Authentique et enjouée, la musique d’Ady Suleiman ravive la néo-soul anglaise

Adoubé par Joey Bada$$ et Chance the Rapper, ce jeune auteur-compositeur s’apprête à dévoiler son premier album. L’occasion d’ouvrir les portes de son monde poétique.

Du haut de ses 25 ans, Ady Suleiman incarne l’un des nouveaux visages de la scène néo-soul anglaise. À la croisée des genres, entre Jorja Smith et Selah Sue, ce natif de Nottingham, élevé aux sons de Jimi Hendrix, Amy Winehouse ou Bob Marley, délivre une musique enjouée, portée par une voix chaleureuse et des textes sans filtre, qui s’apparentent davantage à des confessions intimes qu’à des chansons destinées au grand public.

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"Out of Luck", son plus grand succès à ce jour, conte l’histoire d’un garçon abandonné par une mère accro à l’héroïne, tandis que "Need Somebody to Love", son nouveau single, explore le thème de la solitude amoureuse. Après une série d’EP prometteurs, qui lui ont valu le soutien de Chance the Rapper, Lianne La Havas ou Joey Bada$$, avec lequel il a d’ailleurs collaboré, Ady Suleiman dévoilera le 9 mars prochain son tout premier album.

Baptisé Memories, ce dernier est profondément inspiré par les expériences personnelles du jeune homme, de ses relations avec les femmes à la disparition d’un proche en passant par ses problèmes d’anxiété et de dépression, dont il avait déjà fait part en 2016 à travers un texte poignant. Joint par e-mail, Ady Suleiman revient pour nous sur la genèse de sa musique.

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"Jimi Hendrix était l’artiste que j’admirais le plus"

Konbini | Pour cerner un peu mieux la musique que tu fais aujourd’hui, j’aimerais savoir : qu’avais-tu l’habitude d’écouter dans ta jeunesse ?

Ady Suleiman | Mes plus anciens souvenirs liés à la musique remontent, comme pour la plupart des Anglais de ma génération j’imagine, à l’émission Top of the Pop dans les années 1990, qui passait beaucoup d’Outkast, d’Alicia Keys, de Shaggy… J’ai commencé à m’éloigner de ce genre de musique très populaire à l’époque au moment où le morceau "In da Club" de 50 Cent est sorti.

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Non pas que j’ai détesté le morceau [rires], au contraire, mais c’est à ce moment-là que j’ai commencé à m’intéresser à d’autres genres. J’ai découvert le blues via Jimi Hendrix, avant de plonger la tête la première dans le jazz. Et puis je suis peu à peu revenu au hip-hop, qui a commencé à sampler des disques de jazz que j’adorais.

Qui sont les artistes qui t’inspiraient le plus à cette époque ?

Jimi Hendrix était clairement celui que j’admirais le plus. Il m’a époustouflé. Il y avait Bob Marley aussi, énormément… Et puis, dans les dernières années de mon adolescence, Amy Winehouse a pris beaucoup d’importance dans ma vie.

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Quand as-tu commencé à t’intéresser à la musique ?

Autour de mes 13 ans, je dirais. Avant cela, j’étais complètement obsédée par le football [rires] ! Jimi Hendrix et Bob Marley m’ont vraiment ouvert au monde de la musique, et encouragé à commencer à jouer de la guitare. Mais ce n’est qu’à la fin de mon adolescence que j’ai commencé à chanter.

Un jour, alors que je devais me rendre à un cours, j’ai oublié ma guitare, et le prof a décidé de me faire chanter à la place. Ça s’est plutôt bien passé et il m’a demandé si j’étais d’accord pour chanter au sein d’un groupe de jazz. C’est comme ça que tout a commencé.

"Le live est ancré dans mes racines"

Comment décrirais-tu la musique que tu façonnes aujourd’hui ?

Je n’aime pas catégoriser ma musique… Mais je dirais qu’elle est le résultat de tous les genres et les scènes de musique que j’ai écoutés avant de me lancer. De façon générale, j’espère simplement faire de la bonne musique.

Qu’est-ce qui t’inspire pour écrire tes chansons ?

Ce que traversent mes proches, ou ce que je traverse moi-même. Globalement, il s’agit surtout des expériences que je vis ou que j’observe en tant que jeune adulte.

En 2015, tu as gagné pas mal d’attention avec les titres "So Lost" et "State of Mind", de façon assez fulgurante d’ailleurs. Comment expliques-tu que les gens aient accroché si vite à ton univers ?

Je ne saurais pas trop l’expliquer, mais c’est vraiment super de constater que les gens accueillent ta musique avec autant d’enthousiasme. Et puis, le fait de faire des concerts et de voir les gens chanter toutes les paroles de tes chansons… c’est juste incroyable ! J’espère pouvoir faire ça pour le restant de mes jours.

À quel point le live est-il important pour toi, en tant qu’artiste ?

Le live est ancré dans mes racines. C’est via le live que tout a commencé pour moi, et le fait d’être capable de partager cela avec un public est vraiment essentiel à mes yeux. Ce n’est pas évident pour autant : il m’est souvent arrivé de me remettre en question, d’avoir des doutes… Mais à partir du moment où je mets un pied sur la scène, je me souviens toujours que j’ai fait le bon choix.

"La musique est un véritable sanctuaire"

Le 9 mars prochain, tu va sortir ton premier album, Memories. Que peut-on attendre de celui-ci ?

Des chansons super honnêtes, que j’ai pour la plupart écrites quand j’étais très jeune. Certaines d’entre elles sont d’ailleurs les premières que j’ai jamais écrites de toute ma vie ! En ce sens, je crois qu’elles offrent une vision sincère de ma personne, et de ma vie au sens large.

Y a-t-il un message particulier que tu souhaites délivrer à travers ce disque ?

Tous les titres qui composent cet album ont une signification très particulière pour moi, mais il se peut qu’ils aient d’autres significations pour d’autres personnes. Ce sera intéressant de le découvrir. J’espère en tout cas que les gens qui écouteront ce disque sauront en tirer quelque chose de positif. Pour répondre à ta question, il n’y a pas de message précis, non. C’est juste de la pure honnêteté.

À l’été 2017, tu as partagé un texte poignant sur tes problèmes d’anxiété et de dépression, expliquant que tu as beaucoup souffert de la pression exercée par l’industrie musicale. Dirais-tu que cet épisode a changé ta perception de la musique ?

Le fait d’avoir été signé sur un gros label [Sony Music en 2014, ndlr] m’a permis d’apprendre énormément de choses sur l’industrie de la musique, des choses que je n’ai d’ailleurs pas toujours aimées. Du coup, je ne dirais pas que cet épisode a changé ma perception sur la musique en elle-même, mais sur l’industrie en revanche, un peu, effectivement…

En tout cas, ce qui est sûr, c’est que j’ai acquis de l’expérience, de la connaissance. Mais tu sais, même si certains aspects de l’industrie musicale n’ont pas toujours été profitables pour moi, ils m’ont en même temps donné la force d’avancer, de continuer. La musique est un véritable sanctuaire pour moi, et il le restera.

Memories, le premier album d’Ady Suleiman, sortira le 9 mars prochain.

Par Naomi Clément, publié le 23/02/2018

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