Hey Malcolm Mac Miller, j'ai quelque chose à te dire...

Hey Mac, j’espère que tout roule là-haut. Tu manques ici, et plus que jamais avec cet album que tu nous as laissé avant de partir.

Pourquoi t’as voulu nous faire chialer comme ça ? Mec… je me souviens de notre première rencontre, puis la deuxième, et la troisième. Tu étais aussi fragile que rayonnant, et ce fut un plaisir de te connaître.

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Si tes fans ont enfin eu la chance d’écouter Circles aujourd’hui, j’ai eu l’honneur de me le prendre en plein cœur il y a quelque temps déjà, le 4 novembre 2019 exactement. Et tu sais où c’était ? À Londres, dans la grande salle des studios Abbey Road. Là où les Beatles et bien d’autres légendes ont pu respirer. Et surtout… là où tu rêvais d’enregistrer. Toi qui étais si fan de John Lennon, au point de te le faire tatouer quatre fois sur le corps. Toi qui voulais absolument, artistiquement, marcher sur les pas de ce genre d’artiste. Et t’y es arrivé, tant les douze pistes de ce disque renferment l’esprit des grands qui ont foulé ce temple de la musique.

Autant te dire qu’il y régnait une ambiance très spéciale. Juste avant cette écoute en petit comité, Jon Brion (ouais mec, il était là pour parler de toi) m’a raconté à quel point tu avais sauté de joie lorsqu’il a répondu à ton souhait de bosser avec lui. Ce grand producteur a aussi confié qu’il a eu affaire à "quelqu’un de joyeux, plein d’énergie, et quatre à cinq fois plus intelligent que la moyenne", "un multi-instrumentiste qui s’est mis à jouer parfaitement du synthé, du piano, de la batterie et de la basse" devant lui, un artiste "découragé et trop vulnérable pour le milieu du hip-hop", voulant se détacher d’une étiquette de rappeur qui le limitait dans la liberté artistique vers laquelle il voulait s’envoler. Tu lui as confié ça quelque temps avant de partir, apaisé par une délivrance, une grâce que tu as fini par atteindre sur cet album…

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Un album simple et complexe, léger et beau à la fois, comme un nuage... que tu avais dessiné de ton vivant. Une lettre d’adieu à travers laquelle tu te livres comme jamais. Ton effort le plus personnel jusqu’ici, autour duquel tu as créé une ambiance intimiste qui m’a de nouveau projeté au plus près de toi. Comme si je te voyais, à quelques mètres de moi, posé au centre d’une pièce tamisée et entouré d’un groupe de musiciens pour une sorte de jam session bouleversante. J’entrevois alors un Mac Miller sombre, préoccupé et tranquille à la fin ; laissant aller ses sentiments de l'obscurité à la lumière. Le kid que tu étais est devenu grand, atteignant une maturité et une musicalité exceptionnelles. Tu as repoussé les limites de la composition, tu as exploré de nouvelles sonorités et, jusqu’au moindre détail, tu as été le brillant chef d’orchestre de cette œuvre dont on se souviendra longtemps. Et pour ça, chapeau bas… à toi qui semblais finalement accepter, jusqu’au dernier son de ta voix, la fatalité qui finira par épuiser ton dernier souffle.

Le plus triste dans tout ça, c’est que même esseulé, tu allais mieux. Mais il y a les hauts, et les bas… Tu as évité la rechute en t’élevant vers les cieux, et c’est peut-être mieux comme ça. J’ai entendu dire que tu portais un regard très critique envers toi-même et allais jusqu’à questionner les difficultés d’être un être humain. Ce n’est pas facile tous les jours, certes… Si cela peut te rassurer, tu as été un bon gars, humble, gentil, souriant... qui a inspiré et rassemblé la jeunesse plus d'une décennie durant. Un homme ô combien talentueux et si agréable à rencontrer. Et ce n'est pas un hasard si on a fini par parler d'Amour ensemble, toi qui avais le cœur gros comme ça. Tu te demandais aussi quelle était ta place dans ce monde. C’est vrai qu’on n’est pas grand-chose ici-bas… Mais maintenant que t’es là-haut, crois-moi, tu laisses un vide qu’aucune magie ne comblera.

Au revoir Malcolm, et merci pour tout.

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Par Rachid Majdoub, publié le 17/01/2020

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