Chantal Goya nous a raconté l'histoire de ses plus célèbres comptines

Plus en forme que jamais, la chanteuse culte est passée dans nos locaux pour nous livrer les meilleures anecdotes de sa carrière.

À l’occasion des 30 ans de la Convention internationale des droits de l’enfant, France Inter et Konbini s’associent à l’UNICEF et consacrent une journée spéciale : "Les enfants d’abord !"

"Ce matin, un lapin a tué un chasseur", "Bécassine, c’est ma cousine", "Monsieur le Chat, le Chat Botté, vous n’allez pas me griffer"… Autant de refrains qui ont bercé une génération entière de bambins. Dans les années 1970, après avoir mis sa carrière entre parenthèses pour s’occuper de ses enfants, Chantal Goya devient une véritable star avec ses fameuses comptines – qui connaissent toutes plus de succès les unes que les autres. Une carrière qui continue de séduire aujourd’hui encore les plus petits, et attire également les grands enfants d’hier qui ont eu la chance de devenir parents. Alors qu’elle est en tournée pour son nouveau spectacle Le soulier qui vole, dont le DVD sortira le 25 novembre prochain, Chantal Goya nous a accordé une interview durant laquelle elle a pu revenir en détail sur la genèse de ses titres les plus emblématiques.

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"Un lapin"

Chantal Goya | C’est très simple. J’habitais à la campagne avec mes enfants, on avait trouvé une maison près de Houdan, dans l’ouest de la France. Un dimanche, Jean-Jacques [Debout, son mari, ndlr] travaillait déjà pour Maritie et Gilbert Carpentier, qui leur avaient demandé d’écrire des mini-comédies musicales car c’était plus drôle que de juste faire du chant. On était au mois de septembre, et c’était un dimanche : le jour des chasseurs. Les enfants sont partis dans la forêt, comme tous les gosses à cette époque. Et quand ils reviennent, il y avait à peu près dix chasseurs qui arrivent chez moi. Ils avaient des treillis, étaient habillés comme s’ils allaient à la guerre. On avait une maison dans les champs, donc sans barrière, collée au champ du voisin et à la forêt. Ils sont arrivés et ont demandé qui était le propriétaire de la maison. Je leur réponds que c’est moi. À ce moment, ils me disent qu’ils ne peuvent plus rentrer car "des gamins avaient dégonflé les pneus de leur voiture". Vous savez, une paille dans la valve, et c’est bon, c’est terminé. C’était une technique de la campagne. C’est alors que les gamins du village et mes enfants sont arrivés ensemble. Mon fils Jean-Paul était là et dit : "Nous, on en a marre que les chasseurs tuent les lapins. Si les lapins avaient des mousquetons, ils vous tireraient dessus. De toute manière, mon père va faire une chanson."

Moi, je me dis qu’il y a déjà tous les pneus à réparer alors qu’on avait déjà la toiture à refaire, bref c’est le bouquet. J’ai dit à tout le monde de venir à la maison. Jean-Jacques était avec Roger Dumas au piano et préparait un numéro un. C’était pour Sylvie Vartan à l’époque. Je lui explique ce qu’il se passe et les enfants lui répètent : "On en a marre que les chasseurs tuent les lapins." Jean-Jacques s’est mis au piano et a chanté : "Ce matin, un lapin a tué un chasseur." Comme ça, d’instinct. Les gosses ont adoré, ont commencé à chanter ensemble et faire les oreilles de lapin avec leurs mains. Jean-Jacques m’a regardée et m’a demandé si j’étais capable de chanter en faisant les gestes des enfants. Je lui ai bien évidemment répondu que oui. Tout le monde s’est ensuite réconcilié devant un verre de vin et du saucisson.

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On recevait souvent du monde à cette époque le dimanche. Les copains, ça pouvait être Jane Fonda, qui habitait à côté de chez nous, avec Roger Vadim. Le mime Marceau, qui pour une fois parlait, puisque sinon il ne parlait jamais. Marguerite Duras, qui habitait derrière chez moi. Beaucoup d’artistes habitaient dans ce coin-là et savaient tous qu’ils pouvaient passer à la maison boire un verre. Ensuite, j’ai chanté la chanson et c’est devenu une folie. L’hymne de tous les gosses de France. C’est l’une des premières chansons écologiques. Le don de Jean-Jacques, c’était de trouver des mots que l’on retient et des vraies mélodies. J’avais enregistré avec un orchestre d’au moins quarante musiciens, il n’y avait pas d’ordinateurs à cette époque.

"Bécassine"

Bécassine, ça a été facile. J’avais à l’époque une chanson sur Mickey. J’allais beaucoup aux États-Unis avec mes enfants, c’était très féerique avec les parcs, les patinoires, etc. Ils me disaient : "C’est dommage de les voir uniquement dans les films et pas dans la vraie vie". C’est là qu’est née la chanson "Allons danser avec Mickey". Elle a un succès énorme, à tel point qu’on m’a dit qu’il fallait que j’arrête puisque tous les soirs l’Olympia était davantage rempli que le Rex. J’ai donc dit que c’était "l’oncle Picsou qui était venu et qui avait tout pris", pour faire rire un peu les gens. Et là, Jean-Jacques a eu une idée. Il m’a dit qu’il se souvenait de Bécassine, qui était toujours considérée comme une petite fille moyennement drôle. Mais lui voulait en faire un personnage poétique. On a demandé à notre éditeur, qui nous a mis en contact avec les propriétaires. Ils étaient très contents de me voir. À la base, ça devait être "ma copine". Mais eux m’ont dit que c’était trop vulgaire, donc c’est devenu "ma cousine". Ensuite, on a fait la chanson, ça a été un grand succès et ça a relancé ce personnage. Pour moi, c’est une femme astucieuse, qui a plein d’idées. Quelqu’un de très simple, mais gentil, adorable et drôle. Je voulais faire un film avec elle comme personnage principal. Mais je ne l’ai jamais fait, je n’ai pas eu le temps de l’écrire à ce moment-là. Aujourd’hui, je me verrai bien faire un film musical, écrit, avec toutes mes chansons et mes spectacles. J’ai plein d’idées. Ce serait un truc de fou.

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"Pandi-Panda"

En ce moment, c’est ma chanson la plus populaire. Elle représente toute la planète qui est en voie de démolition. Je l’ai chantée en 1984, c’était nouveau. Le panda a toujours été un animal très aimé chez nous. Jean-Jacques connaissait très bien la propriétaire du zoo de Beauval [Françoise Delord, ndlr], et c’est là que l’un des premiers pandas chinois est arrivé sur le sol français. Françoise a construit un parc énorme, là où était le village d’enfant de Jean-Jacques. Elle a préparé un endroit pour les pandas. Je me souviens d’avoir visité avec elle alors qu’il faisait quarante degrés, et à un moment je ne me sentais pas bien. Elle m’a emmenée dans l’espace conçu pour les pandas, à la clinique. Il faisait bien meilleur, et elle me montre le lit où le panda devait accoucher. Mais c’est un lit en fer ! Je me suis allongée et j’ai vu par la vitre un gros panda qui venait vers moi. Mais ce n’était pas "Pandi-Panda", ça ressemblait plutôt à un gros ours. J’ai cru que la vitre allait céder. C’était très impressionnant, mais également très protégé puisque les Chinois avaient des exigences strictes. Ils avaient envoyé leur propre personnel pour l’accouchement. Avec cette histoire, le grand public a tout de suite fait la relation entre mon "Pandi-Panda" et le panda de Beauval, ce qui a contribué au succès de la chanson. C’était un morceau écologiste lui aussi, pour le droit des animaux, contre le braconnage.

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"Monsieur le chat botté"

C’était l’un des personnages féeriques de mon spectacle "La Planète Merveilleuse". Il est très très aimé, cette chanson a marqué ma carrière. C’est une nouvelle fois Jean-Jacques qui a écrit le texte, je trouve que les paroles étaient très jolies. Tous mes spectacles ont besoin de personnage très scéniques, et nécessitent d’avoir de bons danseurs. Il faut que ce soit comme aux États-Unis. Le chat botté a la dimension d’un grand personnage, avec sa structure, son costume, sa belle cape, son épée, ses grandes bottes… Le chat botté incarne en quelque sorte la justice. Il aime que les enfants soient heureux, qu’il n’y ait pas de pauvre… Le monde serait sûrement meilleur s’il existait vraiment. 

"Bouba le petit ourson"

Cela fait partie des nombreux dessins animés que j’ai chantés. Nous étions très amis avec Bruno Huchez, qui a fait venir beaucoup de dessins animés en France. Bouba, Capitaine Flamme, Albator, Goldorak… On travaillait tellement, qu’il nous connaissait vraiment en tant qu’ami. Il m’a fait chanter Bouba, Les Misérables (en dessin animé), Les Quatre Filles du docteur March, et un autre dont je ne me souviens plus. Jean-Jacques avait écrit et chanté pour lui Les Trois Mousquetaires. Mais on ne demandait même pas de royalties, d’autorisation ou quoi. C’était comme ça à l’époque, beaucoup plus spontané, joyeux. Internet et les réseaux sociaux ont tout changé. C’est trop compliqué aujourd’hui, c’est dommage. Finalement, il y avait chez Bouba plus d’humanité que chez la plupart des hommes. D’ailleurs, ma famille a toujours énormément aimé les animaux, c’était une grande inspiration. Mes enfants ont des chiens. Mais avec les tournées, les spectacles, je ne pouvais pas trop avoir d’animaux. On avait une chèvre par contre, que nous a offert Gérard Lenorman. On l’appelait "la baronne bic", elle mangeait le maïs des voisins et elle venait se mettre dans le fauteuil du salon pour regarder les émissions de Guy Lux.

Par Guillaume Narduzzi, publié le 20/11/2019

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