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Basile di Manski fait du fingerboard sur des corps dénudés dans le clip perché de "Cha$ing You"

Publié le

par Arthur Cios

Qu’est-ce qu’il vous faut de plus ?

Quand on nous a parlé du nouveau clip de Basile di Manski, artiste du label Pain Suprises, on a été plutôt interloqués, à juste titre : "Ouais, tu verras, c’est avec du fingerboard, tu sais les petits skates pour doigts, sur des femmes nues", nous disait-on. C’était il y a plusieurs semaines, et on avait presque oublié cette discussion quand on a reçu l’objet visuel. Un clip bien au-delà de nos espérances.

On est face à une ode aux années 1980, ambiance Miami Vice, avec, effectivement, du fingerboard sur des corps dénudés, des dollars qui tombent du ciel et notre ami Basile allongé sur un lit miniature. Outre l’aspect génialement kitsch du clip, il faut reconnaître que celui-ci colle à la perfection au titre pop infusé aux synthés disco glamour, avec ce petit truc lo-fi toujours présent, comme on aime.

Forcément, on a essayé d’en savoir un peu plus sur ce clip en discutant avec Basile di Manski. On s’est intéressé à sa passion pour le fingerboard, sans oublier de le questionner sur la signification de ses paroles un chouïa cryptiques.

Konbini | Raconte-moi la naissance de ce clip. Qui a eu l’idée ?

Basile di Manski | J’ai eu la vision d’une main en train de faire du mini-skate en slow motion sur le corps d’une mannequin ultra-bronzée. Derrière ce corps, il y avait un ciel bleu et de grands ensembles futuristes comme on en voit en banlieue parisienne, là d’où je viens. Cette image m’a obsédé pendant des mois, bien avant que je termine "Cha$ing You". Au fur et à mesure, ça devenait de plus en plus précis et j’ai commencé à faire des dessins avec différentes combinaisons de tricks et de positions de corps.

Puis j’ai rencontré PE sur Pete the Monkey. Il s’occupait des sessions photo et vidéo avec les artistes et je lui ai parlé de cette idée. On s’est appelé à la rentrée pour voir comment on pourrait réaliser le truc. J’avais terminé "Cha$ing You" et on s’est dit que ce serait la bonne chanson pour ce clip, qu’en détournant certains des codes du rap (les filles, l’argent, l’ego trip) ça pourrait aller plus loin qu’une simple vidéo de fingerboard.

Quand l’avez-vous tourné et combien de temps cela a pris ?

Le tournage en lui-même a duré moins de trois jours, dont seulement une journée avec la mannequin ! Avant ça, il a fallu écrire un story-board précis, fabriquer un piano miniature et des modules à rider, trouver les fonds, et surtout réaliser des tests sur un vrai corps. On voulait que ça soit sexy sans tomber dans la vulgarité… Il y a eu pas mal de postprod. Ça a pris plusieurs mois, mais je tenais à m’impliquer à fond dans la totalité du processus.

Pourquoi du fingerboard en 2018 ?

J’ai fait énormément de fingerboard quand j’étais petit. Je m’y suis mis après m’être blessé en skate. Je construisais des parks et faisais des vidéos super geeks. Aujourd’hui, je trouve que le fingerboard est quelque chose de relativement insignifiant (sans offense pour les puristes) comparé au skateboard, qui est une pratique artistique hyper radicale et inspirante. En revanche, si tu mets un fingerboard en contact avec un corps, ça devient tout de suite plus émouvant – peut-être parce qu’il n’y a aucun contact direct entre le corps et la main qui le "ride".

Qui fait du fingerboard dans le clip ?

C’est oim. Je m’y suis remis pour l’occasion, c’était l’excuse idéale pour retrouver un peu de niveau.

Que t’évoque ce morceau ?

J’ai écrit le premier couplet de "Cha$ing You" un jour où j’avais envie d’acheter une nouvelle paire de Nike et où j’étais à découvert de ouf. Ça m’a un peu blasé parce que cette envie ressemblait presque à un besoin physique. C’était comme avoir faim ou soif. Je me suis dit qu’on entendait beaucoup les rappeurs parler de l’argent qu’ils ont, des filles qu’ils chopent, mais que ça serait cool aussi de parler de l’argent qu’on n’a pas et de l’amour qui nous manque.

Du coup, le "you" de la chanson s’est mis à évoquer tout ça à la fois… L’argent, les femmes, la drogue aussi ("chasing the dragon" ça veut dire fumer de l’opium). Du coup, le titre "Chasing You" est devenu "Cha$ing You". C'est une chanson qui parle de ce truc qu’on a tous en nous, cette espèce de mauvais ego qui nous pousse à tout désirer — des choses les plus nécessaires aux choses les plus vaines.

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