Comment le hip-hop s’est tapé l’incrust' avec fracas à l’université

Mini-série documentaire historique diffusée sur Arte.tv

En 1988, la France connaît une anomalie socioculturelle qui durera quatre ans. Un socioethnologue atypique, Georges Lapassade, post-soixante-huitard enhardi, ouvre les portes de l’université dans laquelle il enseigne, la tumultueuse Paris 8, aux artistes de hip-hop, toutes disciplines confondues. Une partie de la fac de Saint-Denis se transforme alors en MJC+++, accueillant répétitions, concerts, festivals, cours théoriques et démonstrations pratiques.

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Trente ans après, la série documentaire "Paris 8 - la fac hip-hop", réalisée par Pascal Tessaud, diffusée sur Arte.tv et dont Konbini est partenaire, interroge les témoins de cette initiative si particulière. D’un côté, les collègues de Lapassade, globalement très admiratifs. De l’autre, des anciens hip-hopeurs de Paris 8 (dont McSolaar et Ménélik !), chanteurs, danseurs, graffeurs et freestyleurs, globalement plus partagés.

Si les premiers épisodes font la part belle à l’éloge inconditionnel et l’admiration posthumes, on se rend bien vite compte c’était un peu plus compliqué que ça. Tout au long des dix épisodes, on ne cesse de (se) demander qui était vraiment ce Lapassade. Un esprit brillant, apte à "lire dans le cerveau des gens" avec le prisme des sciences humaines. Un Dieu vivant, capable d’aller voir un ministre en toute familiarité pour quémander un visa pour l’un de ses protégés. Une sorte de tyran, aussi, qui ne supporte pas l’ombre que pourraient lui faire ses collègues (ce qui lui vaudra de recevoir un gobelet de ketchup à la figure en plein cours).

Un personnage médiatisé en tout cas, qui déroulera le tapis rouge aux télés du monde entier. Médiatisation qui contribuera à faire croître un paradoxe : comment une institution établie peut-elle interagir, étudier et mettre en valeur des artistes qui, à l’époque et par essence, se disent anti-institution ? Pour avoir mis les pieds dans le plat, Lapassade s’attirera certaines haines. Un graffeur balance : "ses propos étaient insultants, quand tu ne sais pas tu fermes ta gueule."

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L’aventure, trop en dehors des clous pour la hiérarchie, prend fin en mars 1991. Quelques graines ont été semées. Depuis, rap et hip-hop ont réussi à se frayer un petit chemin dans la jungle académique. Sans les herbes folles, si lapassadiennes.

Par Pierre Schneidermann, publié le 12/04/2019

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