Culture Clip : la vidéo "Smells Like Teen Spirit" de Nirvana fête ses 25 ans

Dans Culture Clip, Konbini replonge dans les années MTV pour vous raconter l'histoire des vidéos qui ont marqué la musique. À l'occasion des 25 ans du single de Nirvana, on se relance dans le pogo de "Smells Like Teen Spirit". 

Vingt-cinq ans après sa sortie, le célèbre titre de Nirvana "Smells Like Teen Spirit" n'a pas pris une ride. En 2016, il continue de hanter toutes les sonos du monde, et son clip affiche un nombre de vues impressionnant sur YouTube (près de 429 millions). Paru en single le 10 septembre 1991, il est devenu l'hymne d'une génération dépitée et enragée, et aujourd'hui encore ce titre est considéré comme l'un des morceaux les plus emblématiques des années 1990. Le fameux magazine musical Rolling Stone l'a même érigé à la neuvième place de son classement des meilleures chansons de tous les temps, en 2003.

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"Smells Like Teen Spirit" s'impose comme un monument de la musique rock et comme une référence pop culture. Titre d'ouverture du non moins iconique album Nevermind (1991), il est l'un des plus gros succès commerciaux de Nirvana, et a propulsé les membres du groupe au rang de rock stars, alors qu'ils n'étaient qu'une bande de quasi anonymes bruyants deux ans auparavant. Pour autant, la réputation de "Smells Like Teen Spirit" doit aussi beaucoup à son clip.

La vidéo, tournée le 17 août 1991 par un nouveau venu (Samuel Bayer), reflète une grande contradiction entre l'industrie de la musique de l'époque (Nirvana venait de signer chez le géant Geffen Records), et l'image rebelle et destructrice du groupe. Diffusé en boucle sur MTV, qui vit alors son âge d'or, le clip devient vite un incontournable, et un quart de siècle plus tard, son impact dans la culture du divertissement est encore palpable.

"Here we are now/Entertain us"

En 1992, le clip de "Smells Like Teen Spirit" rafle deux prix importants aux MTV Music Video Awards, cérémonie phare et presque guindée qui salue le travail visuel des artistes musicaux : celui de "Meilleur nouvel artiste" et celui de "Meilleur groupe alternatif". La vidéo est nommée clip de l'année par les critiques musicaux américains lors du vote organisé par le magazine The Village Voice, en mars 1992, et détient encore le record du clip le plus diffusé sur MTV Europe.

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Tourné par le réalisateur et photographe Samuel Bayer, alors à peine plus vieux que Kurt et ses copains, la vidéo met en scène un concert de lycée dans un gymnase poussiéreux. On y voit un public de jeunes qu'on imagine bien assis à la table des skateurs à la cantine.

D'abord calmes, ils finissent par former un pogo endiablé au milieu de la scène où joue Nirvana. L'atmosphère et "l'histoire" de la vidéo ont notamment été influencées par le film Over the Edge (1979) de Jonathan Kaplan, qui dresse le portrait d'une jeunesse en perdition et autodestructrice.

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Les moyens investis dans la production et la réalisation sont dérisoires par rapport à la portée culturelle de la vidéo. Le budget n'a jamais été clairement dévoilé : le magazine Billboard, dans un numéro datant de janvier 1994, avance la somme de 30 000 dollars, quand d'autres montent jusqu'à 50 000 dollars (soit entre 27 000 et 45 000 euros). Un chiffre ridicule à côté des millions dépensés par certains artistes pour leurs clips, par exemple celui de Madonna pour "Express Yourself", en 1989, avait coûté 5 millions de dollars (environ 4,5 millions d'euros).

Artisanale et sincère, la vidéo est à l'image de l'âme du groupe qui n'avait pas encore été touchée par la surmédiatisation et la célébrité. Samuel Bayer raconte d'ailleurs dans le making of paru en DVD en 2004 :

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"Kurt Cobain se fichait de ce dont il avait l'air. Il se souciait juste de ce à quoi ressemblait la vidéo, il voulait être sûr qu'elle ait quelque chose qui reflète vraiment [le groupe]."

Meilleur pogo de clip

Au départ, Kurt Cobain avait en tête des lycéens qui brûleraient leur proviseur dans son propre établissement. Finalement, il s'agira de l'un des pogos les plus mémorables vus à la télévision. Et s'il est aussi bon, c'est parce qu'il est authentique. Les spectateurs dans le clip sont des jeunes recrutés par casting sauvage. Ils sont tout simplement tombés sur un flyer avec le logo du groupe, qui lançait un appel aux fans de Nirvana à figurer dans la vidéo. Les candidats devaient se rendre à Culver City, près de Los Angeles, le 17 août 1991.

Le jour du tournage, pendant toute une après-midi, les figurants ont observé Nirvana jouer encore et encore la même chanson, sans avoir le droit de bouger de leur siège. Tous fatigués, certains se mettent à râler, d'autres s'énervent : clairement l'ambiance n'est pas au beau fixe, et le réalisateur a de plus en plus de mal à les contenir. À ce moment-là, Kurt propose alors de les laisser se lâcher. S'ensuit un mouvement d'une énergie folle et chaotique : une fille se retrouve sur les épaules d'un garçon, un audacieux s'agrippe au panier de basket dans le fond, tandis que des mecs s'emparent des pieds des cymbales de Dave Grohl... Bref, le résultat est criant de vérité et de sincérité.

Les détails qui tuent

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Les premières secondes en musique se résument à quatre accords, avec un riff mythique. À l'image, c'est une paire de Converse qui bat la mesure avant que ne soit introduite la batterie tapageuse de Dave Grohl. Dans le clip de "Smells Like Teen Spirit", ce genre de détails d'apparence anodine, on en compte à la pelle. Ils sont à eux seuls des éléments symboliques avec leur propre signification, leurs codes. Ils renvoient à des images étroitement liées à cette contre-culture qu'est le grunge, genre à la fois nerveux et dépressif.

Les cheveux longs qui masquent le visage Dave Grohl, perdu corps et âme derrière sa batterie, le total non-look de Kurt Cobain avec son jean troué et ses T-shirts superposés... Impossible, aussi, de faire l'impasse sur le concierge et les pom-poms girls, qui sont autant d'échos simples et poignants à la vie lycéenne, concentré d'instant cruels et gênants pour un grand nombre d'adolescents. L'école était justement un endroit que Kurt Cobain lui-même haïssait du plus profond de son être.

Autant d'éléments symboliquement forts qui restent gravés dans nos têtes et qui, sans même que l'on s'en rende compte, ont contribué à faire de ce clip un classique de la télé des années 1990.

Par Juliette Geenens, publié le 11/09/2016

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