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Angèle et Aya Nakamura, chanteuses francophones à l’honneur du New York Times

Cette semaine, la pop francophone s'est exportée outre-Atlantique dans le New York Times, grâce à trois de ses interprètes.

Ce n’est pas un hasard qu’Angèle et Aya Nakamura aient été choisies par le New York Times parmi les 15 figures les plus importantes pour la pop actuelle. Bien au contraire, le quotidien new-yorkais a dressé le portrait de deux icônes, dont les parcours respectifs sont représentatifs d’un nouvel espoir pour la pop francophone. Mais elles ne sont pas les seules à avoir été pointées par le célèbre journal, puisque la Suissesse Vendredi sur Mer est elle aussi incluse dans cette prestigieuse sélection. Pour cause, son parcours est tout autant subversif que ceux de ses deux consœurs.

Ainsi, le New York Times, qui aspirait à répertorier les artistes de pop européens "autant significatifs musicalement que socialement", a tracé d’une main de maître le portrait de trois femmes inspirantes, chacune dans des horizons bien distincts. Et leur présence dans l’article exacerbe la forte symbolique que les trois femmes possèdent dans leurs différents pays francophones.

Une nouvelle pop

Que ce soit Angèle, Vendredi sur Mer ou Aya Nakamura, on ne peut que reconnaître que les trois femmes incarnent, en dépit de leurs différences, un grand renouveau pour la pop francophone. Aya Nakamura par exemple, Franco-Malienne de 24 ans, use d’une pop urbaine aux accents caribéens et africains. Ce qui n’est pas aussi commun et accepté qu’on pourrait le croire dans la pop française.

© Charlotte Hadden pour le New York Times

Angèle, elle, s’attache à dépeindre fidèlement sa génération, en évoquant des sujets du quotidien à l’image de "Flemme", de l’homosexualité avec "Ta Reine" ou encore des réseaux sociaux avec "Victime des Réseaux", ce qui fait d’elle un visage allégorique pour la pop d’aujourd’hui. Son personnage intrigue jusqu’aux États-Unis, où le New York Times semblait impressionné par la fidélité des fans de la chanteuse, prêts à l’attendre durant de longues heures. Et ceci n’intensifie qu’une chose : la pop d’Angèle est accessible, sans prise de tête, et semble parler à un grand nombre, d’où son succès indiscutable.

Enfin, Vendredi sur Mer propose plutôt une pop frappée d’électro. Charline, de son vrai nom, raconte les incertitudes qu’elle éprouvait face à son personnage, ainsi qu’à sa voix. Elle évoque également des sujets personnels, précis et tabous. Pour autant, à l’instar des deux autres femmes, Vendredi sur Mer n’éprouve aucune réticence à apporter quelque chose de différent à la pop. Son producteur racontait d’elle au quotidien new-yorkais : "Charline impressionne car elle peut raconter ses sentiments les plus intimes sans ressentir la moindre timidité ou peur."

Des messages féministes

Connue pour son lexique détonnant, à travers lequel elle mêle des mots issus de différentes origines, Aya Nakamura a modulé le langage en France. Un parti pris risqué qui ne semble jamais avoir effrayé la jeune femme. Loin de cacher sa féminité pour s’affirmer sur la scène pop actuelle, celle-ci n’a pas hésité à affirmer ses intentions au journaliste du New York Times : "Les femmes dans l’industrie musicale ne doivent pas faire de vagues. […] Moi, je ne veux pas avoir peur d’assumer qui je suis." Elle expliquait aussi vouloir faire émerger de nouveaux modèles pour les jeunes : "J’ai grandi sans avoir d’icônes noires auxquelles me référer. Je pense qu’il est temps de changer ça", avançait-elle lors de son interview.

Et si celle-ci ne souhaite pas être vue comme féministe, elle reste pour autant un visage important et fédérateur pour les francophones, celui d’une femme, qui ose apporter ses propres influences (qui sont d’ailleurs celles de beaucoup d’autres) à la culture française. La chanteuse avait d’ailleurs été, avec "Djadja", à l’origine d’un véritable hymne durant les mouvements féministes contre les violences sexistes en novembre dernier.

Angèle non plus n’ambitionnait d’être perçue comme féministe lorsqu’elle a fait ses débuts l’année dernière avec "La Loi de Murphy". Pour autant, ses morceaux ont, eux aussi, résonné en France dans l’après #Balancetonporc. Consciente de son impact sur la jeunesse francophone, au même titre que l’interprète de "Pookie", celle-ci a récemment joué de cette image féministe, pour offrir un clip anti-sexiste avec "Balance ton quoi". Le titre reprend des thématiques politiques et sociales, devenues fondamentales au-delà des frontières belges et françaises. C’est sans aucun doute pour cette raison notamment que la jeune femme, qui affirme se sentir "privilégiée", fut choisie par le New York Times.

Vendredi sur mer a elle aussi son lot d’engagements féministes au sein de la pop. Inclusive, elle avait notamment pris soin d’alterner les pronoms personnels dans son projet Premiers Émois, afin d’impliquer autant les femmes que les hommes dans ses thématiques.

© Charlotte Hadden pour le New York Times

Des modèles qui se complètent

Les jeunes femmes se rejoignent ainsi en ce que leur reconnaissance fut pour chacune d’entre elles extrêmement rapide, et a rapidement dépassé les frontières de la pop. Reflétant toutes trois des messages féministes, bien que parfois inconsciemment, elles apportent de nouveaux exemples aux jeunes qui les suivent. Elles vont aussi chercher de nouveaux idéaux : défendre la culture africaine et la représentation des femmes noires pour Aya, lutter contre le sexisme et apprendre à apprécier ce qu’on a pour Angèle, et ne pas chercher à rejeter ses émotions pour Vendredi sur Mer.

Pourtant, sur les 15 artistes sélectionnés, elles ne sont pas les seules femmes. Mais que les trois pays francophones représentés soient incarnés par des femmes aussi différentes est un message fort, qui s’inscrit dans une logique progressiste. La pop francophone n’en a aujourd’hui plus que le nom et les artistes cherchent à la révolutionner sans cesse. Aya Nakamura, Angèle et Vendredi sur Mer sont la preuve qu’il n’existe pas une pop universelle, et que le genre musical prend un nouveau tournant, affranchi de normes qui l’ont longtemps privée de nombreuses originalités.

Gage ultime d’une reconnaissance mondiale pour les trois femmes, l’article imprime un caractère symbolique dans la pop. Aujourd’hui, leurs chansons sont devenues de véritables moyens de revendications, et ont pris des caractères d’innovation musicale, et sociale ; ce que recherchait le New York Times pour son "Europop".

© Charlotte Hadden pour le New York Times

Par Eléna Pougin, publié le 24/05/2019

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