Découvrez la chanson avec laquelle la France va perdre à l'Eurovision

La musique, le texte, le clip... Rien ne va dans le titre que la France a choisi pour concourir à l'Eurovision 2016. On vous explique pourquoi "J'ai cherché" l'a bien cherché.

Certaines choses ne changeront jamais. Le 14 mai prochain se déroulera la 61e édition de l'Eurovision, ce concours de variétés immortel qui a survécu à Mai 68, aux années Mitterrand, à la coupe mulet, aux boys bands et aux réseaux sociaux – sans que l'on sache vraiment pourquoi ni comment. Cette année, c'est à Amir Haddad, ex-finaliste de The Voice, que revient la "lourde responsabilité" de représenter la France, avec un titre intitulé "J'ai cherché". On écoute.

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Si, pour vous, le titre est bien, comme l'écrit 20 Minutes, un véritable "hymne à l'abnégation", épargnez-vous la lecture des lignes qui suivent. Parce que pour nous, cette chanson de variétés est une petite catastrophe... Enfin, comme souvent pour l'Eurovision, quoi.

D'un strict point de vue musical, déjà, c'est dur. Production générique et hypercompressée, enchaînement d'accords éculées, chœurs irritants à la The Lumineers (en "youhou !") pendant le refrain, identité musicale inexistante... Au moins le chirurgien-dentiste/chanteur de 32 ans aura-t-il réussi à nous faire sourire : il est parvenu à ressusciter le format "couplet en français/refrain en anglais", porté disparu depuis les 2Be3 et "Tu m'oublieras" de Larusso. Chapeau.

L'intégrité artistique est-elle vraiment importante pour France Télévisions, diffuseur du programme ? Apparemment pas : "C'est un artiste très beau, très sexy. Le titre est vraiment un gros tube, c'est un plaisir pour nous", s'est réjouie Nathalie André, directrice du pôle Divertissements et Jeux de France 2 dans Le Grand direct des médias d'Europe 1, fin février. Quand on ne se cache même pas de vendre de la musique comme on vendrait de la lessive.

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"I'll be looking for you"

Passons au texte. Après une chanson un peu cucul sur le devoir de mémoire et la guerre en 2015 et une ode très gênante à l'absence de pilosité faciale en 2014, le champion 2016 de la France repousse les limites du consensuel. Si, si. Il n'y a qu'à compter le nombre incalculable de portes ouvertes qu'il croit bon d'enfoncer, comme "J'ai payé le prix du silence", "I'll be looking for you" ou encore "C’est quand on n’y croit plus du tout / Qu’on trouve un paradis perdu". Le reste est là, régalez-vous.

Mais rien ne nous fait plus mal que le clip et son torrent de bons sentiments. Passons sur les plans où Amir Haddad chante en play-back devant ce qui semble être un mélange entre une piscine vide et le plateau d'i-Télé pour nous concentrer sur la trame principale : le parcours d'un garçon attiré par la danse classique et d'une fille pratiquant le taekwondo.

Alors qu'ils découvrent leur discipline respective, viennent les évidents regards lourds de jugements de leur entourage, les embûches qu'on suppose liées à leur sexe et leur milieu social... avant l'incontournable happy end. Une intrigue qui prône la tolérance mais a le malheur de sombrer dans une bien-pensance somme toute très, très premier degré. Or si la manifestation n'a jamais brillé par la subtilité des textes en lice, c'est lorsqu'ils ont font preuve d'exubérance que les artistes présentés à l'Eurovision marquent leur temps – tels Conchita Wurst, Lordi ou les Finlandais de Pertti Kurikan Nimipäivät. Avec Amir, on en est loin.

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280 titres présélectionnés

Au fait, le titre chanté par Amir Haddad a été choisi comme le meilleur par la délégation française parmi 280 morceaux (!), comme précisait Nathalie André à Europe 1, elle qui avait remplacé Alexia Laroche-Joubert à la Star Academy en 2003.

Mais, à quoi bon ? Piochant depuis plus de soixante ans dans une large palette musicale qui va de "mièvre abyssal" à "carrément embarrassant", le télé-crochet aux 200 millions de téléspectateurs annuels n'est pas près de heurter son public. Jusqu'à son dernier souffle, l'Eurovision restera cette lourde machine terriblement passéiste, dont tout le monde se refile l'organisation comme une patate chaude, largement plus préoccupée par les retombées publicitaires que par une véritable vision artistique ambitieuse.

Par Théo Chapuis, publié le 14/03/2016

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