©Cailin Hill Araki

Plongez dans l’univers torturé de 7 Jaws avec l’EP Steam House

Après Nautilus paru l’année dernière, 7 Jaws poursuit sur sa lancée avec son nouvel EP prometteur Steam House.

Et si c’était lui le digne représentant du rap emo à la française ? Inspiré par la vague américaine des Smokepurpp, Trippie Redd, XXXTentacion, Lil Peep et compagnie, 7 Jaws livre son nouvel EP Steam House ce vendredi 19 octobre. Un projet réussi, qui confirme la montée en puissance de l’artiste commencée l’année dernière avec les sept morceaux de Nautilus et les chansons "Sutux", "Timon" et "Pop star" parues plus tôt en 2018.

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Un format qu’il semble affectionner (ça lui fait un point commun avec Kanye West, je dis ça, je ne dis rien) puisqu’on peut découvrir sept titres à nouveau sur Steam House. Dans une ambiance lourde, voire torturée, le rappeur d’origine lorraine chante ses contradictions, tiraillé entre une assurance apparente et des tourments récurrents. Avec un phrasé étonnamment percutant pour quelqu’un qui a eu la mâchoire cassée il y a quelques années – d’où le nom de Jaws, vous l’aurez compris.

La musique comme exutoire

Alternant bangers et prods sombres plus enclines à l’introspection, avec vapeurs d’alcool et fumée pleine de THC en prime, 7 Jaws dévoile un EP très prometteur. Mais pas seulement, puisque aujourd’hui paraît également le clip de "Shadow Boxing" sur YouTube. Sur son morceau le plus mélodieux, il chante ses blessures avec beaucoup de recul, comme s’il avait pris conscience de ce que pouvait lui apporter la vie, après lui avoir tant ôté. Les séquences dans lesquelles il court dans la ville offrent un sentiment de liberté immense, et démontrent à quel point la musique peut être un exutoire salvateur.

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Adepte des "bangers conscients", comme il le confesse lui-même, 7 Jaws utilise le rap comme un véritable défouloir émotionnel avec des prods qui font trembler les murs. Le titre "Pourquoi je pense à la mort ?" sorti l’année dernière, est assez équivoque. Sorte de rappeur contemporain qui prend des Uber et loue des Airbnb, il expose tout son univers – assez unique il faut l’avouer – sur Steam House. On peut ainsi se délecter de nombreuses références populaires allant de Crash Bandicoot à Naruto en passant par Jumanji et Jules Verne – dont il est manifestement un très grand fan.

Et c’est là le véritable point fort du rap de 7 Jaws : son identité. Car il semble bien avoir réussi le plus dur pour un artiste: créer un véritable univers propre à son parcours, que ce soit grâce aux références à sa mâchoire cassée, son influence japonaise, mais surtout ses gimmicks. Avec ses innombrables "Lee" et "Jaws", des vestiges de son expérience avec le collectif Squalee, le jeune rappeur a créé ses propres Ad-libs et innove là où d’autres se contentent de reprendre les très classiques "Brah" ou "Skrrrt" (coucou La Fouine). Traduction : ses "lees", c’est un peu ses srabs, en somme.

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Sur le morceau "BNB", seul single de l’EP avec "Stan Lee", il chante : "Je suis un solitaire qui n’aime pas être seul, je suis un esprit sain qui n’aime pas être sobre". Et expose ainsi toute la complexité de la solitude, qui est avant tout un ressenti et non une situation définie que l’on peut caractériser. Si le titre Terminal est définitivement le plus aérien du projet, 7 Jaws conclut avec “Présage", une ultime chanson sur laquelle il clame son désespoir, avec toutefois une certaine dose d’optimisme. Comme s’il était déjà certain de la suite des choses.

Même s’il doit peut-être gagner un peu en régularité dans l’écriture pour devenir un acteur majeur de la scène française dans les années à venir, 7 Jaws sera en concert le 15 novembre prochain au Point éphémère. L’occasion de découvrir l’une des curiosités du rap français les plus exaltantes du moment.

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Par Guillaume Narduzzi, publié le 19/10/2018

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