Interview : l'autopsie de La Femme

On est allé rencontrer La Femme dans un troquet non loin du Panthéon. On n'a pas discuté pendant très longtemps mais assez pour dresser un constat : quand leurs esprits divaguent,ils ont le rock et la fantaisie au point mais aussi une tendance fâcheuse, comme les marins, à faire des phrases. Et si on passait tout ça au scalpel ? 

La Femme

Illustration : Thomas De Ambrogi

Faire une interview, c'est dans une certaine mesure tenter de capturer des attitudes, des régularités, sans pour autant oublier de les retranscrire avec fidélité. Les outils et les résultats bien souvent diffèrent. Surtout quand le groupe en question se caractérise par son indiscipline. Car oui ! La Femme, c'est un beau bordel. Un collectif, une galaxie, une comète qui trace à fond de balle sur une autoroute allemande et ignore les frontières. Eux, ils voient la musique comme une destruction créatrice. Un truc qui vous bouffe et qui finit par brûler.

Pour les canaliser on avait concocté une jolie interview-anatomie : un membre pour une idée. Des jeux de mots, des trucs vaseux, des jolies phrases et puis on a réalisé : la chance d'avoir eu une fenêtre sur la vie d'un collectif. Passons à l'autopsie, de la tête aux pieds.

Le visage de La Femme

La Femme c'est un groupe dont le nombre de membres excède la moyenne. Deux fondateurs Sacha et Marlon, rejoints rapidement par Sam "avec qui on avait un groupe au collège", puis Nunès et Noé. Ce quintet est accompagné de temps à autre par une multitude de chanteurs et de compositeurs. Et les femmes dans tout ça ?

"- Marlon : Nos chanteuses il y en a plusieurs aussi, dont Clémence qu’on a rencontrée sur MySpace qui nous accompagne pour les concerts…

- Sacha : Sur l’album, il y aura cinq chanteuses différentes".

C'est comme s'ils avaient constamment besoin d'ouvrir la porte à de nouveaux membres pour maintenir une spontanéité intacte. La Femme, c'est un fouillis organisé, régi par des règles. Là où une définition claire semble impossible, des paraphrases apparaissent. Plutôt que de faire ampoulé, on leur a demandé de butte en blanc : La Femme : groupe ou collectif ?

"Marlon : Non pas vraiment un collectif…

- Sacha : Fin un groupe c’est quand même un collectif.

- Marlon : Ca a des aspects d’un groupe. C’est un collectif, un groupuscule

- Nunes : Un groupuscule !

Sam : C’est comme une association et tous ces trucs qui déterminent un rassemblement humain…

- Nunes : Non mais c’est une sorte de système solaire…

- Sam : Et lui (montrant Marlon) ce serait le soleil…

- Sacha : Non, c’est la femme le soleil.

- Sam: Et nous on serait les satellites."

Ils sont prolifiques sur le sujet. Intellectualisme précoce ou continuelle envie de faire compliqué ? Un peu des deux pour un groupe à mi-chemin entre le punk et le mouvement hippie, biberonné au punk-kraut-berlin et à la chanson française, plutôt qu'à la Brit Pop comme la tant décriée (par eux) scène du Gibus. Eux, c'est plutôt du côté de la Confédération Nationale du Travail qu'ils ont trainés.

La voix de La Femme 

La Femme

Illustration : Thomas De Ambrogi

La Femme, c'est déjà deux sorties, des singles et des projets vidéos. Et le nouvel EP, tout juste disponible, c'est quatre morceaux couleur western, tendance grande plaine qu'on retrouvera sur l'album, prévu pour le 8 avril.

Marlon nous en parle :

Sur l'album il y aura de toutes les humeurs, des musiques à écouter le matin, d’autres tristes, d’autres plus joyeues. Il faut voir ce disque comme un voyage :  d'ambiances supers dark et deep vers l’espérance et le bonheur.

Une musique à références mais aussi un imaginaire kaléidoscopique. Des murs de Berlin à la forêt amazonienne en passant par les déserts de cactus dans le goût d'Arizona Dream et la jungle urbaine. C'est mignon, parfois profond, toujours réfléchi et surtout en français.

La raison ?

Sam : On parle mieux français qu'anglais.

Mise à part ça, la Femme reste impénétrable. Mais surtout changeante : du rythme entêtant de Paris 2012, à la mélodie du diptyque La Femme / Hypsoline (pour lequel ils ont livré un court métrage mélangeant savoureusement roccoco et film d'horreur), en passant par les accents candides de La Planche, on serait tenter de faire du groupe un héritier des surréalistes ou autre tenant de l'écriture automatique : des créations oniriques, aux accents fluctuants, où la forme prend définitivement le dessus sur le fond. 

Ils nous assurent que c'est plus compliqué que cela. Sur ce sujet Marlon et Sacha, paroliers de l'équipe, s'inscrivent en faux. Le premier précise :

Ça dépend vraiment des morceaux. Parfois les paroles paraissent simples, d'autres fois moins. De toute façon il faut se dire  que même si tu sors que trois mots, il faut tout de même les choisir savamment.

Pour leur nom, point besoin d'invoquer des théories de l'identité genrée ou la volonté de brouiller les codes. Mais cette question, si banale et balisée soit-elle, on se la pose tout de même. Alors la Femme, ça vient d'où ?

Sacha : De la langue française

Perspicace et avare en précisions.

Le coeur de La Femme

Illustration : Thomas De Ambrogi

Le coeur. A chercher d'abord du côté des Etats-Unis parce que "les US c'est huge et aller là-bas nous a permis de faire pleins de concerts" explique Marlon. Mais aussi du côté de Biarritz, fief d'une partie des membres. Avec des souvenirs insolites :

"M : Nunes était sur un plongeoir [face à la mer]. Et il s'apprêtait à sauter tout habillé avec ses docks, son perfecto, son jean quand un basque est venu vers lui et a dit : « Hé parisien, retourne te baigner dans la Seine »

- N : Et du coup moi, hop, j’ai sauté du plongeoir."

Le reste n'est qu'un galimatia de trucs épars. D'une petite bande aux références communes et décousues. La surf culture, les guitares néo motown, les perfectos, le punk, les ceintures cloutées, le cinéma, les sex shop et puis le reste. La Femme c'est aussi un petite bande bien rock'n'roll : de leur premier groupe à la manière de la Souris Déglinguée, S.O.S Mademoiselle, jusqu'à leur esthétique new wave, écusson et blondeur à l'appui.

Mais pas que. Si La Femme était un lieu, elle serait probablement Berlin tant la capitale allemande revient perpétuellement dans leur propos. Si La Femme était un penchant, elle serait une béatitude un peu contemplative face à l'immensité de l'univers.

"Sacha : Non mais voilà, on s’en fout, on est rien de tout façon.

- Sam : Au final on est rien tu vois. 

- Nunes : On est rien mais tout à la fois tu vois comme un système solaire."

Le thème spatial revient souvent lors de l'interview. Et j'avoue que je ne sais trop quoi en dire.

Les Jambes de La Femme

La Femme

Illustration : Thomas De Ambrogi

Elles font 2 mètres 50. Elles sont longues et fines. Mais aussi musclées. Elles s'exercent à droite à gauche. Mais pour l'instant, elles sont au repos. Après avoir tourné le clip conjoint de La Femme / Hypsoline, le groupe savoure quelques instants de repos et de préparation avant une période chargée en activité. Une tournée serait à venir pour défendre l'album un peu partout, comme il se doit. La scène, lieu des premiers émois musicaux pour La Femme, pourrait être également leur juge de paix.

Nunes : Même si on s'est jamais baigné dedans

On espère en apprendre plus à ce sujet, bientôt.

La Femme par La Femme

La Femme

Illustration : Thomas De Ambrogi

Comme on a voulu par faire comme les autres, on leur a posé une question de principes. Pour vous la femme parfaite, elle ressemblerait à quoi (ou à qui) ? Ils ont été volubiles sur la question. Et on ne s'en plaindra pas. Morceaux choisis, de bravoure.

Les Yeux de la Femme parfaite ce serait ?

 Marlon : Je sais pas... Peut être l’afgane dans les livres d’histoire, celle qui a les yeux bleus. Des yeux de chiens loups.

ou plutôt

Sam : Des yeux de chiens loups en forme de chat.

Les oreilles de la Femme ? 

Sacha : Des oreilles de cochons.

ou

Marlon : Les oreilles de Mozart, les oreilles de Moscou.

La coupe de la Femme ? 

Marlon : La coupe d'Isabelle Adjani dans Subway

Le derrière de la Femme ? 

Nunes : Un bon cul bien ferme. Moi j'aime bien les gros culs.

ou

Sam : Dans la longueur, mais aussi dans la volupté…

Le look de la Femme ? 

Marlon : Un look printanier, Mucha ou psycho tropical Berlin. Elle s'habille chez Emmaüs, Kiabi, Tati ou Guerrisoldes.

ou

Nunes : Elle trouve des frusques psyché à droite à gauche.

mais encore

Marlon : Elle s'habille au Sexodrome à Pigalle.

On en a fini pour cette autopsie un peu spéciale. Et contrairement à ce qui se passe d'habitude, le corps de La Femme n'est résolument pas froid.

Par Tomas Statius, publié le 06/02/2013