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Les beats de l’exil, vol. 3 : Samer Saem Eldahr, le maître de l’électro-tarab venu d'Alep

Publié le

par Jehanne Bergé

Dans Les beats de l’exil, Konbini va à la rencontre des réfugiés qui continuent malgré tout de nous faire danser.

La guerre en Syrie fait la une de l’actualité depuis bientôt six ans maintenant. Plusieurs centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants y ont perdu la vie. Des millions de Syriens ont fui leur pays, souvent dans les conditions les plus difficiles.

Parmi ces réfugiés, certains sont de jeunes rappeurs, artistes et DJ. Ils ont échappé à la guerre et tentent de se reconstruire ailleurs. Leurs parcours divergent, leurs visions du monde aussi. Ils ont entre 20 et 30 ans et font des beats plutôt cool. Nous avons été à leur rencontre.

Samer est un grand maître du nouveau genre musical appelé "électro-tarab". Originaire d’Alep, l’artiste a dynamisé les nuits de Beyrouth pendant plusieurs années avant de partir s’installer il y a un peu plus d’un an aux États-Unis.

C’est en 2012 que Samer arrive à Beyrouth, fraîchement diplômé des Beaux-Arts d’Alep, à la recherche d’une galerie pour exposer ses œuvres. Pendant ce temps, la révolution syrienne se transforme en véritable guerre civile.

"À cause de ce qu’il s’est passé, mes parents m’ont demandé de ne pas revenir à Alep. Depuis ce moment-là, je n’y suis jamais retourné."

C’est donc dans la capitale libanaise qu’il devient l’un des artistes les plus créatifs de la région avec son projet "Hello psychaleppo". "J’ai commencé à faire pas mal de concerts dans des évènements culturels ou dans des clubs."

Samer est l’un des précurseurs de l’électro-tarab, un concept qui mixe les sons électro à tendance psyché aux incontournables de la musique arabe populaire des années 1950 et 1960.

"Au début, les gens ne connaissaient pas ce genre de musique. Tous ces sons étaient dans ma mémoire. J’ai une expérience très personnelle de ces vieilles musiques arabes."

Après avoir enregistré deux albums complets, il travaille actuellement sur un troisième disque.

"L’album va s’appeler 'toyour' qui signifie oiseau. La symbolique de l’oiseau est très importante, c’est la liberté, le voyage." Même si Samer n’aime pas trop se mêler de politique, la nostalgie du pays reste une réalité. "Tu n’es jamais complet quand tu es loin de chez toi. Il y a toujours quelque chose qui manque. Tout le monde veut rentrer à la maison."

Par rapport aux médias, il a un drôle de sentiment. "Depuis que j’ai quitté Alep, j’ai n’ai pas voulu regarder les images. Les photos sont trash, pour moi qui suis un artiste visuel, c’est terrible de voir les gens souffrir. Mais récemment j’ai commencé à regarder les nouvelles parce qu’il le faut."

Samer n’a jamais eu le statut de réfugiés, il est un immigrant comme un autre. Au Liban, où sont installés plus d’un million et demi de déplacés syriens, des tensions existent entre les deux peuples. Mais c’est un autre sentiment que garde Samer du Liban. "La scène artistique est très cool et très compréhensive. Je ne me suis jamais senti un étranger ou quelqu’un qui ne serait pas le bienvenu."

L’artiste insiste sur le fait qu’on peut être syrien et détaché de la politique. "Depuis 2011, c’est de pire en pire en Syrie, mais ça c’est de la politique, les humains parlent un autre langage. Je ne fais pas de la musique politique. Je suis un artiste et je viens d’Alep. Les gens ont des attentes vis-à-vis de toi parce que t’es syrien mais tous les syriens ne doivent pas forcement être liés à la politique. C’est une situation complexe."

À lire -> Les beats de l’exil, vol. 2 : Refugees of Rap, le groupe de rap syrien qui s’est installé à Paris

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