© Jabari Jacobs

Entre ombre et lumière, Bishop Briggs irradie la scène pop internationale

Avec Church of Scars, son album inaugural, l’artiste britannique révèle une noirceur qu’elle vient contrebalancer avec son sourire contagieux. On l’a rencontrée.

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Sans instruments ni artifices, c’est a cappella que Bishop Briggs a entamé son concert parisien, faisant se taire les plus dissipés du fond de la salle en une seule envolée lyrique. Malgré son petit gabarit, elle prouve tout de go qu’elle sait donner de la voix. Le Badaboum, elle l’a tout bonnement fait vibrer. Car, en plus d’avoir un sacré coffre, la musicienne fait de la scène son terrain de jeu. Quitte à s’essouffler, elle donne tout, se montrant aussi généreuse qu’elle l’est dans son art.

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"Toute cette tournée a été tellement surréaliste, explique-t-elle, clairement épuisée mais toujours aussi solaire après son concert, car je n’arrive pas à croire que les gens connaissent ma musique". Modeste, cette jeune artiste originaire de Bishopbriggs – la petite ville d’Écosse qui a inspiré son nom de scène – n’oublie jamais de garder les pieds sur terre en dépit du succès. Si elle reste confidentielle pour beaucoup sur le continent européen, sa musique a pris d’assaut les States depuis 2015, année où son premier single "Wild Horses" a débarqué.

Depuis, c’est une douce ascension que connaît Bishop Briggs, de son vrai nom Sarah Grace McLaughlin. En l’espace de tout juste deux ans, elle devient la première partie de Coldplay, s’incruste sur le plateau de Jimmy Fallon et, rite de passage oblige, atterrit même à l’édition 2017 de Coachella. Mais avant d’être la victime, volontaire, d’une telle success-story, la musicienne britannique a connu une période de vaches maigres, enchaînant les petites galères à Los Angeles. Une période de sa vie qu’elle ne compte pas oublier, ne serait-ce que pour conserver son authenticité imparable :

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"Je pense que la clé pour rester humble est de faire ce que j’ai fait depuis le début, c’est-à-dire écrire, écrire de la poésie avant tout. Parce que ça te pousse à creuser en toi et vérifier ton état mental, mais je pense également que s’entourer de personnes positives peut avoir son impact. Parfois, les gens de cette industrie sont là pour l’argent et la célébrité.

Mais au fond, ce ne sont que des cerises sur le gâteau. Ce sont des choses qui peuvent arriver mais pendant si longtemps, tu ne te fais pas d’argent, tu n’es pas connu. Pour moi, en fait, c’est surtout quelque chose de spirituel."

Le 20 avril 2018, Bishop Briggs gâte ses fans avec un tout premier album, intitulé Church of Scars ("l’église des cicatrices", si on veut traduire ça littéralement). On y découvre une dizaine de morceaux, triés sur le volet, qui ont pour point commun de faire appel à un champ lexical similaire : celui de la religion. Pour autant, l’artiste ne s’identifie pas comme pieuse. "Je ne suis pas quelqu’un de religieux mais je crois qu’il y a quelque chose de vraiment spécial quant à l’idée d’aller à un endroit pour y trouver le silence et la paix, détaille-t-elle. Je pense que c’est une si bonne métaphore de l’écriture et de ce que la musique doit être".

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Mais ce n’est pas la seule récurrence qu’on discerne dans sa discographie. En effet, sur la vaste majorité de ses morceaux, Bishop Briggs prend presque un malin plaisir à évoquer des relations toxiques, parfois destructrices, qu’elle a pu avoir au cours de sa vie. Néanmoins, une lueur d’espoir semble toujours se glisser parmi ses paroles souvent obscures, accentuée par son énergie communicative sur scène. "Je suis naturellement très dark et j’ai tendance à penser au pire, précise-t-elle. Donc dans la vie, j’essaie de projeter le contraire. Mon instinct viscéral est trop pessimiste et je ne pense pas que ça puisse aider qui que ce soit au bout du compte".

Et s’il arrive à la chanteuse de faire de regrettables rencontres, il y a bien une relation qui ne la décevra pas quoi qu’il advienne. Bishop Briggs et la musique, c’est une pure "histoire d’amour", comme elle s’évertue à le dire elle-même. "Quand je me produisais à LA et que je galérais, j’avais l’impression d’être dans cette relation bizarre qui me décevait mais je parvenais toujours à voir un semblant d’espoir, comme avec une personne, explicite-t-elle avec passion. Personne ne le voit, mais toi tu le vois. Et c’est comme ça que je ressentais la musique, comme une vraie relation".

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Pour l’heure, elle est présentement en couple, et heureuse de l’être. Même si elle continue encore et encore de cultiver la noirceur de sa musique – "je ne pense pas pouvoir m’éloigner de ça", avoue-t-elle –, Bishop Briggs s’est autorisée une légère incartade avec son dernier single, "Baby". Assurément plus optimiste et dansant, ce titre fait honneur à son boyfriend actuel. "Je voulais comme suspendre ce moment dans le temps, car en ce moment ma vie a cette douceur qu’elle n’avait pas avant, finit-elle par concéder avec sincérité. Mais c’est marrant parce qu’une chanson comme 'Baby' m’a rendue plus vulnérable, j’avais l’impression d’aller contre ma nature".

Souvent comparée à d’autres artistes comme Adele ou Hozier (dont elle reconnaît avoir poncé la discographie durant l’écriture de son propre album), Bishop Briggs est bel et bien sa propre artiste. Poétique, intimiste et pourtant si universelle dans son propos, sa musique résonne et brave les générations - en témoigne le public éclectique lors de son escale parisienne. Constamment inspirée, elle n’a pas dit son dernier mot et devrait être prolifique encore longtemps. En attendant un second opus, Bishop Briggs a des idées plein la tête, comme celles de se faire un nouveau tatouage ou d’interpréter "Bohemian Rhapsody" au karaoké. On paierait pour voir ça.

Par Florian Ques, publié le 01/10/2018

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