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S'il y a un album que vous devez écouter aujourd'hui, c'est celui de Spider Zed

Publié le

par Valentin Després

L'artiste spécialiste de l'autodérision renforce son personnage de looser magnifique avec son premier album : Jeune Intermittent.

On a tous un Spider Zed dans notre entourage. Vous savez, ce pote sympa qui ne fout pas grand-chose de sa vie. Celui avec qui vous aimez traîner parce qu’il vous fait rire et parce que sa vie de merde vous remonte le moral. Ce mec qui fait des blagues sur le taff pourri qu’il vient de commencer mais ne gardera pas deux semaines, qui vit chez sa mère et fume des roulées sous l’abribus. Votre meilleur pote un peu raté et dépressif, qui a du talent mais qui l’ignore. 

L’artiste au pseudonyme super-héroïque commence la musique au sein du collectif High Five Crew. Après avoir participé à la construction de trois projets collectifs, il se lance en solo. Entre 2017 et 2020, cinq EP signés de sa main voient le jour. Il lui faut toutefois attendre le morceau "Pas si sûr", sorti en mai 2018, pour que l’engouement commence à prendre autour de lui. Dans ce titre, il doute alternativement de l’amour de sa mère, de la fidélité de sa copine et même de sa vertu personnelle : "Suis-je vraiment un connard ? J’en suis pas si sûr", répond-il à sa propre interrogation.

Ce vendredi 6 novembre, Spider Zed met un terme à ses précédentes expérimentations et passe le cap du premier album avec Jeune Intermittent, sur lequel on peut notamment retrouver des titres en featuring avec le duo Bigflo et Oli et l’humoriste et youtubeur québécois Thomas Gauthier. Un casting surprenant, à l’image de la musique de l’artiste.

"C’est pas bien", le premier extrait en collaboration avec les deux frères toulousains, annonçait déjà la couleur et laissait présager l’ambiance du disque. "Faire l’amour avant l’mariage, c’est pas bien / Tromper sa meuf avec sa mère, c’est pas bien / Oublier les valeurs de partage, c’est pas bien / Chier dans un cimetière, c’est pas bien", y chantaient en cœur les trois olibrius dont les univers se marient avec harmonie. La voix douce et parfois naïve du rappeur contraste avec l’humour froid que distillent ses paroles. Sur fond de productions instrumentales faussement enjouées, Spider Zed se laisse souvent aller à pousser la chansonnette pour le bien de ses refrains. 

Dans l’absurde clip du titre "Chaussettes", les premières images montrent un antique téléphone prépayé Wiko, sur lequel un SMS s’apprête à être envoyé à "Maman" : "T’as pas vu ma chaussette ? ". Spider Zed perd ensuite la journée à la rechercher désespérément. Dans la maison, les chaussettes pullulent : des chaussettes dans le grille-pain, des chaussettes dans les tiroirs et des chaussettes qui se déversent du haut des armoires. Partout les chaussettes pleuvent mais il ne trouve aucun moyen de mettre la main sur la paire manquante. "On m’dit de faire des trucs, de profiter d’l’instant (ouais, fuck l’instant) / Plus les jours passent, plus je n’trouve plus rien amusant (plus rien, plus rien) / Faut qu’j’me coupe les ongles, j’fais des trous dans mes chaussettes (mes pauvres chaussettes) / Hier, j’ai pleuré en jetant ces mêmes chaussettes (mes pauvres chaussettes)", s’amuse-t-il, la mine placide, avant d’allumer la télé. À l’écran, une fusée en forme de chaussette est en train de décoller.

Spider Zed cultive l’autodérision, le sarcasme et l’art de la vanne imagée, mais il n’est pas seulement un "déconneur". Lorsqu’il enfile le costume de looser magnifique qu’il s’est créé, il livre des rimes chargées d’une poésie acide que ne renierait pas l’Orelsan de la période Perdu d’avance. Le quotidien qu’il décrit est morose mais il en ressort toujours une touche de lyrisme noir. "J’vais faire une overdose comme un clodo ou une superstar, en attendant j’me fais méga-chier / j’préfère me dire que j’aurais pu l’faire que d’le faire, si j’me donne à fond j’vais tout gâcher", rappe-t-il sur le poignant "Overdose".

Avec Jeune Intermittent, Spider Zed se fait l’artisan d’une poésie du quotidien tristement amusante et se refuse à toute tentative d’embellir la réalité. Ses morceaux, loufoques d’un premier abord, confinent parfois à un spleen véritable mais traduisent dans la plupart des cas une volonté d’aller à contre-courant des codes traditionnellement véhiculés par l’industrie du divertissement. Spider Zed ne vous vendra aucun rêve, il n’étalera pas non plus ses ambitions galopantes. La seule richesse qu’il affiche : des grillz arborées fièrement sur la pochette du disque. Frappées du logo Pôle emploi, bien sûr.

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