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Amour, gloire et santé mentale : rencontre avec le phénomène girl in red

Publié le

par Camille Deutschmann

Avec son premier album, elle devient définitivement la petite chouchou de la scène indie rock.

Quand on a rencontré Marie en 2019, elle évoquait déjà ce fichier sur son Mac, "Album 2020". Elle allait s’enfermer dans sa chambre pour finir ce premier long projet, et enfin le sortir… Deux ans plus tard, elle ne pensait pas si bien dire en prévoyant de rester seule chez elle, mais elle est aussi passée par la case studio et nous a offert, enfin, le 30 avril dernier, if I could make it go quiet.

Après une dizaine de titres et deux EP, c’est avec plaisir (et émoi, on peut le dire) qu’on ouvre ce nouveau chapitre avec elle, qui semble l’avoir propulsée encore un peu plus au-devant de la scène indie rock. if I could make it go quiet a reçu un accueil unanime, et de sa chambre où elle mettait en musique son journal intime, elle se retrouve au Tonight Show de Jimmy Fallon, dans les écouteurs de Taylor Swift et cumule désormais plus d’un milliard de streams sur les plateformes.

Plus incisif, plus affirmé, les termes pour décrire son album sont nombreux, le principal étant qu’on y retrouve l’essence qui a fait qu’on est tombé amoureux de girl in red il y a trois ans. C’est un voyage dans les limbes de son cerveau qui ne la laisse jamais tranquille, un film dans lequel on se laisse porter avec elle, des histoires d’amour et d’émotions. Et quand elle confie qu’elle a voulu un album auquel les gens peuvent s’attacher, on répond que c’est gagné.

(© Jonathan Kise)

Konbini | Alors, comment tu te sens après avoir enfin sorti ce premier album ?

Girl in red | Je me sens super bien ! C’est génial de pouvoir le sortir enfin, parce que je travaille dessus depuis un petit moment. J’ai l’impression que les gens l’ont super bien accueilli, donc je suis heureuse.

C’est ton premier album après plusieurs EP. Qu’est-ce qui a changé pour toi en termes d’écriture ?

J’ai l’impression que les différences se trouvent surtout dans le fait que je savais que j’écrivais pour un album. Mais je n’ai pas l’impression d’avoir fait les choses différemment, j’ai juste suivi une espèce de progression naturelle… J’ai grandi en tant que personne, donc ça se ressent dans ma manière d’écrire.

Cet album est plus incisif, tu as l’air plus sûre de toi, de tes idées… Tu as dit que tu te sentais girl in red 2.0. À quel niveau tu te sens grandie ?

Merci, c’est génial ! Je pense que j’ai grandi dans mon "truc d’artiste". Je sens que mes ambitions sont différentes avec cet album. Ça sonne comme quelque chose que je pourrais jouer partout dans le monde, c’est sur ce point que je me sens 2.0, et j’adore ça.

Si on en croit le titre, tu veux faire taire toutes ces choses qui résonnent dans ta tête. Ça a marché ?

J’ai l’impression d’aller beaucoup mieux maintenant, mais même quand tu apprends à vivre avec quelque chose, tu dois ensuite apprendre à vivre avec quelque chose d’autre, en quelque sorte. La vie te jette constamment des choses dessus. Mais pour l’instant, je sens que les choses se sont un peu calmées.

"Je veux faire un featuring avec Taylor Swift !"

Quand on s’est vues en 2019, tu disais que tu passais beaucoup de temps dans ta chambre… La pandémie, ça a changé quelque chose pour toi ?

Quand je fais de la musique, je passe beaucoup de temps seule, et beaucoup de temps à l’intérieur… Je n’ai pas senti que les choses changeaient énormément pour moi. J’ai passé beaucoup de temps en studio aussi, pour enregistrer l’album. Mais j’adore être seule, et j’ai un chien maintenant, alors je suis très bien [rires].

Tu as dit que tu étais particulièrement fière de ton morceau "Serotonin", que tu as produit avec Finneas. C’était comment de collaborer avec lui ?

Je l’ai rencontré en 2019, à un festival. Puis je lui ai envoyé mon morceau l’année dernière, et je lui ai demandé : "Hey, ça te dit de faire partie de ce projet ?" Il a écouté et il a dit qu’il adorait le titre. J’ai trouvé ça super gentil et cool, parce que je suis pas mal ses productions. On a parlé via Zoom, je lui envoyais le morceau, puis il me le renvoyait avec ses modifications… On a fait ça pendant quelques mois, jusqu’à ce qu’on arrive au titre définitif.

Et tu as déjà pensé à faire un featuring avec un·e autre artiste ?

Taylor Swift ! Je veux faire un featuring avec Taylor Swift ! [Rires.]

Oui, elle a posté une story sur Instagram où elle dit que ton album est spectaculaire et que les gens doivent aller l’écouter…

Oui, je trouve ça tellement cool. Je suis totalement sur la Lune. Peut-être qu’un jour, on fera une collab.

"Ça semble irréel de se dire qu’on va pouvoir enfin refaire des concerts"

En parlant de réseaux sociaux, tu y es très proche de tes fans. Tu as voulu leur faire passer un message avec cet album ?

Je pense que je voulais parler, en quelque sorte, de santé mentale et toutes ces questions auxquelles on fait face chaque jour. Je voulais faire un disque auquel les gens puissent s’identifier, se rattacher, qu’ils aiment et qui les emporte. Et j’ai l’impression que les gens se laissent porter par l’album, c’est une bonne chose. Je voulais juste faire de la bonne musique, c’était vraiment mon but.

Du coup, j’imagine que les concerts te manquent ?

Oh oui, ça me manque de jouer en live. Ça me manque de traîner avec mes fans, de leur faire des câlins… D'entrer dans la salle de concert… J’ai hâte de reprendre la route. Ça semble irréel de se dire qu’on va pouvoir enfin refaire des concerts, la vie a complètement changé.

Tu viens faire un concert à La Cigale en mai 2022. Tu aimes venir à Paris ?

J’adore Paris, et j’adore manger du "chocolat noir" [elle le prononce en français, ndlr]. J’ai trop hâte de revenir à Paris ! J’irai peut-être faire quelques galeries, rencontrer des gens cool…

D’ailleurs, c’est quoi le premier truc que tu vas faire quand on sera sorti·e·s d’affaire ?

Sans doute sortir danser avec des potes, boire de la bière… C’est vraiment la première chose que j’ai envie de faire. Et puis, faire ma tournée, ce genre de choses.

"J’aime écouter mon propre album, je le trouve génial"

Il y a deux ans, tu m’as recommandé tes morceaux tristes préférés, Beach House, Lovelier Other… Tu écoutes quoi en ce moment ?

Oh mon Dieu, c’est vrai que j’adore Beach House. En ce moment, j’écoute "Kiss Me More" de Doja Cat et SZA, j’adore ce morceau. J’écoute aussi pas mal ce titre, "All I Need" de Verzache.

C’est quoi ton morceau préféré de l’album ?

Honnêtement, tous les morceaux, mais j’écoute beaucoup "Did You Come" et "Apartment 402" ces derniers jours. J’aime écouter mon propre album, je le trouve génial. Pas de honte à avoir, je l’ai écouté pendant six mois, je l’adore ! Je trouve ça bizarre, les artistes qui disent ne pas pouvoir écouter leur propre album. Je veux dire, ils l’ont fait, pourquoi ils ne pourraient pas l’écouter ?

Quel est le message que tu as voulu faire passer avec le dernier morceau de ton album, "it would feel like this", entièrement instrumental ?

J’ai voulu retranscrire un endroit magnifique et calme, comme un lieu d’atterrissage. Ça fait référence au titre de l’album aussi, if I could make it go quiet, si je pouvais faire revenir le calme, ça ressemblerait à ça, à ce titre. C’est un rappel à moi-même, de ce à quoi ça ressemble quand tout va bien. C’est aussi comme les crédits de fin d’un film. L’album parle de tant de choses, comme un film.

Alors, qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ?

[Elle réfléchit.] On peut espérer dominer le monde, faire le Madison Square Garden… Je ne sais même pas pour le moment. J’espère juste que de nouvelles portes vont s’ouvrir, et que je pourrai continuer à faire de la musique comme je l’ai fait ces trois dernières années.

Girl in red a sorti son premier album, if I could make it go quiet, le 30 avril dernier et son prochain concert à Paris, le 7 mai 2022 est déjà complet, tout comme sa tournée, "make it go quiet tour".

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