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Trop sous-estimé, A$AP Ferg frappe fort avec son nouveau projet Floor Seats II

Publié le

par Guillaume Narduzzi

Le rappeur new-yorkais, désormais ex-membre du collectif culte A$AP Mob, a dévoilé un nouvel EP convaincant vendredi dernier.

Si A$AP Rocky s’est imposé au fil des années comme la star mondiale d’A$AP Mob, A$AP Ferg est l’autre grand MC international à avoir émergé grâce au collectif new-yorkais. Pourtant, il y a quelques semaines seulement, A$AP Illz – l’un des fondateurs du crew – annonçait qu’A$AP Ferg avait été évincé du groupe, expliquant dans des stories sur Instagram que "ce mec s’enflamme trop" et insinuant qu’il lui avait potentiellement volé des idées.

Des révélations étranges qui n’ont toutefois pas bouleversé les projets du rappeur. Dans ce contexte étrange, A$AP Ferg a ainsi signé son retour avec la sortie de Floor Seats II vendredi 25 septembre. Un EP dense et d’une efficacité redoutable. Car malgré les tensions avec son ancien collectif, le Trap Lord a eu le temps de se forger une sacrée réputation, et une cote de popularité très élevée.

Une notoriété sur laquelle le rappeur continue de surfer. Difficile de regretter, à l’écoute du projet, qu’A$AP Ferg ait choisi le rap plutôt qu’une carrière dans la mode comme il l’avait initialement décidé il y a dizaine d’années. La scène du rap américain aurait en effet été privée d’un joli talent. En atteste Floor Seats II, qui s’inscrit comme une suite revendiquée du premier opus paru l’année dernière, avec une formule encore un peu plus travaillée.

Sur ce disque festif, A$AP Ferg renoue avec l’énergie qui a fait sa réputation depuis Trap Lord, son premier album paru en 2013. Pour cela, il s’est entouré de la jeune génération puisque Mulatto et Fivio Foreign – qui font tous les deux partie de la prestigieuse sélection Freshmen 2020 du magazine XXL – et des rappeurs confirmés tels que Tyga, Lil Wayne, Nicki Minaj et la légende locale Diddy marquent l’EP de leur présence. Autant dire que cela en fait du monde, pour un projet qui ne dépasse pas les dix pistes (dont un interlude) et la demi-heure d’écoute.

Encore plus pour un EP dont la première track est consacrée à la folie de "Marilyn Manson", à qui il dédie ce premier titre et se paie même le luxe d’inviter l’artiste en question – qui a lui aussi sorti son nouvel album il y a deux semaines. Ce morceau fait ressortir toute l’esthétique glauque développée par le double M, et complète bien les couplets du rappeur, porté notamment par une excellente production.

Le second titre de la tracklist rend lui aussi hommage à une personnalité pour le moins excentrique : "Dennis Rodman". On retrouve tout de suite une ambiance bien différente, notamment grâce à la présence de Tyga. En résulte un tube entraînant au possible, d’ores et déjà doté d’un clip avec l’ancien joueur NBA en guest.

Ce morceau symbolise à lui seul le concept de Floor Seats II. Les bangers sont mis à l’honneur, avec des chansons comme conçues pour les boîtes de nuit et les soirées jusqu’à l’aube, à écouter idéalement sur un bon gros sound system. Il faut dire que le surpuissant et sombre premier single qu’était "Value", sorti il y a déjà sept mois, laissait présager cette direction artistique.

Mais le disque se fait surtout remarquer par ses collaborations réussies. Sur "No Ceilings", Lil Wayne démontre que le temps n’a que très peu d’emprise sur lui, tandis que le jeune Jay Gwuapo, lui aussi convié sur le titre, se distingue avec sa voix singulière. "Move Ya Hips", en compagnie de la superstar Nicki Minaj et de MadeinTYO – déjà présent sur le premier volume de Floor Seats –, est un autre moment fort de l’écoute, avec sa production angoissante digne d’un film d’horreur. Un sentiment renforcé par la sortie d’un clip inspiré en août dernier.

L’outro "Hectic" demeure également un des morceaux les plus intéressants, tant dans sa construction que dans son propos. A$AP Ferg y évoque l’ambiance pesante générée par la crise sanitaire et les drames sociaux que vivent les États-Unis ces derniers mois, avec une instrumentale oppressante. Diddy, légende absolue du rap de la East Coast que l’on connaît aussi sous le nom de Puff Daddy, Puffy ou P. Diddy – bref en gros Sean Combs à l’état civil –, y lâche seulement quelques réflexions et clôt le projet avec son discours fataliste, conseillant à tout le monde de "devenir trépidant".

Le symbole est fort. Reste maintenant à voir si A$AP Ferg décidera d’offrir un troisième volet à son concept pour capitaliser dessus, ou s’il reviendra avec un nouvel album à part entière pour cultiver un peu plus son profil d’artiste à part dans la vaste scène américaine.

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