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Adoubée par Kendrick Lamar, Bri Steves est l’une des rappeuses les plus prometteuses de 2019

Rencontre avec cette native de Philadelphie, révélée l’an dernier par son single "Jealousy", dont la musique, à la fois percutante et vulnérable, balance entre hip-hop et R’n’B.

Avec seulement cinq singles officiels au compteur, dont le très bon "Jealousy", qui cumule près de 2,5 millions d’écoutes sur Spotify, Bri Steves est aujourd’hui considérée comme le nouveau visage de la scène hip-hop philadelphienne. S’inscrivant dans l’héritage de Tierra Whack et Eve, deux autres natives, cette rappeuse de 23 ans que l’on surnomme Philly est à l’origine d’un son riche et intense, nourri par son amour pour le rap mais aussi pour sa passion pour le R’n’B. "J’ai pris le meilleur des deux mondes", nous dira-t-elle.

Désormais signée chez Atlantic Records, approuvée par des artistes tels que Ty Dolla $ign, Jeremih ou Miguel, et nommée aux derniers BET Awards, Bri Steves semble bel et bien prête à s’imposer comme l’une des prochaines sensations du hip-hop américain. Alors que son premier projet s’apprête à voir le jour, la jeune femme revient pour nous sur son inspirant parcours, de ses premiers émois musicaux à son passage sur la scène du festival Made in America aux côtés de Kendrick Lamar.

"Kendrick Lamar est un peu comme mon mentor"

Konbini | Pour mieux comprendre la musique que tu façonnes aujourd’hui, j’aimerais revenir en arrière : quels sont les artistes que tu as écoutés durant ton enfance ?

Bri Steves | J’ai énormément écouté de rap, de R’n’B et de soul. En fait, je volais tout le temps les CDs de ma mère [rires], que je passais en boucle dans mon lecteur CD. Donc j’ai littéralement grandi avec ce qu’elle écoutait : des artistes qui bien souvent avaient connu le succès, avant que je sois née. C’était beaucoup de Biggie, de Pharrell Williams, de J.Cole. J’ai aussi beaucoup écouté Faith Evans et Mary J. Blige, pour le côté plus soul…

Et puis un peu plus tard, avec YouTube, j’ai commencé à faire mes propres recherches, à découvrir des artistes comme A Tribe Called Quest par exemple… J’ai certainement découvert ces artistes trop tard, en tout cas, plus tard que les autres jeunes de mon âge, mais c’est à cette époque que j’ai commencé à bâtir les fondations de ma musique. Merci maman !

Faire de la musique, c’est quelque chose dont tu rêvais déjà, enfant ?

Disons que j’ai toujours entretenu une étroite relation avec la musique, j’ai toujours vraiment aimé ça. Et puis je crois que j’étais assez forte dans la manipulation des mots, j’ai fait beaucoup de poésie plus jeune, ce qui m’a naturellement amené au rap… J’ai toujours aimé chanter sous la douche [rires], et je traînais pas mal dans les studios d’enregistrement quand j’étais au lycée. Donc c’est quelque chose qui a toujours été là, en moi, et c’est vraiment à partir de l’Université que je me suis lancée.

Instagram Bri Steves / © Aaron Ricketts

Après ta mixtape "Summer’s Mine" en 2016, tu sors en mai 2018 ton premier single officiel, "Jealousy", qui te propulse sous le feu des projecteurs. Tu me racontes un peu l’histoire et le succès de ce titre ?

Ce qui est marrant dans cette histoire, c’est que ce morceau, “Jealousy”, j’ai dû l’écrire en genre… quinze minutes. J’étais à Los Angeles, où je me suis rendue pour bosser sur mon premier projet à venir, je travaillais avec des hitmakers et j’avais des problèmes avec mon mec à l’époque, on avait pas mal de disputes notamment à cause des réseaux sociaux… et c’est de ça dont parle ce morceau.

Effectivement, ce titre a marqué un tournant dans ma carrière car ensuite, les choses se sont réellement accélérées pour moi côté musique : j’ai commencé à faire des festivals un peu partout aux États-Unis, je me suis retrouvée sur la scène du festival Made in America avec Kendrick Lamar, j’ai été nommée aux BET Awards et je suis partie en tournée avec H.E.R… Tout a vraiment décollé pour moi après ce premier single.

Kendrick Lamar a été l’un de tes premiers soutiens. Comment vous êtes-vous rencontrés tous les deux ?

Je l’ai rencontré pour la première fois en 2016, à Los Angeles. Je lui ai fait écouter quelques-uns de mes morceaux, il a tout de suite été très réceptif, super enthousiaste, et il l’est resté depuis. Kendrick Lamar, c’est un peu comme mon mentor. Il a vraiment envie que je réussisse, que je sois la meilleure version de moi-même. Et donc, je pense que c’était naturel pour lui de me proposer de monter avec lui sur la scène du festival Made in America, qui se tient à Philadelphie, ma ville natale. Il m’a appelée la veille du festival… c’était un moment complètement fou.

"La musique est un moyen de faire sortir ma peine sans jamais avoir peur de me sentir jugée"

Ta musique est, à mes yeux, à mi-chemin entre rap et R’n’B... comment la décrirais-tu ?

Oui je suis d’accord, il y a un peu des deux – j’ai pris le meilleur des deux mondes ! Il y a deux vibes : une vibe assez agressive, et une autre davantage vulnérable. Je suis une personne complexe, qui aime écrire des chansons honnêtes et parler avec mon cœur, donc, ouais je ne sais pas… j’ai besoin de ces deux énergies.

Et est-ce qu’il y a des artistes qui t’inspirent pour créer ta musique ?

Je ne devrais pas dire ça mais… 'I miss the old Kanye !' L’ancien Kanye West m’inspire beaucoup. Pharrell Williams et J. Cole aussi, dont je te parlais tout à l’heure. Sans oublier Frank Ocean, qui a été une vraie source d’inspiration pour moi – j’ai eu une très, très grosse phase Frank Ocean… Et puis il y a pas mal de chanteuses aussi, évidemment, comme Aaliyah notamment, ainsi que Mary J. Blige et Faith Evans comme je te disais.

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Ton dernier single s’intitule "Regrets", et il est à mes yeux assez différent de ce que tu as proposé avec "Jealousy". Tu pourrais m’en dire plus sur la création de ce titre ?

Écoute, c’est marrant parce que, comme dans "Jealousy", "Regrets" parle de mon ex-petit ami [rires] ! Mais c’est vrai que c’est différent car ce morceau ressemble davantage à une plongée dans mon journal intime. "Jealousy" était le morceau avec lequel je voulais me présenter au monde, mais avec "Regrets", j’avais envie de partager ma perspective, ma vision sur ce que signifie 'avoir le cœur brisé'. J’avais envie de revenir sur toutes ces choses que j’avais mal gérées, toutes ces choses vraiment stupides que j’ai faites… c’est de cette envie qu’est né le morceau.
Et c’est un morceau que j’affectionne particulièrement parce que je l’ai fait à une époque où je bossais encore toute seule dans ma chambre. Je me souviens, j’étais particulièrement contrariée, je cherchais un beat sur YouTube, et quand je suis finalement tombée sur le bon… j’ai pondu le texte en vingt minutes. C’est un son qui vient tout droit de mon cœur.

Dirais-tu que ta musique porte en elle quelque chose de thérapeutique ?

Oh oui, clairement. C’est un moyen d’extérioriser mes sentiments négatifs, qu’il s’agisse de mes frustrations, de ma colère… de faire sortir ma peine sans jamais avoir peur de me sentir jugée par les gens.

"Toucher les gens et partager ma vision en tant que femme"

Quasiment tous tes singles sont illustrés par un clip. C’est un médium important pour toi ?

Oh oui, très important ! Et je suis très impliquée dans leur réalisation. Ce qu’il se passe en général, c’est que j’écoute le morceau des dizaines et des dizaines de fois, jusqu’à faire naître dans ma tête un thème, un concept pour l’illustrer. Après quoi, j’en parle avec le réalisateur avec lequel je travaille, et puis on échange et on peaufine ensemble la trame de la vidéo.

D’où ces histoires très différentes : un braquage dans une banque pour "Miami" ; pour "Regrets", on était plutôt du côté du film Génération Sacrifiée avec Chris Tucker, qui meurt à la fin d’une overdose en écoutant le morceau "Tired of Being Alone" d’Al Green ; pour "Late Night", je me suis inspirée du The Dark Knight : Le Chevalier noir, avec ce moment où Heath Ledger sort de la voiture de flics… Les films m’inspirent beaucoup je dois dire. J’en regarde énormément – un peu trop même, je crois [rires].

Le 12 janvier dernier sur Twitter, tu as retweeté le fait que Missy Elliott était devenue la première rappeuse à intégrer le prestigieux Songwriters Hall of Fame. As-tu l’impression que les femmes, évoluant dans l’industrie du hip-hop américain, comme toi, sont de plus en plus reconnues ?

Oui complètement, je trouve ça génial. Je suis réellement ravie pour Missy qui a eu un énorme impact sur la musique, en touchant beaucoup de personnes. Et ce qui change la donne, je crois aussi aujourd’hui, et permet cette reconnaissance, c’est qu’avec la montée des réseaux sociaux, il est de plus en plus facile d’exposer son travail et son talent, y compris pour les femmes donc. Je suis sûre que ça va aller en s’améliorant.

Et toi, personnellement, comment te sens-tu en tant que femme au sein de cette industrie, encore largement dominée par les hommes ?

Écoute, pour moi c’est un véritable honneur de faire partie de ce monde. Car j’ai le moyen de m’exprimer, d’exprimer ma créativité, mais aussi quelque part de rendre hommage aux gens qui ont fait partie de ce monde avant moi, et qui m’ont énormément inspirée. Et pour moi, c’est important d’être une femme dans l’industrie du hip-hop, parce que j’ai l’opportunité de toucher les gens et de partager ma propre vision en tant que femme. Et vu mon passif, mon enfance passée dans une banlieue lointaine, élevée par une mère célibataire… je suis super fière d’en être arrivée là.

"H.E.R. est l’une des artistes les plus talentueuses de sa génération"

Tu as fait pas mal de concerts aux États-Unis récemment. C’est quoi, ta relation avec la scène ?

C’est un process totalement différent que de celui d’être en studio. Je ne vais pas te mentir : j’étais vraiment très nulle au début [rires]. Jusqu’au moment où je me suis rendu compte que les gens connectaient vraiment à ma musique, qu’ils comprenaient et s’appropriaient des morceaux que j’avais écrits toute seule dans ma chambre, en pensant que ça ne verrait peut-être jamais le jour, ou que tout le monde les détesterait… donc ce sont toujours des moments un peu fous.

Quand je suis sur scène, qu’on lance "Regrets", un morceau très personnel comme je te le disais tout à l’heure, et que les gens commencent à le chanter… ça me touche, forcément. Parce qu’à ce moment-là, tu comprends que ce que tu as écrit sur ta propre vie, sur tes expériences personnelles, des dizaines d’autres personnes peuvent également s’y retrouver. À cet instant, j’ai le sentiment que ce que J. Cole ou Aaliyah m’ont apporté lorsque j’étais plus jeune, moi aussi, à mon tour, je peux l’apporter à d’autres. Et ça, c’était impensable pour moi il y a encore quelque temps. Donc pour répondre à ta question : j’adore faire des concerts [rires] !

Et ta tournée H.E.R., que tu as évoquée un peu plus haut, comment ça s’est passé ?

Oh man… elle met la barre tellement haute ! H.E.R. est l’une des artistes les plus talentueuses de sa génération. Sa voix est incroyable, elle a quelque chose de profondément unique, et je ne connais personne d’autre qui fait ce qu’elle fait pour le R’n’B actuellement.
Le fait de la voir tous les soirs donner vie à ses incroyables chansons sur scène, et jouer quatre ou cinq instruments différents… c’était impressionnant pour moi, d’autant plus que c’était ma toute première tournée. C’était une expérience qui m’a énormément appris et inspirée. J’étais déjà fan d’elle avant, mais là… je connais toutes ses chansons par cœur [rires].

Et en mars prochain, tu feras un concert aux côtés de Brent Faiyaz, que nous avons interviewé, il y a quelques mois sur Konbini – et que j’adore. Tu as déjà eu l’occasion de le rencontrer ?

Non pas encore, mais je suis une très grande fan moi aussi ! Donc j’ai hâte, parce que ouais… sa musique est vraiment dingue. Lui aussi est extrêmement talentueux, je l’écoute en boucle.

Et après ça ? C’est quoi la suite pour toi, en 2019 ?

Écoute, mon premier projet va sortir genre… très, très, très bientôt [rires] ! D’ici un mois ou même peut-être un peu moins. Avant ça, je vais sortir un autre single, histoire de faire monter la sauce. Et après ça, normalement, je vais partir pour ma première vraie tournée rien qu’à moi, donc j’ai extrêmement hâte ! D’ailleurs, j’adorerais venir jouer en France. On se verra donc peut-être très bientôt.

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Par Naomi Clément, publié le 30/01/2019

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