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En écoute : Enfant Lune, le premier album puissant de Gringe

À 38 ans, le rappeur français livre enfin son premier effort en solo, après des projets avec Orelsan et des expériences dans le 7e art.

Il aura fallu s’armer de patience, mais le premier album de Gringe est enfin disponible. Initialement prévu pour le début de l’année, Enfant Lune devait sortir le 19 octobre dernier. Avant d’être une nouvelle fois repoussé, pour finalement se dévoiler ce vendredi 2 novembre. Mais cette attente, comparée par le rappeur lui-même à une épuisante grossesse, en valait clairement la peine.

Il faut dire que l’artiste originaire de Cergy n’a – malgré ses dires – pas chômé ces dernières années. En plus de deux albums aboutis avec Orelsan, Gringe s’est découvert un talent pour la comédie. Que ce soit dans le film Comment c’est loin et la mini-série Bloqués avec Orelsan, ou encore le Carbone d’Olivier Marchal, Guillaume Tranchant – de son vrai nom – se révèle au grand public grâce à son jeu d’acteur.

Pour son premier album studio solo, la moitié des Casseurs Flowters a mis les bouchées doubles. Il expose ainsi son univers sombre grâce à une narration ultra-introspective sur quinze titres. Et on retrouve du beau monde sur ce projet, puisqu’on peut se délecter de l’envoûtant Némir sur le sublime morceau "Jusqu’où elle m’aime", ou encore Vald, Sui’kon Blaz AD et Orelsan (également présent sur "Déchiré") sur le génial "Qui dit mieux".

Le premier morceau "Mémo" marque officiellement l’émancipation du projet Casseur Flowters, puis Gringe introduit son mood torturé dès le deuxième titre "Paradis Noir". Et si l’egotrip est de rigueur sur "On danse pas", "Qui dit mieux" et "Konnichiwa", le rappeur se livre totalement sur la suite de l’opus. Une émotion poussée à son paroxysme sur le joli morceau "Scanner", où il aborde la maladie de son frère en compagnie de la chanteuse Léa Castel.

Preuve s’il n’en fallait que le second degré à l’excès est la meilleure arme pour lutter contre ses démons. Derrière chaque looser se cache un être écorché vif. Sur cet album, Gringe procède à sa propre psychanalyse, en se remémorant ses amours déchus, ses phases intensément dépressives et ses moments d’immense solitude, comme pour tourner la page de ce passé noir. Même si toutes les blessures ne se referment jamais totalement.

Par Guillaume Narduzzi, publié le 02/11/2018

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