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Comment J. Cole et le All Star Game ont éclipsé Travis Scott et le Super Bowl

Avec en plus Meek Mill en introduction du match, la NBA a prouvé qu'elle s'engageait en faveur du hip-hop et des minorités.

(J. Cole durant la 68e édition du NBA All-Star Game au Spectrum Center le 17 février 2019, à Charlotte, Caroline du Nord. © Getty)

Le 17 février dernier, J. Cole a marqué les esprits durant le All Star Game. Une performance particulièrement réussie qui peut s’expliquer par plusieurs facteurs. Tout d’abord, le rappeur jouait à domicile, puisque la célébration annuelle de la NBA avait lieu à Charlotte, dans l’enceinte des Hornets, le Spectrum Center.

J. Cole a passé sa jeunesse dans une ville proche de Charlotte, Fayetteville, dans le même état de la Caroline du Nord. L’ambiance de son quartier et de son voisinage, qui ont laissé une emprunte importante jusque dans sa signature musicale, a toujours été liée aux terrains de basket autour de chez lui.

Car l'autre lien important de J. Cole avec le All Star Game, c’est sa passion pour le basket : le rappeur a été jusqu’à apparaître avec un ballon sur la pochette de The Warm Up, sa mixtape emblématique sortie il y a dix ans.

L’univers de ce sport, sa rigueur, ses valeurs de camaraderie et de performance sont des sources d’inspiration pour lui. Sa présence à l’événement le plus important de la NBA était donc une aubaine parfaite pour J. Cole, l’occasion d’allier deux parties indissociables de sa vie et de sa vision musicale : sa région et le basket.

Pour toutes ces raisons, J. Cole a rayonné durant cette mi-temps du All Star Game, commençant par son nouveau hit "Middle Child" avant de faire une passe décisive à 21 Savage sur un couplet d'"A Lot". Arborant une superbe veste Starter vintage aux couleurs des Charlotte Hornets, le rappeur a ensuite communié avec son public en entonnant ses désormais classiques "ATM", "Love Yourz" et "No Role Models".

Avec simplicité et engagement, J. Cole a réussi là où, très souvent, les autres ont échoué. Le rappeur a même ajouté un soupçon d’autotune sur "Middle Child", jouant avec l’effet pour souligner sa direction musicale plus moderne et un peu ironique en 2019. Mais J. Cole s’est gardé de tous effets spéciaux excessifs ou mise en scène tapageuse pour son show, offrant une belle prestation de rap en live, avec de l’âme et de la sueur. Comme un bon match de basket.

Tout le week-end a donc été une énorme fête pour le rappeur. Il a même aidé son ami Dennis Smith Jr. pendant le concours de Slam Dunk. Un beau moment : Dennis a placé un dunk spectaculaire au-dessus du rappeur, alors qu’il portait le maillot lycéen de J. Cole.

Souriant mais concentré, J. Cole a même raté de peu un dunk improvisé juste après. Outre la modernisation de sa musique, la nouvelle ouverture et le rôle que J. Cole prend en 2019 se révèlent tout aussi intéressants. À Charlotte, le rappeur du coin s’offre la meilleure promotion possible, en étant fédérateur et accessible. On est à des années-lumière de ce qu’a pu proposer Travis Scott ces dernières semaines.

J.Cole et Travis Scott, des visions diamétralement opposées

Difficile de ne pas comparer les deux grands événements de ce début de mois, à savoir le Super Bowl et les Grammy Awards. Lors de ces deux compétitions, Travis Scott a joué un rôle prépondérant avec une prestation live. Alors que la NFL était extrêmement critiquée pour son traitement des minorités, Travis a accepté de se produire sous certaines conditions. Mais en offrant une prestation passable aux côtés des Maroon 5, le rappeur de Houston a beaucoup moins impressionné que Big Boi arrivant en Cadillac dans sa ville d’Atlanta.

Poussif et tape à l’œil, Travis Scott l’a aussi été lors de sa prestation des Grammies. Même cas de figure : le rappeur a été l’un des seuls à accepter de se produire lors de l’évènement, alors qu’une grande partie de la communauté afro-américaine avait refusé à cause du traitement catastrophique réservé au hip-hop depuis des années.

Alors que Kendrick Lamar, Childish Gambino et même Drake ont boycotté la cérémonie, Travis Scott a, lui, paradé aux côtés de sa femme lors d’un live un peu plus intéressant mais toujours très critiquable. Surtout que tous ces artistes boycotteurs ont reçu de nombreuses récompenses alors que Travis est rentré bredouille. Très mauvaise opération.

Parmi les boycotteurs habituels des Grammies depuis ses débuts, on retrouve J. Cole. C’en est alors d’autant plus saisissant de comparer les positions des deux rappeurs en cette année 2019. Travis Scott essaye (peut-être trop ?) de ne pas faire oublier le succès d’Astroworld, son meilleur album à ce jour, alors que J. Cole revient sur le devant de la scène, moins austère et solitaire qu’à son habitude, et rayonnant plus largement dans le milieu du hip-hop comme auprès du grand public.

La NBA et Meek Mill, porte-drapeaux du combat des minorités contre les injustices

On peut aussi ajouter à ce succès le positionnement positif de la NBA qui a entamé bien en amont le virage du hip-hop et de la considération des minorités dans leur ensemble. Elle a d’ailleurs frappé un grand coup en proposant à Meek Mill d’assurer le concert d’ouverture du match et de présenter les joueurs avec un medley regroupant ses intros mythiques et son dernier tube avec Drake, "Going Bad".

Meek Mill représente la rue, le combat, la compétition et l’engagement. Un signal fort, donc, pour les sportifs amateurs et professionnels, mais aussi une réalité pour de nombreux fans de basket à travers le monde. "Dreams & Nightmares", rêves et cauchemars, ce mantra résonne dans toutes les têtes et tous les vestiaires.

Beaucoup plus fédératrice que la NFL, la ligue professionnelle de basket a su associer les jeunes énergies à son nom, offrant une vision moderne et un spectacle toujours au niveau, loin des boycotts réguliers de ces dernières années.

Résultat : J. Cole et Meek Mill sont les personnalités les plus importantes de ce début d’année 2019 avec 21 Savage en bonus, qui a été clairement soutenu pendant le All Star Game, contrairement au Super Bowl et aux Grammies.

De son côté, Travis Scott a perdu un peu de son aura. Mais il a gagné un parc d’attractions à Houston. C’est déjà ça.

 

Par Aurélien Chapuis, publié le 18/02/2019

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