©FIFOU

Avec sa "Chaise pliante", Hatik est bien décidé à s'installer dans le game

Dans ce Warm Up, on réalise un focus sur Hatik, jeune rappeur qui ne vient pas de nulle part pour enfin sortir son premier projet.

Jeune rappeur à la volonté inébranlable, Hatik brûle les étapes. S’il s’est fait remarquer grâce à un featuring avec Disiz il y a quelques années, l’artiste du 78 s’est fait un nom ces derniers mois grâce à ses redoutables freestyles "Chaise pliante", déclinés en huit volets. Un concept fort, qui s’impose comme sa marque de fabrique. Sa première mixtape, dense et généreuse, paraît ce vendredi 30 août.

À cette occasion, entretien fleuve avec un artiste ambitieux et déterminé.

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Konbini | Qui es-tu ?

Hatik | Je suis Hatik.

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D’où viens-tu ?

Je viens du quartier des Garennes à Guyancourt, dans les Yvelines.

Où et quand es-tu né ?

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Je suis né le 26 novembre 1992 à Chevreuse, dans le 78.

Quand et comment as-tu commencé la musique ?

J’ai commencé la musique à 16 ans, chez moi avec un micro d’ordinateur ultra-naze. D’année en année, j’ai changé de matos et de logiciels.

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Qu’est-ce que tu faisais avant ? Quel est ton parcours ?

Avant d’être artiste à temps plein, j’étais déjà artiste à temps plein. J’étais aussi serveur, vendeur, manutentionnaire et réceptionniste en hôtellerie. Ça faisait quasiment dix ans que je cumulais musique et taf. La musique, c’est ma passion, mais ça n’a jamais payé les factures. Je n’ai jamais accepté de ne rien faire et de vivre à l’arrache sans une vraie paye qui tombe à la fin du mois.

Ça fait huit mois que j’ai arrêté de taffer pour me consacrer uniquement à ma carrière artistique, parce que je ne pouvais plus faire les deux d’un point de vue physique. Quand tu dors 3, 4 heures par nuit pendant des mois voire des années, que tu perds la mémoire, que tu tombes malade ultra facilement, il faut se poser les bonnes questions. J’ai fait un choix et ça m’a l’air d’être le bon pour le moment.

Comment as-tu été découvert ? Avec les différents freestyles "Chaise pliante" ?

J’ai été découvert via ma série de sons intitulée "Chaise pliante", dans lesquels j’ai essayé avec mon équipe de montrer un petit panel de ce que je sais faire. Ça a parlé aux gens dès le premier morceau, puis ça n’a cessé de grimper jusqu’à aujourd’hui. On est plus que satisfaits !

Il s’est passé quoi après cette période et jusqu’à aujourd’hui ?

Beaucoup de travail. Beaucoup. Quand je dis "travail", ça ne signifie pas forcément s’enfermer en studio pendant des nuits entières. C’est surtout un gros travail sur moi-même que j’ai dû faire pour déterminer quel type d’artiste je souhaitais devenir. Et une fois que j’avais mon idée en tête, j’ai foncé. Encouragé par mon amie Élodie, puis par Ogee et Medeline, mes compositeurs. Et nous voilà ici !

Est-ce qu’une série de freestyles (comme MHD avec "AfroTrap" ou Koba LaD avec "Ténébreux") est une stratégie essentielle pour percer ?

Je pense qu’il n’y a pas de formule magique. Une série permet aux gens de s’approprier ta musique plus facilement, et je pense que c’est cohérent pour la communication. Ça joue un rôle important. Mais encore une fois, tu peux tout éclater sans série de sons. Regarde Keblack : quand il est arrivé, il a fait un seul freestyle filmé au téléphone… On connaît l’histoire !

Comment tu décrirais ton univers artistique ?

Ma musique est assez triste, mélancolique. Assez nerveuse aussi. Vraie dans le propos, du moins je l’espère. Malgré la dureté que mon son dégage, je pense qu’il est empreint d’une grande sensibilité. C’est un peu comme si tu te baladais dans une forêt dévastée par un incendie et que tu voyais un animal sauvage, seul dans son coin, le regard vide parce que sa forêt a brûlé. C’est cool comme métaphore.

Ta première mixtape paraît ce vendredi. Qu’est-ce que tu en attends et qu’est-ce qu’elle va raconter ?

J’en attends qu’elle permette aux gens de me découvrir. De trouver des facettes différentes de celles aperçues dans les "Chaise pliante". Ce que ma mixtape raconte, c’est que tu peux tout réussir si tu t’en donnes les moyens. Si tu veux être un mec de rue, faut avoir conscience du monde dans lequel tu entres. La rue, ce n’est pas drôle. Je ne connais personne qui a la vie de Pablo dans mon quartier.

Parfois, pour arriver à atteindre tes objectifs, tu auras besoin d’amour. L’amour des tiens. Parfois, aussi, tu devras malheureusement te défaire de certains liens pour mieux avancer. C’est la vie. En tout cas, c’est la mienne. Après tout, ma vie n’a rien d’extraordinaire. Même si ça paraît fou de me voir à la télé, sur YouTube avec des centaines de milliers de vues, au final, je suis juste comme toi.

Tu as pris part au #ProjetBerlin cette année : cinq morceaux clipés en cinq jours. Qu’est-ce que t’a apporté cet exercice assez particulier ? C’était important pour toi de t’exiler pour mieux charbonner ?

#ProjetBerlin est une idée qu’on a eue avec mon équipe et celle de Daymolition. C’était terrible ! C’était du gros travail, autant pour moi que pour les réalisateurs. D’ailleurs, je pense que c’est eux qui ont le plus taffé. Avec mes compositeurs, des sons, on peut t’en faire un le matin, un l’aprèm, un le soir, tous les jours pendant trois semaines sans problème. Mais faire un clip par jour… Je leur tire mon chapeau.

Ça ne m’a pas apporté grand-chose en termes artistiques, plutôt en termes de professionnalisme. Entre la gestion des réseaux, le tournage, la réalisation du son, ça fait des grosses journées. C’était nouveau pour moi. L’exil, ça donne une usine créative où les bonnes idées fusent. Le soir, on pouvait parler pendant 2 ou 3 heures pour se donner des idées de son, de thèmes ou de clips.

Petit à petit, tu as intégré davantage de mélodies et de chant dans tes morceaux. C’est essentiel dans le rap français aujourd’hui ? Tu restes un gros kickeur, comme en atteste ton passage dans Rentre dans le Cercle…

Je pense qu’on peut très bien rapper sans mélodie et faire son bout de chemin. Quand je vois un reuf comme Zikxo faire son trou avec un son hors du temps, je suis content pour lui et pour le rap français en général. Ça veut dire qu’il n’y a pas qu’une seule route. Personnellement, j’aime tellement la mélodie que j’aurais du mal à m’en passer. Le plus intéressant est de mélanger les deux.

Tu as sorti le clip de "TRVF" très récemment. Pourquoi cette esthétique tout en blanc ?

Pour les clips, les idées viennent de mes réalisateurs. C’est à eux qu’il faudrait demander ! Il y a un lien avec la pochette de la mixtape réalisée par Fifou. La décliner en clip, je trouvais ça marquant, parce que depuis le visuel volontairement crade de "Chaise pliante Part. 1", on a fait que monter. Arriver à la fin avec un visu tout en blanc, des moyens techniques et un stylisme plus travaillés, ça permet de marquer l’évolution.

Tu donnes les explications de certains de tes morceaux sur Instagram. Les auditeurs ont besoin d’explications pour mieux consommer une œuvre, ou c’est pour entretenir un lien avec eux ?

Depuis le premier jour, j’ai un lien fort avec les personnes qui m’écoutent. Je suis un "auditeur-kiffeur" de rap, et c’est quelque chose que j’aurais aimé avoir plus jeune, quand Sopra ou Diam’s sortaient leurs disques. Je veux que mon public, "les copains" comme j’aime les appeler, puisse entrer dans la mixtape dans les meilleures conditions.

Mais je ne donne pas trop d’explications. C’est à eux de se faire leur interprétation des morceaux dans un premier temps. Ensuite, peut-être qu’on pourra en discuter et ça sera encore plus cool comme échange.

T’es signé sur quel label ? Peux-tu nous présenter ta team ?

Je suis signé chez Low Wood, un label indé géré par Guillaume Silvestri, membre du duo Medeline. Rémi, l’autre membre, a composé l’intégralité du projet, l’a mixé et réalisé. Il est derrière ces traitements de voix que j’aime tant. Ogee est mon deuxième compositeur attitré, il m’a aidé à me trouver. Et puis Alexia, ma cheffe de projet, qui gère tout et qui a toujours, avec Guillaume, de super idées.

Selon toi, quelles sont les meilleures conditions pour écouter ta musique ?

Ça dépend du son. Pour "Machine à sous", je dirais sur le périph, de nuit, en régulateur à 70 km/h. Pour "Abîmé", l’idéal serait dans ton quartier/ta ville/ton coin, avec un ou deux potos dans une voiture, sur un parking. Et pour un son comme "C’est la base/Y’a les condés", je pense qu’il faut que tu sois avec du monde et que tu sois prêt à bouger fort la tête !

Si tu devais convaincre les gens d’écouter ta musique, tu leur dirais quoi ?

Je leur dirais que je suis le meilleur rappeur du monde ! Comme ça, même s’ils ne me croient pas, ils seraient intrigués devant tant d’assurance et peut-être qu’ils y trouveraient quand même leur compte. J’aurais réussi mon bluff ! Mais tant que Kendrick Lamar fera carrière, malheureusement, je ne pourrai pas dire ça sincèrement.

Tu tiens le rôle principal dans la série Validé de Franck Gastambide. Comment ça s’est passé ? C’est dans un coin de ta tête d’avoir une carrière d’acteur ? Tu as eu d’autres propositions ?

Le tournage de Validé s’est super bien passé ! C’était mon premier projet ciné. Assez fatigant quand tu n’as pas l’habitude, mais vraiment terrible. Une ambiance de fou avec mes deux acolytes Brahim et Saïdou, et avec les autres comédiens d’ailleurs ! 

La carrière d’acteur, ça m’est venu tardivement, il y a moins d’un an. J’ai eu la chance de décrocher ce rôle presque immédiatement grâce au gros coup de pouce de Sams, Screech de Daymolition et Pauline Raignault de Polydor. Et, bien sûr, grâce à Franck et David, les réal ! J’ai eu plusieurs propositions depuis, mais ça n’a pas pu se faire, faute de timing ou de scénario qui ne me parlait pas.

Tes futurs projets ?

Défendre mon projet sur scène, c’est un gros objectif pour les prochains mois. J’espère avoir cette occasion. Puis, je n’arrête pas de travailler, donc toujours de la musique. Enfin, pour le cinéma, je veux faire d’autres films ou séries, donc j’espère pouvoir tourner rapidement !

Le mot de la fin ?

Allez tous écouter la mixtape "Chaise pliante" ! Vous y trouverez votre compte, faites-moi confiance !

T’as un modèle de chaise pliante à nous conseiller ?

La Decathlon mais pas la premier prix, celle à 19,99 euros je crois. Elle est plus rigide et haute que les autres. En noir, je trouve qu’elle claque beaucoup plus ! [Rires.]

Par Guillaume Narduzzi, publié le 30/08/2019

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