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Découverte : le psyché menaçant de The Icarus Line en 10 inspirations

Publié le

par Théo Chapuis

Konbini tente de percer à jour l'épais univers de The Icarus Line en 10 influences données par le leader du groupe pour pénétrer son monde. Attention, la transe guette.

Joe Cardamone, plus Charles Manson que John Lennon

Ça nous échappe parfois mais avant d'être des stars auréolées de succès, les musiciens sont avant tout des gens comme nous : des passionnés de musique. Et même si plus personne ne pose la question "Quelles sont vos influences ?" aux artistes, ça ne nous empêche pas d'être curieux quant à qui les a inspirés. Tenez, on vous parie que 10 sons commentés par ses soins esquissent à merveille l'univers musical d'un artiste.

Et pour celui de The Icarus Line, ça n'était pas gagné d'avance. Classés par défaut dans la case "psychédélisme" au bout de six albums et 20 ans d'existence, on les a affublés en cours de route de tout un tas de sous-genres peu reluisants – qu'il s'agisse de l'hydre sémantique "post-hardcore", ou bien des plus classiques (quoi qu'assez creux) "punk" ou "rock alternatif".

Bad hippies

Aujourd'hui, après avoir semé tout un tas de musiciens prolifiques sur les routes américaines, dont l'un d'eux a été récupéré par Nine Inch Nails, la bande de Joe Cardamone stabilisée à cinq musiciens ne s'interdit plus grand-chose. Elle a désormais pris le large quelque part vers les nappes embrumées de Velvet Underground et l'intransigeance des débuts de Sonic Youth. Le groupe ne cache d'ailleurs en rien ses influences borderline et invite sur son disque tant le performer Joe Coleman que Warren Ellis, musicien de génie dans l'ombre de ce grand corbeau de Nick Cave. Écoutez plutôt.

Le nouvel album de The Icarus Line, All Things Under Heaven, n'est pas évident à écouter. Enregistré live chez Cardamone, on y croise les fantômes des Bad Seeds un jour de mauvaise humeur ("Incinerator Blue", "El Sereno"), un hommage à la musique ombrageuse de Swans ("Little Horn") mais surtout une atmosphère saturée d'électricité ("Don' Wanna Stay") – d'où affleure parfois le parfum tenace du patchouli ("El Sereno"). So, don't bogart that joint, my friend !

Mais ce mélange fascinant dominé par une teinte evil fait assurément de All Things Under Heaven un disque difficile à appréhender. Ci-dessous, Joe Cardamone vous donne 10 clés afin d'ouvrir autant de portes musicales qui guideront l'auditeur à travers de nouveaux horizons, mais aussi à travers les dédales de l'esprit de ce musicien et mélomane sous-estimé.

Alice Coltrane – Journey in Satchidananda

La composition de All Things Under Heaven était un moment difficile dans ma vie. J'ai gardé cet album d'Alice Coltrane près de moi presque tout le temps. Elle a écrit... juste après que John [Coltrane] décède, ça explique pourquoi ce disque est si spirituel, et si rempli de sentiments crus. C'est allé loin, il a fallu qu'un de mes amis me dise d'arrêter d'écouter ce disque... Mais cet album, c'est de la magie pure qui provient des cieux. Il aime chaque être qui pose l'oreille dessus.

Gun Club – Miami

Jeffrey Lee Pierce avait une telle manière de jouer avec ses paroles et sa voix... Il chante souvent faux, d'ailleurs. C'est le genre de truc que personne ne pourrait faire exprès. La chanson nommée "The Fire of Love" est tellement bonne, tellement heavy. L'album entier est extrêmement catchy, tout en restant obscur. Primitif.

Junior Kimbrough – God Knows I Tried

Voilà la vraie signification de l'American Primitive Guitar moderne. Junior venait des collines du Mississippi et tenait un boui-boui que nombre de ses contemporains appelaient leur foyer. Il existe un excellent film nommé You Seen Me Laughin' qui fait la chronique de tous ces musiciens à la fin des années 90. C'est un si bon guitariste, Junior, qu'au moment où je l'ai entendu jouer, il m'avait accroché. Rien n'est jamais pareil. Le groupe joue ce rythme palpitant et Junior tricote autour d'une manière si brisée... Le vrai blues de l'ère du téléphone portable.

James Brown – The Payback

Écoutez la percussion sur "The Payback". Qui peut jouer du shaker aussi longtemps ? En plus il fallait bien le faire en concert, c'est complètement dingue. Je suis toujours impressionné sur plusieurs niveaux par James Brown. Il a composé des tubes qui semblaient pourtant tellement déstructurés. Rien n'était mathématique dans sa musique, à part si on parle de sa propre formule.

La musique, les paroles... tout cela en fait quelque chose de si puissant, de si réel et réussit le pari de rester des hits contemporains. Rien ne sera jamais plus fort que James... Je n'ai rien contre Radiohead ou Pavement, mais pourquoi absolument vouloir les écouter eux quand ce genre de mec existe ?

A$AP Rocky – ALLA

Assez peu d'albums de rap m'ont frappé cette année, mais A$AP Rocky est l'un de ceux qui m'a le plus retourné le cerveau. La première fois que j'ai écouté, j'ai trouvé ça un peu confus, un peu bavard pour rien. Pourtant j'ai continué à le passer et plus je me l'écoutais, mieux je le comprenais.

C'est un album profond, plein de sacrilèges musicaux. Ce que j'aime, c'est qu'il n'y a pas de règles avec ce genre de musique : elle peut parfois faire grincer des dents comme prendre des détours inattendus et devenir géniale. Les trois quarts de ce disque sont irréprochables.

Howlin Wolf  – The Howlin Wolf Album

Bon d'accord, cet album est sans doute un peu surestimé, sans doute parce qu'il était introuvable pendant des années. Mais quand les gens me parlent de Led Zep et de Cream, je me réfugie auprès de ce bad boy. Les types qui jouent avec lui continueront leur carrière en jouant sur Bitches Brew et Evil Live de Miles Davis.

Il y a tant de groove, tant de recettes musicales bien meilleures que chez les autres que c'en est choquant. Je suis certain que si on parlait de cet album à Jeff Beck, il en rougirait. Le classic rock, c'est ça.

Captain Beefheart – Doc At The Radar Station

Doc At The Radar est l'avant, avant-dernier album de Don avant qu'il ne quitte la musique pour toujours. Je crois qu'il est sorti au tout début des années 80. Je crois que c'est Morris Tepper à la guitare. Pour moi, cet album montre exactement pourquoi Beefheart a généré des groupes comme The Birthday Party ou Jesus Lizard.

Je n'ai aucune idée de la manière dont il faut s'y prendre pour réussir à avoir un groupe qui joue de cette façon, mais comptez sur moi pour essayer de comprendre un jour. Ce disque est sec et haineux. Sa voix est éreintée et furieuse à la fois. Les guitares sont des flingues. C'est maléfique, c'est grandiose.

Doctor John – Gris Gris

Minuit sur le bayou. En tout cas, c'est ce que le Docteur veut vous faire croire. En fait, cet album a été enregistré au Goldstar, à Los Angeles, avec des musiciens de L.A. Ça n'enlève pourtant rien du vaudou qui enveloppe le mix. Ces incantations font partie des meilleurs enregistrements de Docteur John.

On dirait qu'il parle du mal du pays sous héroïne, quel premier album héroïque... Le titre "I Walk On Guilded Splinters" est le truc le plus proche de s'aventurer dans les marais à minuit. J'imagine bien Brian Wilson pleurnichant à propos de son méchant papa pendant que dans le studio d'à côté, Doctor John jouait à fond cette saloperie venue des marais.

Master Musicians of Jajuoka – Apocalypse Across The Sky

La menace faite musique. Rien ne résonne ainsi. Ça sonne comme la fin des temps.

Rowland S. Howard – Pop Crimes

En allant enregistrer mon nouvel album, j'écoutais Pop Crimes dans l'autoradio. Pour moi, c'est le meilleur travail de Rowland S. Howard. En fait, il était mourant quand il l'a enregistré, ce qui ajoute quelque chose de bien plus dense au processus. Sa guitare résonne aussi profondément que sa voix. Ça, c'est un de mes disques modernes préférés. C'est triste, c'est beau, c'est brutal.

Afin de mieux saisir l'univers de The Icarus Line, retrouvez-les sur leur page web ou sur Soundcloud.

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