cette occasion, on a questionné les deux Pone sur ce projet, mais aussi sur l’histoire de leur pseudo, le lien étroit qu’ils entretiennent malgré eux en raison de ces quatre lettres, et la carrière de leur homonyme. Interview croisée.

Konbini | Hello les Pone ! Vous pouvez nous parler de cette opé inédite ?

Pone | Avec toutes ces battles Instagram, j’avais envie de faire un truc. Mais justement, je n’aime pas spécialement l’idée de battle, enfin j’aime les regarder, mais je ne me voyais pas en faire une. Et puis mon ami Vladimir Cauchemar m’a suggéré l’idée de faire Pone par DJ Pone et j’ai trouvé ça cool.

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DJ Pone | C’est Vladimir Cauchemar qui a eu l’idée de faire ça. Après, avec Pone, on se connaît bien mais on se connaît pas super bien, et c’est vrai qu’entre nous, il y a toujours eu de la confusion par rapport à nos noms de scène. Du coup, mercredi, j’ai fait un mix live des prod' de Pone. C’est bizarre qu’on ne l’ait pas fait avant, mais ça fait partie des associations qui se sont créées avec le confinement.

Qui a pris le pseudo Pone en premier ?

Pone | Je ne sais pas trop. J’ai dû le prendre en 1988 quand j’ai commencé à tagger. Moi, ça vient d’un jeu vidéo où il y avait écrit "pon" à certains moments, et j’ai ajouté un "e" parce que la mode était aux pseudonymes finissant par "one".

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DJ Pone | Aucune idée. Moi je l’ai pris via une vidéo de graffiti. Il y a un mec qui s’appelait "Fone" et je croyais qu’il taguait "Pone" alors je me suis dit que j’allais prendre ce blaze, je trouvais ça vachement cool. Ça doit être l’époque du livre Paris tonkar sorti en 1991. Donc je me suis fait appeler Pone la même année. Ça ne date pas d’hier mon pote [rires].

Quelle a été votre réaction le jour où vous avez découvert qu’il y avait un autre Pone ?

Pone | Je me suis dit "il a intérêt à être bon ce con" [rires].

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DJ Pone | Un pote m’a envoyé un message quelques jours après le premier album de la Fonky Family. Et là, il me dit "ouais chanmé ce que t’as fais avec la FF", et moi je ne comprenais pas. C’est là que j’ai regardé dans les crédits du CD et j’ai vu qu’il y avait Pone. C’est comme ça que j’ai découvert, c’était marrant parce que ce n’est pas un nom vraiment commun. Mais il y en a un autre aux États-Unis qui s’appelle DJ Pone aussi. Je l’ai déjà rencontré, il faisait des compétitions de DJ.

Votre première rencontre ?

Pone | Je pense qu’il devait faire une soirée à Marseille et on a bouffé ensemble dans un restaurant du Vieux-Port il y a une vingtaine d’années. Après, on a dû se croiser, mais on a repris contact peu de temps avant de parler de ce projet.

DJ Pone | Je n’arrive plus à savoir. Il me semble qu’on a été bouffé ensemble à Marseille. Mais alors je ne sais plus comment on s’est rencontrés, peut-être une soirée avec Cut Killer… Ça remonte à trop loin et je fumais trop de spliff à cette époque [rires]. La Fonky Family, ce n’est pas des mecs que je connaissais très bien, mais il y a eu des petites connexions, ce truc sympathique entre nous. Ça a toujours été cool.

Ça vous arrive souvent de recevoir des messages destinés à l’autre Pone ?

Pone | Au début de Facebook, très souvent. J’ai même fait des posts pour expliquer que je n’étais pas lui.

DJ Pone | Ce qui est drôle, c’est que ça arrivait tellement souvent qu’à un moment j’ai arrêté de m’expliquer. Quand les gens me parlaient de la FF je disais juste "ouais merci mec". J’ai cédé, mais pas toujours. Mais j’ai fait des mecs malheureux. Quand je disais que ce n’était pas moi le Pone de la FF, j’ai vu des visages se transformer. Des mecs vraiment déçus, genre "ah". Mais en général, c’était plus en soirée, où il y a des mecs qui hurlaient au loin "ouais la FF" ! C’est toujours de la bienveillance. Des fois, je dis que ce n’est pas moi, des fois je fais semblant. "Il va bien Le Rat ?" – "Mais oui il va bien Le Rat !" [Rires.]

Dernièrement, ça a été moins drôle parce que comme Pone est malade, j’ai reçu des messages de soutien très bienveillants qui ne m’étaient pas destinés. Ce n’est pas une erreur grave, mais il y a eu des gens qui me disaient : "Je ne comprends pas je t’ai vu sur scène t’avais l’air en forme." C’est un quiproquo qui ne met pas super à l’aise. Mais il est inévitable.

Qu’est-ce vous pensez chacun de la carrière et du travail de votre homonyme ?

Pone | J’adore, trop de respect pour ce qu’il a accompli.

DJ Pone | C’est quelqu’un qui est resté très fidèle à son groupe, et à chaque fois qu’il faisait des choses en parallèle, c’était chanmé. C’est une carrière légendaire. Après, les carrières de producteur, surtout de notre époque, c’est derrière. À part DJ Mehdi, qui était plus mis en avant parce qu’il était aussi DJ et signé chez Ed Banger, c’est une génération incroyable de producteurs mais qui est restée longtemps dans l’ombre. Ce n’était pas l’époque des streams à trente millions, c’est des mecs avec une touche et une patte extrêmement fortes. Ils n’étaient pas tant mis en avant que ça comparé à maintenant.

Le morceau de l’autre Pone que vous auriez adoré produire ?

Pone | J’ai un peu honte de le dire, mais je connais mal les titres et qui a fait quoi dans Birdy Nam Nam. Mais il y a des trucs vraiment forts.

DJ Pone | "Réservoir drogue", j’ai toujours adoré ce morceau, il m’a particulièrement touché. Et "Hold up" parce que, pour l’anecdote, j’allais voir Cut Killer et il m'a fait écouter l’album de 113. C’est le premier morceau qu’il me fait écouter. Là, il se passe un truc. Pour l’époque, il faut remettre dans le contexte, en 1999, "Hold up" n’était pas du tout dans les codes du rap. Pas du tout un morceau normal. Et 113 avait ce truc, grâce à Mehdi notamment, de prendre des instrus toujours ouf. L’ambiance avec Intouchable dessus, je savais que je venais d’entendre quelque chose de très particulier. Des fois, tu prends une claque et t’as besoin de réécouter le morceau plusieurs fois parce que t’es troublé. C’est exactement ce que ça m’a fait. J’ai toujours rêvé qu’il mette un gros kick sur ce son [rires].

Votre morceau préféré de la FF ?

Pone | Ça varie avec le temps. J’aime bien les morceaux de Si Dieu veut, mais c’est très rare que je les écoute.

DJ Pone | "Cherche pas à comprendre".

Vos points communs ? Vos différences ?

Pone | Je ne le connais pas assez mais, à part le nom, je suppose qu’on a la même passion. Les différences, je dirais qu’elles sont géographiques.

DJ Pone | On ne se connaît pas assez. Après, pour le coup, on n’est pas des grands blonds. On a plus un type méditerranéen avec le crâne rasé qui fait qu’on peut nous confondre. De loin, sur une photo, tu peux te gourer [rires]. Mais je suis vraiment touché de faire ce projet avec lui parce que pendant plein d’années, on a dû penser l’un à l’autre à certains moments.

Vous avez déjà envisagé de faire un feat 100 % Pone ?

Pone | Non, mais pourquoi pas.

DJ Pone | Ça semble assez évident que je vais lui proposer de faire un truc. Je vais faire une boucle en scratch et il fait la prod' derrière, ça peut être hyper bien.

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Par Guillaume Narduzzi, publié le 14/05/2020