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Sous-estimé en France, Bad Bunny est numéro un dans le monde entier

Publié le

par Aurélien Chapuis

Focus sur l’artiste portoricain qui continue de conquérir toute la planète. Sauf un dernier pays d’irréductibles, la France.

Lors de sa rétrospective annuelle, la plateforme de streaming Spotify a annoncé les grands gagnants de 2020. Et mondialement, une personnalité revient très souvent : Bad Bunny, qui arrive numéro un dans les catégories artiste et album. L’artiste portoricain a ainsi cumulé plus de 8,2 milliards d’écoutes dans le monde.

À lui seul, son album YHLQMDLG récolte plus de 3,3 milliards d’écoutes. Bad Bunny est la plus grosse star de l’année, devant l’éternel Drake, son confrère J Balvin, le regretté Juice WRLD et The Weeknd, qui est premier dans la catégorie morceau avec "Blinding Lights"  même s'il a été totalement snobé pour les nominations des Grammy Awards. De son côté, Bad Bunny part sur deux possibles récompenses en pop latino.

YHLQMDLG était le deuxième album officiel de Bad Bunny ; un troisième est sorti depuis pour fêter cette année incroyable, El Ultimo Tour del Mundo. Et l’année dernière, en 2019, le chanteur portoricain s’était allié avec son acolyte J Balvin pour l’album Oasis, un clash des titans. Son incroyable succès montre l’impact de sa musique aux quatre coins du monde, avec un son qui puise dans son héritage musical tout en ouvrant de nouvelles perspectives.

Une pop star inclusive et moderne

Bad Bunny n’a cessé de casser les codes et les frontières. Il a fait la toute première couverture masculine du magazine Playboy et a aussi été le premier artiste urbain latino-américain à être en couverture de Rolling Stone. C’est d’ailleurs sa compagne Gabriela Berlingeri qui a pris ces photos, devenant la première femme latino-américaine à le faire.

Bad Bunny est aussi scruté pour son impact sur la mode et le style. Adepte des changements très réguliers de coupes de cheveux, des lunettes fumées de tous les styles et des vêtements très colorés, Bad Bunny est devenu une icône, notamment dans la communauté queer et gay. Sur ce sujet, ses prises de position fermes contre la misogynie et l’homophobie dans son pays ont vraiment aidé à changer les mentalités. Discret, inclusif et gros bosseur, Bad Bunny offre une nouvelle image de la pop star, engagée et moderne.

Il est très difficile d’apposer une étiquette sur la musique de Bad Bunny. Mixant deux styles très populaires – le reggaeton et la trap –, tout en intégrant d’autres musiques latines comme la bachata, le chanteur portoricain invente une pop redéfinie avec ses compères J Balvin, Maluma ou Ozuna. Et une des constantes essentielles de ce grand changement est la langue : l’espagnol.

Chaque année, les artistes chantant en espagnol deviennent de plus en plus influents et grattent des places face aux mastodontes chantant en anglais. Et c’est un juste retour des choses, vu que l’espagnol est la deuxième langue la plus parlée au monde, derrière le chinois mais juste devant… l’anglais. Comme l’anglais dans les années 1970 ou 1980 permettait le développement musical de la scène australienne ou néo-zélandaise, la langue espagnol est tellement parlée autour du globe qu’elle offre un tremplin aux artistes sud-américains, espagnols ou caribéens.

Et c’est peut-être justement cette langue qui bloque un pays comme la France à rendre à Bad Bunny ses honneurs de roi de la pop mondiale. Comme le montrent les chiffres de Spotify en 2020, les Français sont encore très attachés à leurs artistes locaux. Tous les tops 5 sont remplis d’artistes francophones, même les mastodontes américains reculent largement dans ce registre en France. Mais la France pâtit aussi d’une très mauvaise connaissance du reggaeton, pourtant extrêmement populaire depuis plus de vingt ans.

Le reggaeton, un style musical sous-estimé

Numéro un dans une grande partie du globe, Bad Bunny rentre en effet dans cette lignée d’une musique très sous-estimée en Europe, mais qui pourtant est presque plus influente et puissante que le rap : le reggaeton. Ce style est un dérivé du dancehall de Jamaïque avec des influences hip-hop de la côte est des États-Unis. Dans les années 1990, il se développe au sein des Caraïbes où l'on parle espagnol, surtout à Porto Rico mais aussi en République dominicaine ou à Cuba. Puis, le reggaeton se transpose en Colombie et au Venezuela, offrant d’autres mélanges impossibles à définir. Il devient vite la musique la plus populaire en langue espagnole, avec des stars comme Daddy Yankee ou Nicky Jam.

Depuis, le reggaeton n’a jamais cessé de rythmer la musique populaire mondiale. Souvent cantonné à une musique festive et pauvre par les critiques et une partie du public, le reggaeton (comme le dancehall d’ailleurs) est pourtant parmi les styles musicaux les plus influents du monde. Il n’est donc pas du tout étonnant que Bad Bunny soit actuellement l’artiste numéro un dans le monde. Et le repli culturel de la France sur ses propres artistes risque de continuer de creuser un écart avec le reste de la planète. 

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