AccueilMusique

College nous a parlé de sa nouvelle compil', de ses débuts et de la BO de Drive

Publié le

par Arthur Cios

À l'occasion de la sortie d'Old Tapes, on est revenus avec College sur ses débuts, son passage par la case Drive et la façon dont il a géré ce succès rapide.

On se souvient tous de la BO magistrale du film Drive, l'une des raisons évidentes du grand succès du long-métrage de Nicolas Winding Refn. Du mythique "Nightcall" du frenchie Kavinsky au sensuel "Under Your Spell" de Desire, tout était parfait ou presque.

Mais on a tendance à oublier que l'un de ces titres devenus cultes assez rapidement, "A Real Hero," a également été composé par un Français. College, de son vrai nom David Grellier, est ainsi passé du stade de petit artiste d'Internet qui publiait sur des blogs spécialisés aux projecteurs de Cannes en quelques semaines. Contrairement à son confrère Kavinsky, il n'a pas essayé de surfer sur la vague de son succès pour pondre un album sur une major ou autre. Non, non. College continue depuis à faire du College – à sa sauce, sans prise de tête, à son rythme et sans s'imposer quoi que ce soit.

Alors qu'il vient de sortir Old Tapes, une compilation d'inédits pour marquer les dix ans de sa carrière, on est un peu revenus avec lui sur cette dernière.

Konbini | Tu as sorti le 2 décembre Old Tapes. Tu peux m'en dire plus ?

College | Il s'agit de morceaux que j'avais composés à différentes périodes pour des albums, mais que je n'avais pas retenus à l'époque parce qu'ils ne correspondaient pas à la playlist que je choisissais pour le disque au final. Donc je les ai mis de côté pendant un moment et je me suis toujours dit que ce serait bien de les sortir. Vu que c'est les dix ans du projet College, je me suis dit que c'était le moment.

Ce qui est intéressant, c'est qu'il n'y a pas de linéarité dans cet opus.

C'est vrai. Il faut savoir que les deux tiers d'Old Tapes ont été créés pour mes deux premiers albums. Donc on retrouve pas mal le son du début, mais pas que.

Bon, du coup, pour revenir un peu sur ton parcours : tu as commencé la musique avec ton premier ordinateur. Tu n'en faisais pas du tout avant ?

Du tout. Cela a vraiment commencé quand j'ai découvert la musique électronique, avec les PC et les logiciels gratuits. C'est un copain qui m'avait prêté un ordinateur et j'avais trouvé ça génial. À l'époque, vers 1995-1996, j'étais beaucoup dans la techno avec Underground Resistance ou Aphex Twin. Et du coup l'ordinateur me permettait de faire de la musique sans avoir à connaître trop de trucs, ou à investir. On pouvait vite faire des lignes de son.

Et c'est ce qui me plaisait, parce que je ne suis pas du tout technique. Je ne suis pas à l'aise avec les instruments : j'ai pas de synthé, j'ai pas de boîtes à rythmes. Enfin, j'en ai acheté mais je n'étais pas à l'aise avec. Avec Fruity Loops [célèbre logiciel de création musicale sur ordinateur, ndlr], j'ai toujours trouvé ça facile : pas besoin de passer beaucoup de temps pour faire un son.

Qu'as-tu fait pendant ce laps de temps d'une dizaine d'années, entre cette découverte et ton premier EP sorti en 2007 ?

Je pense que j'ai mûri la manière dont je peux faire de la musique. J'ai fait pas mal de démos, mais mon son était plus nerveux et surtout je ne savais pas comment le diffuser. Je traînais dans les boutiques de vinyles, j'en achetais. Mais pour promouvoir la musique, quand t'étais pas connu, c'était vraiment compliqué. C'est arrivé avec Myspace, où on pouvait montrer de chez soi ce qu'on pouvait faire sans forcément avoir de réseau.

Tout a donc commencé avec Myspace d'un côté, et mon blog Valérie de l'autre. Ce sont vraiment les deux facteurs qui m'ont permis de produire cette musique. J'ai alors créé College. Pour moi, c'était de la musique qui fait référence à la jeunesse – ce que j'avais envie de revivre avec la musique. Après, je pense que le temps était nécessaire pour s'entraîner à faire des démos, à trouver ce qu'on aimait faire, ce qu'on veut faire dans un projet. Ce genre de choses.

Tu n'as jamais eu envie de revenir à un son plus techno ?

Bah tu sais, je pense que c'est un peu le cas avec l'album Northern Council [sorti en 2011, ndlr]. C'est un disque un peu à part inspiré par la Guerre froide, avec un son métallique et très répétitif, mais peut-être plus froid. Le son techno m'intéresse toujours, mais j'ai été embarqué dans le style de College. J'ai fait une démo l'année dernière dans cette idée, je pense que je la sortirai.

Revenons à ton premier EP, en 2007.

Ouais, Teeenage Color, que j'ai autoproduit puis transformé en album en 2008. C'est grâce à l'émergence (hyper importante) des blogs, que ça c'est fait. Ces sites étaient comme les fanzines d'avant, en fait. Tout le monde se retrouvait sous les bannières, que ce soit via Fluokids ou Disco Dust. C'est grâce à ces derniers qu'Alexander Burkart a commencé à faire mes graphismes.

À l'époque, Alexander illustrait chaque post avec une illustration originale, comme il l'a fait pour Teenage Color, dont j'ai gardé l'image parce que j'étais émerveillé. Il a compris ma musique, il l'a vraiment bien représentée et sa façon de travailler rejoignait un peu mon procédé. En fait, si tu veux, la photo existe vraiment, mais il l'a colorisée façon années 1980. Il n'a pas cherché à la reproduire, mais à lui rendre hommage.

Comment Disco Dust t'a repéré ?

J'avais Valérie, qui prenait un peu d'ampleur, et les mecs de Disco Dust m'ont demandé un morceau, alors j'en ai lâché un. À l'époque, on en lâchait plein, notamment des remixes, parce que les artistes voulaient bien.

J'ai lu dans un article tu n'avais imprimé que 300 exemplaires de A Real Hero, ton EP suivant.

C'était avec un petit label belge, qui s'appellait Flexx Records. Il n'existe plus aujourd'hui, mais il avait sorti un artiste de Valérie [qui fonctionne également comme un collectif]. Je cherchais à sortir cet EP : je voulais pas le faire en auto-production parce que je n'avais pas assez de moyens. Et donc ils m'ont proposé de le sortir sur leur label. C'était une petite distribution mais ça restait quelque chose d'assez underground. Jusqu'à ce que Drive sorte et que le succès soit au rendez-vous. Pendant deux ans le morceau a donc existé, mais il n'avait pas d'audience.

Sais-tu comment Winding Refn est tombé dessus ?

Je pense que je ne saurai jamais la vérité mais, d'après ce que j'ai compris, Johnny Jewel – qui fait partie de Chromatics – devait faire toute la BO (ce qu'il a fait). Sauf que les producteurs du film ont pris peur, en disant qu'il n'était pas assez connu pour faire la musique de tout le film. Ils sont alors partis sur l'idée de chercher des morceaux ailleurs, avec des gens plus établis, comme Cliff Martinez. Johnny avait son blog et on se connaissait de loin. Je pense que tous les éléments se sont retrouvés au même moment, quand il cherchait des morceaux.

Et comme il était en relation avec Ryan Gosling, Nicolas Winding Refn et le monteur qui est allemand, ils se sont arrêtés sur ce titre-là, en naviguant dans cette sphère de blogs et de styles de musique qui n'avaient pas autant d'importance qu'aujourd'hui. Ça restait une musique de niche et je pense qu'ils ont trouvé le morceau comme ça. Ensuite, le superviseur de la musique du film est entré en contact avec chaque personne qui avait le droit à un morceau dans la BO.

Ça a été toute une bataille pour le réalisateur d'imposer des choix de musiques additionnelles qui étaient inconnues et très différentes. J'avais rencontré le music supervisor mais, jusqu'au dernier moment, il ne savait pas s'il devait prendre des morceaux plus connus. Refn s'est battu car il fait ce qu'il veut. Ça rejoint la philosophie de ce qu'on fait dans la musique. Je n'ai pas de label mais j'en ai créé un : pas de major ou de marketing, on est indépendants.

Ça doit être un truc vraiment particulier d'entendre l'un de ses morceaux dans un film, surtout de cette ampleur.

C'est un peu un rêve, parce que j'aime beaucoup le cinéma. J'en consommais beaucoup – le ciné américain en particulier, car c'est quelque chose qui a nourri ma vie. Encore aujourd'hui d'ailleurs. On ne peut pas rêver mieux. Surtout qu'avec Youth, on a écrit ce morceau parce qu'on voulait rendre hommage aux héros américains. En plus, j'ai découvert que le morceau avait été utilisé au festival de Cannes, car on avait réussi à avoir des places. C'était incroyable. Sans conteste l'un des plus beaux moments de ma carrière.

Comment as-tu géré la pression post-Drive ?

Je pense que j'ai jamais vraiment ressenti de pression face à ça. Tout simplement parce qu'il n'y a personne autour de moi qui vit grâce à ma musique. Quand on est sur une major, t'as une équipe qui travaille pour vendre ta musique, donc c'est plus compliqué. En réalité, ça nous a permis de continuer. Peut-être que ça ne nous aurait pas été permis. Pas d'en vivre en tout cas. Mais je n'ai jamais ressenti de pression. D'ailleurs, cette année-là, j'ai sorti Northern Council qui n'a rien à voir.

C'est sûr que c'est impressionnant, mais c'est arrivé à un âge où j'avais un peu d'expérience. Cela serait arrivé plus jeune, j'aurais peut-être pas réagi de la même manière. Et puis, tout est relatif. Une exposition médiatique comme celle-ci elle dure un temps. Mais après... moi, je suis curieux et je n'ai pas envie de me reposer là-dessus.

Quand on regarde ton rythme de sortie d'albums et d'EP, c'est assez impressionnant. Tu as charbonné quand même.

J'avais toujours des morceaux que je n'avais pas sortis, ou des concepts de trucs que j'avais juste à développer. En fait, j'aime bien lier College au graphisme et à l'image. Après tout, c'est un projet qui vient beaucoup de l'absorption de série et de films, de toute cette pop culture qu'on a digéré et qu'Alex [Burkart] et moi on aime bien explorer. On aime rendre hommage aux slashers des années 1970, comme sur Save the Day par exemple. Quand on rentre dans le processus de création d'un disque de College, on fait des cahiers d'images de films, avec des détails qu'on a observés.

Et vous n'avez jamais pensé à faire un court-métrage ?

Je me suis posé la question. Souvent même parce que, pour moi, la forme ultime d'art c'est de faire du cinéma. Mais ça nécessite des compétences techniques que je n'ai pas. De la même manière, je ne chante pas sur mes disques parce que je ne sais pas chanter. Je pourrais faire de belles images, mais diriger un film de A à Z... J'admire les gens qui font ça. Et encore plus John Carpenter, qui faisait sa propre musique parce qu'il avait pas les thunes. De ressentir les images, de produire la musique... il faut avoir une histoire à raconter. Et je ne saurais pas écrire. Mais j'ai des idées, c'est sûr.

C'est quoi la suite pour toi maintenant ?

J'ai un autre album qui est fini et qui sort vers mars-avril, sur Invada Records en Angleterre. C'est un disque un peu plus particulier, qui sort du lot.

À voir aussi sur konbini :