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On a pris des nouvelles de Nusky, deux ans après son Frenchmen légendaire

Le rappeur parisien Nusky a sorti il y a quelques jours son premier album solo.

Deux ans se sont écoulés depuis sa performance dans nos studios, et après plusieurs projets en duo sortis aux côtés du producteur Vaati, l’enfant de la capitale a fait le choix de poursuivre sa route en solo. Le voilà donc de retour depuis le vendredi 29 mars avec la sortie de son premier album solo sobrement intitulé NUSKY.

Forcément plus personnel, ce disque, teinté d’humour et d’auto-tune, nous fait voyager dans le cosmos rap d’un artiste à la fois décalé et audacieux. Mais alors Nusky, quoi de neuf depuis ton fameux freestyle dans "Frenchmen" ?

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Konbini | Comment tu te sens la veille de la sortie de ton album, tu es plutôt attendu.

Nusky | Aaaah il sort demain !!! Je me sens bien et mal en même temps, j’ai froid, j’ai chaud, c’est mal, c’est beau, j’ai envie de tout casser… Je suis stressé, mais en même temps, tout va bien. Je suis content, fier et stressé à la fois.

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Faisons un bon de deux ans en arrière, lorsque tu as signé ton fameux freestyle pour Konbini. Qu’est-ce que ce "Frenchman" a changé pour toi ?

J’avais déjà eu quelques petites mises en avant l’année d’avant, mais cette opportunité a été le plus gros déclic. C’est la vidéo de moi qui a le plus marché jusqu’à aujourd’hui (1 340 100 vues au 1er avril 2019). À l’époque, ça avait bien tourné, j’étais choqué car c’est la première fois que j’ai eu un truc un peu viral. Pas mal de gens m’ont découvert grâce à ce freestyle et de mon côté, ça a conforté les gens avec qui je travaillais qu’il y avait quelque chose à miser. J’ai pu signer en maison de disques notamment grâce à ce freestyle.

C’était un freestyle très différent de ce que tu proposais sur tes premiers travaux, notamment avec Vaati.

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Oui, c’est vrai. J’aime m’amuser dans beaucoup de disciplines à vrai dire. Je fais plein de trucs tout le temps, mais je ne montre pas tout en même temps. Peut-être que le jour d’avant je rappais, mais le jour d’après, ce n’était pas forcément ce qui sortait. J’ai plus de mal à faire du rap que des chansons donc quand on m’a proposé de faire ça, je me suis donné à fond car je savais que c’était un truc que je ne ferai pas tous les jours. Je pense que c’est pour ça que le son s’est démarqué à l’époque, c’était beaucoup plus "chansonnesque".

Finalement, ça fait deux ans que tu bosses sur ton album ? Quand tu as commencé ton process créatif, tu es resté sur la même idée ou tu as changé en cours de route ?

J’ai commencé à travailler dessus juste un petit peu avant de faire le "Frenchmen". C’est aussi le moment où j’ai signé. Avec Double X (les producteurs de l’album), on est restés sur la même idée de départ, mais disons qu’en deux ans, le temps a fait qu’on a pu faire un joli choix final. Aujourd’hui, il y a dix-neuf chansons et il n’y en a pas une dont je ne suis pas fier. Ce temps a surtout permis d’affiner le choix des morceaux à garder, mais l’idée est restée la même, faire quelque chose de moderne en mode rap et variété française. Je voulais vraiment envoyer beaucoup pour les gens qui m’attendent, et en même temps, je ne voulais pas envoyer de la merde.

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C’était dur de sélectionner les morceaux à garder ? Tu as beaucoup enregistré ou fait des sons au compte-gouttes ?

J’ai fait pas mal au compte-gouttes car sur deux ans, on laissait toujours un mois ou deux entre les sessions studio. Il y a dix-neuf morceaux sur l’album, mais j’ai dû en enregistrer une dizaine d’autres. Ils ne sont pas morts, on ne sait pas encore ce qu’on va faire avec, mais en tout cas, ils n’étaient pas pour l’album. Je voulais vraiment un truc carré qui correspondait à ma vision. C’est le temps qui m’a permis de bien filtrer car si on s’écoute, on sort toutes les chansons le lendemain.

L’idée derrière ce projet qui porte ton nom, c’était d’affirmer ton identité ?

Tout à fait oui. Je voulais faire comprendre que j’ai plusieurs propositions musicales, me séparer de ce que je faisais avec Vaati. Ce projet, c’est moi tout seul et c’est un truc qui m’appartient à moi et aux gens avec qui je travaille, notamment Double X. Alors bien sûr je ne pouvais pas changer ma voix, mais la formule live est différente et les sonorités sont différentes.

Où tu te situes aujourd’hui par rapport à tes débuts ? J’imagine que tu n’as pas les mêmes perspectives.

C’est sûr. Déjà, j’ai fait pas mal de tournées depuis deux ans, ça a bien marqué ma vie. Aujourd’hui je vis de la musique et c’est déjà une victoire pour moi. Aussi, j’ai grandi, je me projette un peu plus dans l’avenir. Je ne vais peut-être pas vivre cette vie de rock star toute ma life donc j’essaye de prendre ce que j’ai à prendre et on verra. Pour le moment, ma vie est très marquée par la musique : je ne vois pas beaucoup ma famille ni mes potes, ni ma meuf. Mais l’heure n’est pas à la pause. Pas de vacances, mais du travail. Dans tous les cas, je ne suis pas à plaindre.

Pour moi, tu réussis deux choses paradoxales avec ta musique : celle d’être à la fois inclassable et reconnaissable entre 1 000.

C’est vraiment flatteur, merci beaucoup ! Être un OVNI, c’est ce que je cherche. Je ne pense pas aux cases dans lesquelles on va me mettre. Ça peut paraître cucul, mais je cherche avant tout à être moi-même. Plus on est soi-même, plus on est original. Après qu’on me dise que je suis inclassable, c’est un compliment, mais je sais aussi que je me tire une balle dans le pied en faisant ça, car ça me rend forcément moins abordable. Mais mon plus grand fan, c’est moi et je veux avant tout me surprendre et m’amuser. Tous les jours, je cherche à me faire kiffer. Je fais de la musique pour moi et si ça fait plaisir à d’autres, tant mieux, j’en suis heureux.

Je crois vraiment à la dualité. Pour moi, le fait de mélanger les choses et les styles, c’est vraiment très important. C’est même presque une philosophie de vie. Je crois aux valeurs du métissage.

Bannière de l’album NUSKY.

Tu peux me parler de la pochette de l’album ?

Je suis un amoureux du style "art déco". Je suis vachement matrixé par les typos, les illustrations et tout l’art de l’affiche qu’il y avait à Paris dans les années 1920. J’ai cherché à retranscrire ce style et je suis allé voir un graphiste qui était spécialisé là-dedans, Ruben Gérard, gros big up.

Son travail est très inspiré par un chef-d’œuvre du cinéma art déco qui s’appelle Metropolis. La pochette est un peu comme une sculpture, elle est très simple et illustre un personnage qui ressemble un peu aux personnages des Oscars, tout platine, argenté. L’art déco, c’est ça : la simplicité et la radicalité. On est dans la géométrie, on ne cherche pas à fignoler et moi j’adore ça.

Parlons de "Paname", ton premier single clippé dédié à ta ville natale et de cœur, Paris. Tu t’imagines la quitter un jour ?

Aujourd’hui, j’ai 24 ans et je suis amoureux de cette ville, mais Paris, c’est quand même un peu pesant, même si j’habite en banlieue. Il y a une phase d’un de mes gars qui dit "Paris je t’aime, mais je rêve de partir", ça résume assez bien le truc. Paris je t’aime, Paris tu m’inspires, Paris t’es trop belle, Paris t’es magnifique, Paris il se passe plein de trucs chez toi, Paris grâce à toi on réussit ; mais Paris tu m’étouffes et je rêve de partir. Mais pas aujourd’hui, pour le moment ce n’est qu’un rêve.

Nusky sur scène, c’est quelque chose aussi, comme tu viens du rock, tu te laisses beaucoup aller, tu joues avec ton corps, on le voyait déjà sur ton freestyle…

De ouf et ça fait marrer les gens. Comme tu dis, je suis assez inspiré par les artistes rock. On les voit sur scène courir partout, se jeter, mourir, casser des amplis, c’est ouf. Quand je suis arrivé dans le rap, que j’ai kiffé et que j’ai vu mes premiers concerts, c’est vrai que c’est pas la même énergie.

Les gars sont statiques, font du play-back et chantent à moitié. Franchement, je trouve que c’est de la merde. Je ne juge personne, mais ce n’est pas du tout ce que j’ai envie de faire. J’ai toujours vécu la scène comme un truc de fou. Je chante avec mon cœur et mes tripes. Je ne réfléchis pas à comment je dois bouger, danser et je me laisse vraiment aller. C’est mon corps qui parle. Si j’ai envie de me jeter, je le fais, je ferme les yeux et je rentre dans mon trip.

Pour moi, la scène c’est un effet de trans. C’est vraiment comparable à la drogue, à l’amour et tout ça. Quand t’es dessus, t’as l’impression que tu ne peux pas réfléchir comme quand tu fais du sport. Tu ne peux pas vraiment intellectualiser ce qui se passe sur scène. Avant t’as peur, quand t’es dessus, tu te laisses porter et quand tu finis, c’est comme si c’était un rêve. Être applaudi par plein de gens, c’est quelque chose d’irréel. La scène, c’est un truc de ouf, il faut juste fermer les yeux, se laisser aller et pas trop réfléchir, même si ça reste du travail.

Pour ce projet, quand on a bossé plusieurs années avec la même personne (Vaati), c’est difficile de s’en détacher artistiquement pour faire autre chose ?

Pas vraiment. On ne s’en rend pas compte si on regarde les plannings de sorties parce qu’on ne peut pas montrer qu’on bosse sur plusieurs projets à la fois, mais dans les faits, j’ai toujours taffé avec tout le monde régulièrement. Par exemple : même si en ce moment, il n’y a rien qui sort avec Vaati, on est toujours en train de bosser ensemble. Je ne peux pas t’en dire plus, mais même avec la sortie de l’album, je travaille sur plein de choses en même temps. Mon art est nourri par toutes les rencontres que je fais et les manières différentes de travailler de mes collaborateurs.

Sur cet album, on trouve La Race Canine et La Piff. Tu peux nous parler de ces collab ?

Oui, je voulais absolument mettre un feat avec eux. C’est mes groupes de cœur. La Race Canine, c’est mon groupe et La Piff, je ne suis pas dedans, mais c’est mes potes. C’est mon premier album solo et dans cette logique, il fallait que je mette un feat avec mes potes. Pour moi, c’était plus important que d’avoir quelqu’un de connu qui m’apporterait des promesses de ventes ou je ne sais quoi.

Sur ce projet, je te trouve moins mélancolique que sur les précédents. Comme si voler de tes propres ailes était une renaissance pour toi.

J’aime pas dire ça, mais en vrai, à l’époque de mes premiers projets avec Vaati, j’avais le cœur brisé. Je n’étais pas une victime, mais concrètement, j’étais un peu plus triste qu’aujourd’hui. Aussi, je ne voulais surtout pas tomber dans un personnage de dépressif, car ce n’est pas ce que je suis. Effectivement, j’ai été triste, je peux l’être aujourd’hui et faire des chansons mélancoliques, je ne suis pas le rappeur dépressif qui veut se suicider. Comme je t’ai dit, je suis quelqu’un de sincère et il fallait que mon projet soit dans la vérité et je me sens bien.

Sur l’album, il y a des morceaux mélancoliques, mais ils sont par rapport à des sujets un peu autres que l’amour homme/femme et le couple. Aujourd’hui, j’ai un peu plus le sourire aux lèvres, mais pour autant il y a d’autres trucs sur cette planète qui rendent un peu mélancolique, forcément.

Sur l’album, il y a un morceau qui se démarque des autres, c’est "Chanteur". Il fait clairement penser à Daniel Balavoine.

C’est mon morceau préféré, oui. Je l’ai écrit en pensant à Balavoine et sa chanson "Le Chanteur" justement. Après avoir écouté la prod', c’est un des sons que j’ai écrit le plus vite de toute ma vie. Avec deux de mes potes avec qui j’écris le plus, on a eu l’idée de la première phrase de la chanson "C’est l’histoire d’un chanteur", et ça nous a directement fait penser à "J’me présente, je m’appelle Henri". Dans cette chanson, il parle d’un chanteur et ça se finit en folie. J’ai voulu faire ma version du chanteur, une version exagérée de moi-même.

Pour cet album, on sent que ta manière de chanter et de poser est plus affirmée que jamais.

Grâce aux concours et aux tremplins que j’ai gagnés depuis deux ans, j’ai pu me payer des cours de chant. Je ne suis pas devenu Pavarotti non plus, mais ça m’a débloqué sur certains trucs, je suis un peu plus satisfait de ma voix et je la contrôle mieux. Après, j’ai encore plein de trucs à apprendre niveau chant et j’ai toute la vie pour ça !

Comment comptes-tu défendre ce projet ?

Il y a des clips qui arrivent, des dates de prévues, tout est sur mon Instagram. On finit la tournée dans toute la France avec une date à Paris à La Gaité Lyrique en octobre.

Un peu de mise en perspective pour finir : tu te vois où dans dix ans ?

Je me vois dans ma petite maison avec ma famille. Je pense que je prendrai une pause. Je pense que dans dix ans, je continuerai à faire de la musique, mais qu’il n’y aura plus la même pression, plus les mêmes objectifs commerciaux, tout ça. Après, ce qui restera toujours aussi important pour moi, c’est de m’amuser. Le jour où je me ferais chier en faisant de la musique, eh bien j’arrêterai d’en faire.

Par Jérémie Léger, publié le 02/04/2019

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