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Pour leurs 15 ans, les mecs de Nuits sonores nous racontent leurs meilleurs souvenirs

Publié le

par Arthur Cios

Nuits Sonores 2015 (© Brice Robert)

Pour fêter les 15 ans du festival Nuits sonores, on a demandé au directeur et au programmateur musical de revenir sur leurs plus beaux souvenirs.

Nuits Sonores 2015 (© Brice Robert)

Quinze ans. Quinze ans déjà que le festival accueille des line-up tous plus impressionnants les uns que les autres. À quelques jours d’une édition anniversaire qui s’annonce riche en émotion, nous avons demandé à Vincent Carry, fondateur et directeur du festival, ainsi qu’à Pierre-Marie Ouillon, programmateur musical de l’institution, leurs meilleurs souvenirs en 15 ans de Nuits sonores.

Konbini | Quel est le souvenir le plus fort que vous avez gardé de la première édition de Nuits sonores ?

Vincent | Les premières minutes de l’histoire de Nuits sonores : l’inauguration avait lieu à la piscine du Rhône à 18 heures. Il ne faisait pas beau mais le soleil s’est pointé à peine 15 minutes avant l’ouverture des portes. On avait un peu peur, on ne savait pas vraiment comment on allait s’en sortir. Mais on avait un projet auquel on croyait à 100 %. Une heure plus tard, le truc était lancé et toute la ville buvait des coups sur la terrasse !

Pierre-Marie | La découverte de la puissance collective et de l’énergie relationnelle de la techno : quand le tube "la rock" a retenti dans la halle Tony-Garnier pour la dernière soirée, point d’orgue du festival, on pouvait voir de la scène plus de 3 000 personnes crier à l’unisson. Lyon venait de rugir enfin après des années de disette et de répression de la techno.

Quelle est, selon vous, la soirée la plus folle à laquelle vous avez assisté dans le cadre des Nuits sonores ?

Vincent | Indiscutablement, la closing de Nuits sonores 2015 au Sucre avec Laurent Garnier et Marcel Dettmann. Je ne sais plus combien de temps ils ont joué en back to back, mais je pense qu’ils ont dû dépasser leur temps de jeu d’au moins quatre ou cinq heures. Ils étaient inarrêtables. Ils avaient commencé en fin d’aprèm, et l’ensemble des gens présents, les amis, les équipes, les fidèles, tout le monde a plongé jusqu’au matin. Une fête littéralement incroyable.

Pierre-Marie | Je crois que ça devait être durant la deuxième ou troisième édition, lorsque Jamie Lidell a apporté un gâteau d’anniversaire aux musiciennes de Cobra Killer. Il s’est ensuivi une sorte de catch sur scène, avec de la crème et du vin jetés partout. Cet épisode est aussi symptomatique de l’esprit punk et déjanté qui traverse la programmation du festival.

Quel est le plus beau line-up que vous ayez eu, sur une soirée ou une édition complète ?

Vincent | Le programme de la carte blanche à Manchester en 2005. Sur la même édition, on a réuni tous les gens qui avaient fait la légende de cette ville : les résidents de l’Hacienda, Mike Pickering et Dave Haslam, ACR, The Fall, Laurent Garnier… et surtout Tony Wilson himself pour une conférence de légende. Sept ans après, pour nos dix ans, les Nuits sonores accueillaient finalement New Order en concert de clôture de la première décennie.

Pierre-Marie | Je dirais que la 11e édition des Nuits sonores reste à ce jour l’une des meilleures, artistiquement. Entre la première carte blanche que nous adressions à un artiste de talent (Daphni/Caribou), des live de grande facture comme Pantha du Prince & The Bell Laboratory ou le live de Todd Terje et Lindstrøm, des artistes qui allaient devenir majeurs comme Disclosure, Tale of Us ou Jamie xx, d’autres qui sont devenus des amis comme Daniel Avery ou Motor City Drum Ensemble, et enfin de grands DJ sets comme celui, en clôture, de DJ Harvey. En bref, une édition qui formalise très bien les diverses influences et exigences du festival, tout ayant un regard sur l’histoire et porté vers l’avenir.

Quelle est la plus grosse surprise que vous avez eue, l’artiste que vous n’attendiez pas, la plus grosse claque ?

Vincent | le Bell Laboratory de Pantha du Prince, dans la grande halle des usines Brossette, en tout début de soirée. Un moment de pure grâce et un concert en apesanteur devant un public aussi scotché que déconcerté.

Pierre-Marie | Pour moi, il s’agit de Charanjit Singh, un artiste malheureusement décédé aujourd’hui mais au destin incroyable. Producteur de musique Bollywood depuis les années 1970, il sort un disque extraordinaire, précurseur des musiques dites Acid House, Ten Ragas to a Disco Beat, qui ne marchera pas… Redécouvert par des diggers érudits dans les années 2000, Charanjit est venu jouer aux Nuits sonores 2013, à plus de 80 ans, soulevant des hordes de kids avec une totale ingénuité. Un concert ahurissant, fruit de cette rencontre retrouvée plus de 35 années plus tard.

Quel est le moment le plus émouvant que vous ayez vécu lors de cette aventure ?

Vincent | Le premier set de Laurent Garnier en clôture de l’édition 2005. Un moment de catharsis totale : Laurent finit à 8 h 30 du mat'. Le soleil se lève et traverse les baies vitrées de l’usine des Salins. Toute l’équipe, tous les bénévoles sont sur scène, la plupart en larmes, distribuant des drinks au public dans une salle ultracompacte. On a su à ce moment qu’on était en train de poser un truc sérieux.

Pierre-Marie | Pas mieux que Vincent.

L’édition la plus compliquée à développer ?

Vincent | La première. On avait beaucoup de foi et d’énergie, mais on faisait aussi face à beaucoup de vents contraires.

Pierre-Marie | La première, sur les routes de France à aller afficher, flyer et défendre ce nouveau festival, jour et nuit pendant des mois.

La chose dont vous êtes le plus fier ?

Vincent | L’intégrité du festival et de son équipe.

Pierre-Marie | La confiance qui est accordée par le public et les artistes au festival.

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