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À écouter : Disiz la Peste marche sur l’eau avec Pacifique, son 11e album

On vous présente Pacifique, le nouvel et très réussi album de Disiz la Peste, avant de plonger avec lui vers quelques secrets du projet… et un nouveau clip, lui aussi sorti aujourd'hui.

pacifique

Au bord d’une falaise, les bras ouverts, Disiz a fait le grand saut. Pas une chute. Un envol, plutôt. Plus tard, revoilà Disiz la Peste avec un nouvel album, son onzième, et certainement le plus difficile de sa carrière. Repousser l’obscurité des profondeurs, garder la tête hors de l’eau, prendre de la hauteur et s’élever : rien à perdre, l’auteur-compositeur-interprète l’a fait. 

Et il fallait oser, innover, noyer le passé pour surfer sur l’ère du temps. Tout en déversant une immense vague de sentiments sur un sable clair-obscur fait de productions fines et limpides, brutes et douces. Électro, pop, trap… peu importe, la musique ici proposée trouve sa singularité dans ses couleurs plurielles qui, assemblées, finissent par former un arc-en-ciel au bout d’un album d’une autre espèce. 

Au milieu de ce joli tableau Pacifique, le rappeur de 39 ans longe l’horizon. La tempête est derrière, les gouttes de sel évaporées ; après la lutte et un poisson étrange croisé à la sortie d’un passage secret, ne reste que Sérigne M’Baye Gueye sur son radeau. Au beau milieu d’un carré bleu, il regarde le monde, puis le ciel, ses étoiles, et se dit enfin : ça va aller. 

Les secrets de l’album, avec Disiz 

Avant la sortie de l’album, je me rendais en studio avec Disiz pour une écoute privée dont je suis ressorti surpris au-delà de mes espérances. L’occasion d’en savoir plus sur une œuvre riche et profonde, de sa conception aux secrets qu’elle renferme. 

  • Qui dit 11e album dit grosse prise de risque, comme il le confie. Assis sur son fauteuil, Disiz évoque "Le poisson rouge", un de ses classiques de l'époque : plusieurs années après, l'histoire se répète ; à savoir partir de rien, aucune trame, comme sur ses 1er et 3e albums, puis déverser tous ses sentiments.
  • Un gros travail a été porté sur la voix, avec trois effets créés exclusivement pour ce projet. Des filtres, travaillés, du timbre à la mélodie, pour créer des ambiances différentes de ce que l’Auto-Tune, par exemple, peut nous proposer de désormais classique. 
  • Côté production, Disiz a été le chef d’orchestre de son nouvel album, en le réalisant dans son intégralité. Cela va plus loin qu’un simple beat commandé sur lequel poser : à plusieurs reprises, une instrumentale a été composée, puis remixée, pour enfin en extraire le meilleur à travers un mélange des résultats obtenus.
  • Stromae produit deux morceaux : "Splash" et "Compliqué", dans leur ordre d’apparition et de réalisation. "Compliqué" est le titre que Stromae préfère, pour lequel Disiz à dû prendre des cours de chant pour réajuster sa voix et corriger quelques défauts naturellement plutôt que numériquement.

  • Le génie belge est un homme simple, facile d’accès car passionné et ouvert. Même s’il n’était pas complètement emballé par les couplets de "Splash", Stromae a confié à Disiz que tant qu’il est personnellement satisfait et qu’il se fait confiance, c’est le principal.
  • "La fille de la piscine" est une histoire vraie, arrivée par le passé, qui permet à Disiz de raconter sa conception de l’amour d’autrefois, sans donner des leçons.

  • "À petit feu" fait écho à "La fille de la piscine", avec une conception de l’amour actuelle et personnelle.
  • Dans "Carré bleu", titre puissant de l’album avec beaucoup d’images cachées dans les paroles, c’est la première fois, selon lui, que Disiz se dévoile autant alors qu’il mettait davantage de filtres par le passé.

  •  Les morceaux plus rap sont réalisés à travers un flow et une voix monotones : un reflet de la monotonie de la vie, en fait.
  • Le titre "Menteur menteuse" est inspiré du dessin animé Tex Avery et son épisode sur un putois amoureux. Un animal qui pue tellement qu’il ne trouve pas le love, avant que Cupidon ne lui vienne en aide…

  • … la suite de l’histoire est une métaphore de la superficialité et du mensonge dans la société. Un sujet que Disiz s’est approprié jusque dans les voix féminine (Margot Guera) et masculine, qui se dévoilent au fil du morceau tout comme les instruments qui eux passent de l’analogique au réel. Il s’agit du titre qui a été le plus long à concevoir. 

  • Dans l’album, il y a un featuring avec Hamza. Une rencontre qui est naturellement partie d’une admiration mutuelle, avec un personnage haut en couleur qui a tout de suite respecté le père de famille qu’est Disiz en promettant de faire comme lui et ne dire aucune insulte. Une première pour le rappeur belge. 

L’album, et un nouveau clip

"Ça va aller", justement. Disiz la Peste en dévoile le clip, le même jour que la sortie de l’album. Réalisée par le fidèle Arnaud Ly Van Manh, la vidéo raconte la suite de celle de "Splash", à travers une belle leçon de vie. 

À (re)voir : avec Disiz à la foire du Trône

C'était en juin 2015, déjà... C'est un Serigne Mbaye Gueye toujours aussi frais et enthousiaste que j'étais allé retrouver dans son studio d'enregistrement, pour prendre le métro direction la foire du Trône. Juste avant d'entrer sur les lieux, il s'arrêtait un instant, l'air abasourdi. Téléphone en main, il écoutait un message vocal de... Renaud. La voix tremblante, ému aux larmes, l'emblématique chanteur français remerciait alors son "frère" pour l'hommage qu'il venait de lui rendre à la télévision pour ses 63 ans.

Disiz mettra plusieurs minutes à se remettre de ses émotions, le temps de marcher vers la première attraction de la fête foraine. Entre cris et rires, j'ai essayé d'en savoir un peu plus sur l'homme et l'artiste aux multiples casquettes... 

Par Rachid Majdoub, publié le 09/06/2017

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