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Nos 12 jeunes artistes musicaux à suivre en 2018

Publié le

par Rachid Majdoub

Six femmes, six hommes. Du hip-hop au rock en passant par l’électro, voici douze jeunes artistes qui, à nos yeux, rayonneront en 2018.

Ils ont fait parler d’eux récemment, et vont assurément faire 2018. Sopico, Raveena, Smino, Madben, IAMDDB, Stella Donnelly… Voici, selon nous, les jeunes artistes, francophones et internationaux, voués à une belle carrière et dont le talent brillera de mille feux cette année.

À gauche, Moha La Squale. À droite, Stella Donnelly.

Angèle

On sentait le succès à des kilomètres pour la jeune sœur de Roméo Elvis, qui chante depuis des lustres sur Instagram. Et le triomphe de son tout premier single sorti en indé, "La Loi de Murphy", et ses 3,5 millions de vues en moins de trois mois ont de quoi vraiment impressionner.

La chanteuse rassemble tout le paysage musical francophone, et est adorée autant par les fans de pop que par ceux qui ne jurent que par le rap. Pas surprenant de la retrouver en première partie d’Ibeyi et de Damso, où l’on a pu voir un public prêt à danser la "Macarena" de Dems se dandiner sur la musique plus douce d’Angèle.

Tandis qu’elle prépare tranquillement son premier album, avec la pression du succès de son premier tube, c’est peu dire qu’Angèle marquera au fer rouge 2018.

IAMDDB

Tout comme Sampha et Jorja Smith, IAMDDB, une jeune artiste tout droit venue de Manchester, est issue de la nouvelle génération promise à mettre la scène alternative R’n’B britannique sous les projecteurs.

Dans son style, qu’elle qualifie elle-même d’urban jazz, on trouve un subtil mélange de R’n’B, jazz, néo soul et même hip-hop. Une formule qui a déjà fait ses preuves tout au long de ses trois EP, Waeveybby Volume 1, Vibe Volume 2, et plus récemment Hoodrich Volume 3.

Suivant indéniablement les traces des légendes Lauryn Hill et Erykah Badu, la douce risque de briller en 2018 avec un premier album qui viendrait sans mal confirmer un succès déjà bien acquis outre-Manche. Histoire de prendre le train en marche, découvrez son titre "Leaned Out", en collaboration avec Inka.

Isha

Discret, sombre et pas né de la dernière pluie, il fait figure d’ovni. Après les succès de Damso, Roméo Elvis, Caballero & JeanJass ou encore Hamza, c’est au tour d’Isha de s’asseoir au sommet du rap made in Belgique. Tout de même reconnu par ses pairs et un public rap averti, le rappeur anciennement nommé Psmaker n’a plus rien à prouver… et tout à gagner.

Derrière lui, une belle saison 2016-2017 synonyme de renouvellement et d’un mini-album de dix titres, La vie augmente (Vol. 1), réussi et largement mis en images. En sont tirés des morceaux forts comme "Tony Hawk" ou "Frigo américain", à travers lesquels Isha s’est reconstruit et imposé qualitativement, sans pour autant péter les scores. S’il scintille dans l’ombre, ce parolier hors pair mérite d’être mis au premier plan de 2018, poussé par mères constance et maturité.

À ses côtés, on peut mentionner le rappeur belge Swing, membre de L’Or du commun, qui se lance en solo.

Jacob Banks

Sa voix aussi puissante qu’envoûtante confère à la soul toutes ses lettres de noblesse. Si le chanteur from Birmingham reste encore peu connu en France et aux États-Unis, Jacob Banks est sous la lumière des projecteurs outre-Manche. Du haut de ses 26 ans, il ne devrait pas tarder à envoûter la terre entière avec son talent.

En activité depuis 2013, le natif du Nigeria fait ici figure d’aîné. Avec dans ses bagages quelques singles, projets et apparitions dans des bandes originales de jeux vidéo, de séries ou de publicités, Jacob Banks ne gagne plus qu’à coucher sa voix de velours sur un statut de superstar internationale. Prochaine étape, conquérir l’Hexagone au détour d’un succès encore plus fort, qu’on lui prédit pour 2018 sans hésiter.

Madben

Cela fait un bout de temps que les aficionados de techno qui traînent au Rex Club ou à l’Astropolis connaissent Benjamin Leclercq. Dans le milieu, le bonhomme a connu une ascension assez impressionnante, tout en restant jusque-là dans les sphères plutôt discrètes d’une partie du monde de la nuit.

Mais, sans aucun doute, son premier album (enfin) prévu pour cette année va faire beaucoup de bruit. Déjà parce que le long format en question est excellent, original et apporte un souffle de nouveauté sur la techno française qui ne fait pas mal. Mais aussi parce que le petit protégé de Laurent Garnier (ce qui est assez rare pour être souligné) a réussi à ramener un casting 5 étoiles, qui sera dévoilé prochainement et qui en fera rêver plus d’un. À suivre de très très près donc.

Mahalia

"Précoce" est peut-être le mot qui définit le mieux le parcours de Mahalia. Et pour cause : cette chanteuse, autrice-compositrice et actrice de 19 ans, originaire de Leicester en Angleterre, écrit sa première chanson à l’âge de 8 ans, avant de décrocher, cinq ans plus tard, son premier contrat avec une maison de disques.

Malgré ce début on ne peut plus prometteur, Mahalia Burkmar (de son vrai nom) refuse l’urgence, préférant s’enrichir sur les bancs de l’école plutôt que de se ranger trop rapidement dans les rangs de l’industrie musicale :

"C’était important pour moi de finir l’école et d'obtenir mes diplômes, confiait-elle en 2015 au magazine i-D. Je voulais me laisser le temps à moi, et à ma musique, de se développer."

Après deux premiers EP, Head Space et Never Change, Mahalia offre en 2016 ce qui reste le projet le plus abouti de sa carrière : Diary of Me. Produit par le Canadien Nineteen85, à qui l’on doit les tubesques "One Dance", "Hotline Bling" et "Hold On, We’re Going Home" de Drake, ce premier album expose un univers envoûtant, à la croisée des genres entre folk et R’n’B, accompagné de textes introspectifs dont la vulnérabilité n’est pas sans rappeler celle d’une Jessie Reyez.

Mais c’est son dernier single "Sober", dévoilé à l’été 2017, et son passage dans le show berlinois Colors, qui lui vaudra l’unanimité des amateurs de R’n’B. Avec lui, Mahalia précise son univers, optimiste et réconfortant, et s’inscrit dans la lignée de ses aînées Jorja Smith et Mabel, s’imposant comme la figure nouvelle d’une soul britannique pleine de promesses.

Moha La Squale

En 2017, vous n’avez pas pu passer à côté de Moha La Squale. Repéré (entre autres) par Grünt, le jeune homme originaire du quartier de la Banane dans le 20e arrondissement s’est fait connaître grâce à une série de freestyles hebdomadaires postés tous les dimanches depuis juillet sur ses réseaux sociaux.

Leur format à succès est déjà bien rodé : une citation de Jacques Brel en ouverture, des clips minimalistes et une plume nourrie de son vécu, entre galères passées et revanches actuelles. Il faut dire que son expérience fascine. À seulement 22 ans, le jeune homme a connu la prison et les cours Florent. Il résume d’ailleurs ce parcours singulier dans le morceau "Tout Seul" avec la phase : "Fleury, Florent, j’ai fait les deux."

Signé chez Elektra France, label de Warner, depuis novembre dernier, Moha régnera sur 2018. Dans son freestyle "Pour la dernière", publié le 31 décembre 2017, le rappeur annonce d’ailleurs en guise de teaser : "L’album arrive, ils vont serrer", ajoutant sur son compte Instagram "on se retrouve le dimanche 4 février". Il ne vous reste plus qu’à prendre votre mal en patience.

Raveena

La musique de Raveena est le fruit logique de ses innombrables influences, coincées quelque part entre le R’n’B américain et les chants traditionnels indiens. Basée à New York, cette Américano-Indienne dispose d’une voix à la fois angélique et sensuelle, qui lui permet de façonner une musique délicate, langoureuse et enchanteresse.

Fin 2017, quelques semaines après avoir partagé le réjouissant "Sweet Time", Raveena dévoile Shanti, un premier EP prometteur, dont le titre signifie "paix intérieure" en sanskrit, et grâce auquel la jeune Américaine affirme un univers candide et pastel. Composé de quatre titres, ce projet est porté par le morceau "If Only", que l’intéressée, jointe par The Fader, définit en ces termes :

"J’ai commencé à écrire les paroles de 'If Only' il y a quelques années, après avoir finalement mis un terme à une relation amoureuse toxique. J’ai redécouvert ces paroles très récemment, et je les ai montrées à mon producteur et petit ami Everett Orr, qui m’a aidée à redonner vie à ces mots, grâce aux bonnes mélodies.

À mon sens, ce morceau évoque le fait de se rendre compte de sa propre force en tant que femme, et de son caractère divin, et ainsi d’avancer en dépit de ceux qui pourraient ne pas te soutenir dans ce voyage. Les personnes desquelles tu t’entoures devraient toujours te faire sentir plus forte, en sécurité – et en aucun cas épuisée, manipulée ou contrariée."

Smino

Il n’aura pas fallu longtemps à Smino pour s’exporter de son Missouri natal (Saint-Louis) jusqu’à Chicago. Rapidement influencé par la scène rap de Chi-town et ses sonorités oscillant entre gospel, soul, funk et jazz, le rappeur, pépite hip-hop de 26 ans, ne pouvait envisager aucun autre déplacement géographique.

C’est en mars dernier qu’il dévoilait son album blksw, après deux premiers EP intitulés S!Ck S!Ck S!Ck et blckjtr. Mais ne vous fiez pas aux noms imprononçables de ses projets, son flow ciselé couplé à une musique magnifiquement composée par le producteur local Monte Booker se veulent d’une accessibilité surprenante.

Après une année d’ascension et de brio due à un premier LP audacieux, on vous le dit, il y a fort à parier que Smino obtienne une place de choix parmi les prochains grands noms de la musique de Chicago. Alors autant anticiper le coup.

Sopico

Jeune espoir du rap français, Sopico n’est pourtant pas tout nouveau dans le game. En 2016, il avait déjà sorti le projet 15 titres nommé Mojo, produit par Sheldon de la 75e Session, qui lui avait permis d’imposer sa personnalité. Sa patte : un rap aux multiples influences qui tient autant des sonorités digitales de la trap que de l’expérience acoustique, mise en valeur par son jeu de guitare.

À lire -> Interview : on a rencontré Sopico pour faire le bilan d’une année surproductive

Une identité sonore bien à lui qu’il a pu développer et affiner cette année autour de différents projets assez courts et qu’il compte bien emmener encore plus loin en 2018. Repoussant les frontières à la fois géographiques et musicales du rap, son projet dont la sortie est prévue pour le 26 janvier prochain s’accompagnera d’une tournée internationale.

Stella Donnelly

"I need to be alone, you’ve been at my throat" (soit "j’ai besoin d’être seule, tu m’as étouffée", en français) peut-on entendre dans le refrain de "Mechanical Bull", extrait du premier EP de Stella Donnelly.

Derrière cette franchise sertie d’arrangements lo-fi, une Australienne de 25 ans bien connue de la scène musicale de Perth. Elle qui pensait vendre tout au plus quelques dizaines de cassettes, le résultat est inattendu quelques mois plus tard : la voici qui a écoulé près de 300 bandes magnétiques de Thrush Metal tout en remportant le Levi’s Music Prize avec un chèque de 25 000 dollars (environ 20 300 euros).

Si sa musique peut s’apparenter à une gentille folk à poser aux côtés d’Angel Olsen ou de Courtney Barnett, Stella Donnelly n’hésite pas à aborder des sujets sensibles. En novembre dernier, elle faisait parler d’elle dans les médias du monde entier (de NPR au Daily Mail) lors de la diffusion du clip de "Boys Will Be Boys".

À l’aide d’une simple guitare acoustique, la chanteuse décrit le viol qu’a subi une de ses amies, soulignant l’hypocrisie de certains à blâmer les victimes. "They said, 'boys will be boys', deaf to the word 'no'."

Yaeji

Après avoir sorti deux EP bien remarqués par la presse et dont certains titres ont déjà pu tomber dans vos oreilles bien curieuses (on pense notamment à sa reprise de "Passionfruit" qui a pas mal tourné), cette jeune productrice/chanteuse coréano-américaine reste encore méconnue du grand public. Et pourtant, tous les amoureux de house et de R’n’B devraient jeter un œil du côté de Yaeji.

Elle brise les codes de la house en jouant tantôt sur un côté R’n’B tantôt sur un côté rap, en chantant parfois en coréen, parfois en anglais, en apportant des touches plus acides, ou en jouant sur les genres techno lente voire trap ou hip-hop sur ses titres. Tout cela est suffisamment impressionnant pour être souligné.

Vous verrez difficilement des journalistes la comparer à d’autres, car rien n’est vraiment semblable au travail de cette dernière. Et l’audace en musique, de nos jours, est quelque chose de bien trop rare. Regardez cette Boiler Room qui part dans tous les sens et vous comprendrez pourquoi 2018 sera sous le signe de Yaeji.

Article coécrit avec Arthur Cios, Naomi Clément, Sophie Laroche, Jérémie Léger et Louis Lepron.

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