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De Kid Cudi à Lil Uzi Vert, comment Scott Pilgrim a grandement influencé le rap

Publié le

par Aurélien Chapuis

Dix ans après la sortie du film, Scott Pilgrim est l'une des références citées par Kid Cudi dans son dernier album.

Scott Pilgrim est une série de comics créée par Bryan Lee O’Malley en 2004. Elle s’est terminée en 2010, en même temps que la sortie d’un film, Scott Pilgrim vs The World, réalisé par Edgar Wright avec Michael Cera, Mary Elizabeth Winstead, Chris Evans avant Captain America et Jason Schwartzman en grand méchant. Malgré le flop relatif au box-office du film qui fête ses 10 ans cette année, le personnage de Scott Pilgrim a énormément influencé la pop culture, et notamment le rap de Kid Cudi et de Lil Uzi Vert.

Pourtant, l’univers de Scott Pilgrim n’est pas du tout lié la culture rap. Bryan Lee O’Malley l’a écrit comme un miroir de sa vie d’adulescent canadien à Toronto, entre glande, crush et musique. Et la musique qu’il écoute, c’est du punk rock. Scott Pilgrim est le bassiste des Sex Bob-Omb, un groupe qui galère à se produire et à faire parler de lui mais ses membres répètent tout le temps, comme si leur vie en dépendait. Pensez au groupe dans le garage d’Hélène et les Garçons, mais version geek cool.

Même la bande originale du film est pétrie de bon vieux rock’n’roll. On y retrouve les Black Lips, T-Rex, Frank Black des Pixies et même les Rolling Stones. Le faux groupe Sex Bob-Omb y est omniprésent avec des compositions de Beck, excusez du peu. Michael Cera y joue vraiment de la basse avec Mark Webber au chant. Bryan Lee O’Malley expliquera d’ailleurs que la musique est l’une des principales inspirations de son travail sur le comics, surtout les styles punk rock et le hardcore. À l'origine,"Scott Pilgrim" est d’ailleurs le nom d’une chanson du groupe canadien Plumtree sortie en 1997.

Alors comment le milieu du rap se trouve inspiré par Scott Pilgrim ? Il y a déjà le style graphique de Scott Pilgrim qui est une vraie mise en abîme, mélangeant les références aux comics de super-héros avec le dynamisme du manga. O’Malley s’est souvent exprimé sur l’influence de Ranma 1/2 mais aussi de tout le travail de Osamu Tezuka, le papa d’Astroboy notamment.

Les histoires de Scott Pilgrim sont aussi structurées comme des jeux vidéo, de plateforme ou Beat’em up, ambiance vintage en 8 ou 16 bits, avec des points de vie, des potions et un boss à la fin de chaque niveau. L’auteur place même dans son récit des références à des jeux précis comme Super Mario, ToeJam & Earl, Kid Chameleon, Zelda ou Street Fighter. Et c’est vraiment ce flou si particulier entre virtuel et réalité, cet univers à la croisée de plusieurs mondes, où règnent l’insécurité des relations et une certaine dérision face à la dépression, qui va marquer une génération entière de jeunes artistes. Le tout accompagné de la montée en puissance de la culture geek auprès du grand public, et donc d’une véritable revenge des nerds au niveau mondial. Ce sont tous ces éléments qui ont permis à Scott Pilgrim de faire ce grand écart avec le milieu du rap.

Enfin, c’est aussi l’histoire d’amour avec Ramona et la guerre fantasmée contre ses ex, aventure fantastique présentée comme une allégorie d’un passage à l’âge adulte, qui inspirent beaucoup les rappeurs des années 2010. Car c’est aussi leur quotidien, leur vision de la vie. Et le rap change à l’orée des années 2010, il s’ouvre à de nombreuses influences, y compris l’univers japonais des mangas, la culture geek des jeux vidéo et le punk rock assez pop à la Sum 41 ou Blink-182, dans la musique de Lil Wayne par exemple. Cette évolution inattendue va rendre Scott Pilgrim culte pour de nombreux artistes rap extrêmement influents des dix dernières années.

Kid Cudi a été l'un des premiers à faire référence à l’univers de Scott Pilgrim dans le rap mainsteam avec son morceau "Scott Mescudi vs The World" avec Cee-Lo Green, ouvrant son deuxième album Man on The Moon II: The Legend of Mr. Rager en 2010. Cudi reprend alors les thématiques du comics et du film : l’insécurité, le rôle du semi-loser et sa quête de rédemption.

Le film d’Edgar Wright a particulièrement marqué Kid Cudi car il est un mélange parfait entre les comédies comme Superbad ou Anchorman, les animes japonais à la Akira et les films de super-héros de Marvel, qui commençaient tout juste leur ascension dans les années 2010. Le film faisant des émules dans la communauté rap, Scott Pilgrim sera cité par Childish Gambino en 2010, puis Mac Miller en 2011. Quelque temps après, en France, Gringe cite aussi le film dans l’album des Casseurs Flowters avec Orelsan.

Mais c’est surtout Lil Uzi Vert qui va faire de Scott Pilgrim son alter ego à partir de 2016 et de son album Lil Uzi Vert vs. The World. Là où Kid Cudi semblait plus inspiré par le film, Lil Uzi Vert lui reprend l’univers graphique du comics, notamment sur sa pochette et sur le titre "Scott and Ramona" qui clôture le disque. Suite à la reprise de cet univers entre manga, comics et jeux vidéo, de nombreux rappeurs sur SoundCloud vont aussi utiliser cette imagerie, parfois sans savoir réellement quelle en est la véritable source.

Lil Uzi Vert reprend aussi ces visuels sur la suite la même année, The Perfect LUV Tape qui fait référence à une scène précise du comics. Et pour boucler la boucle, il remodèle un peu sa pochette originelle pour la réédition de Eternal Atake, pas plus tard que cette année, en 2020. Scott Pilgrim est vraiment une influence principale dans la musique et l’imaginaire de Lil Uzi Vert, offrant une autre grille de lecture sur son monde.

Dans le même esprit que Lil Uzi Vert, Kid Cudi est lui aussi revenu vers cette source d’inspiration avec son dernier album sorti le 11 décembre 2020, Man on The Moon III: The Chosen. Et comme dix ans en arrière, c’est plutôt le film auquel Kid Cudi fait référence sur le morceau "She Knows This", avec un bout de dialogue entre Scott Pilgrim et son collègue dans le groupe, Stephen Stills.

Ainsi avec une série de comics entièrement écrite dans les années 2000, Bryan Lee O’Malley a eu une influence majeure sur les années 2010. En plus de la musique, le style de Scott Pilgrim est très présent dans la pop culture actuelle, notamment sur des nouvelles productions de dessins animés comme Steven Universe ou Star Butterfly.

Depuis, Bryan Lee O’Malley s’est concentré sur d’autres projets comme le superbe roman graphique Seconds qui mélange ses thèmes de prédilection : l’instabilité propre à chaque être humain et une quête fantastique. En 2019, il a lancé une nouvelle série chez Image Comics nommée Snotgirl. Le réalisateur Edgar Wright a quitté le monde de Scott Pilgrim pour coécrire Les Aventures de Tintin de Steven Spielberg puis prendre les rennes d’Ant-Man et Baby Driver. Une manière de plus d’infiltrer la pop culture…

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