Il y a 15 ans, 50 Cent massacrait le rap mondial avec un album devenu mythique

En 2005, le rappeur new-yorkais explosait les charts avec The Massacre, troisième meilleur démarrage all time du rap US.

Après un premier album studio au sommet, Get Rich or Die Tryin, 50 Cent s’est assis tranquillement sur le trône du gangsta rap international. Il a marqué les esprits avec ce mélange d’histoires criminelles et de petites mélodies fredonnées sur le refrain sur des productions en forme de blockbusters imparables. 

Avant de penser à son deuxième album, le rappeur du Southside Queens, New York pousse son équipe, le G-Unit, avec de nombreuses mixtapes et un album au niveau des attentes, Beg for Mercy. Il travaille sur le développement de sa nouvelle recrue avec Dr. Dre : The Game, la relève du rap californien. 50 Cent lui offre même ses premiers tubes en collaboration : "Hate It or Love It", "How We Do" et même "Westside Stories".

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Les refrains si viraux de Fifty font la différence et le succès le dépasse presque. The Game devient tout de suite énorme, une suite logique du Death Row des années 1990 et aussi du raz de marée 2001 de Dr. Dre, un retour en grâce du gangsta rap californien. "All Eyes on Him". L’ambiance s’envenime entre 50 Cent et The Game. Et le deuxième album de la star du G-Unit se prépare dans cette dimension électrique. 

The Massacre est un mastodonte. Tout est plus gonflé, grandiloquent que sur le premier album, Get Rich or Die Tryin. Jusqu’à la pochette où 50 Cent y apparaît comme Hulk, un véritable personnage de comics avec ces traits noirs ajoutés. Toujours plus d’huile et de muscles.

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Et comme sur cette pochette, Fifty joue son rôle jusqu’à la limite de la caricature. Par exemple sur l’énorme "Piggy Bank" qui tire à balles réelles notamment sur Ja Rule, Fat Joe, Jadakiss, Shyne, Lil Kim, Nas et Kelis. À partir de ce point, Fifty ne sera presque plus que ça, le plus grand troll de l’histoire du rap américain, un monstre sur les réseaux sociaux qui continue d’être alimenté par la provocation quotidienne.

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Mais l’arrogance n’est pas tout, il faut des tubes. Pour atteindre le niveau de "In The Club", son ogive imparable, Fifty a un nouvel avion de chasse : "Candy Shop". Efficacité maximum signée Scott Storch, l’homme aux lignes de piano uniques. Seulement deux featurings de choix : Eminem, son boss dans le label Shady Records et son pote Tony Yayo.

On retrouve aussi en bonus une version équipe de "Hate It or Love It" avec tout le G-Unit, de Lloyd Banks à Young Buck. Comme si 50 Cent voulait prouver que ce tube lui appartenait et qu’il avait sa place sur son propre album. Tout est prêt pour la couronne. 

Un album sous-estimé malgré le succès

The Massacre est un énorme succès, grâce aux singles "Candy Shop" donc mais aussi "Disco Inferno" et "Just A Little Bit". Fifty prouve qu’il est toujours le champion incontesté de sa catégorie. Pourtant, cet album est rarement cité quand on parle de la légende 50 Cent, beaucoup sont déçus. The Massacre souffre directement de la comparaison avec Get Rich or Die Tryin. Le rendu est plus brut, presque bourrin, un peu moins musical que sur son premier disque. Mais il contient pourtant parmi les plus grosses fulgurances du rappeur new-yorkais.

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The Massacre cache de nombreuses pépites en son sein. Des morceaux durs et profonds comme sur "Ski Mask Way" produit par le regretté Disco D, "God Gave Me Style" ou encore "Position of Power" font partie des meilleurs moments de la discographie entière de 50 Cent. Le rappeur revient sur ses bases et prouve s’il en est besoin qu’il est un pur produit du rap hardcore et technique de la Grosse Pomme. Sur "I Don’t Need Em", il se permet même de ramener Buckwild du D.I.T.C. pour une vraie nostalgie 90’s, une touche qu’on retrouve aussi sur "Gunz Come Out".

Sur "I’m Supposed To Die Tonight", 50 Cent arrive à dompter une production toujours un peu sèche d’Eminem pour en faire un véritable film audio, une scène qui offre une immersion totale avec de multiples références au rap américain. Avec ce titre fort et son clip do it yourself, 50 cent revient aux racines de son succès. 

2005, l’année de tous les dangers

Au final, c’est le côté enflé à la testostérone qui dessert l’ensemble. Alors que l’album a de nombreux tiroirs, on retient surtout les missiles autoguidés qui ne peuvent pas rater leurs cibles. Pourtant en tant que rappeur, 50 Cent n’a jamais été aussi bon, versatile et puissant.

Et c’est juste après The Massacre qu’il va devenir le meilleur de lui-même, sur le remix de "Outta Control" avec Mobb Deep puis sur la bande originale de son film avec Jim Sheridan : Get Rich or Die Tryin. "Hustler’s Ambition", "Best Friend", "What If" et surtout "Window Shopper" (qui sera d’ailleurs sur la réédition française de The Massacre), autant de morceaux imparables et très bien réalisés.

À la fin de cette année 2005, 50 Cent est l’ultime roi de New York qui tire à la mitrailleuse sur tout ce qui bouge, le sourire aux lèvres. À ce moment précis, pour le reste du rap mondial, il est vraiment l’homme à abattre. Encore une fois. Mais ils ont déjà essayé, ça n’a pas marché. 

Par Aurélien Chapuis, publié le 04/03/2020