Polémique : Mango lance une série de bijoux "esclave"

Pendant ce temps-là, en territoire Mango, l'esclavage c'est chic ! La marque espagnole a lancé une série de bijoux "esclave"mango

Il y a une semaine, on vous parlait du shooting "African Queen" de Numéro. Le magazine avait préféré recruter une mannequin blanche et la peindre en noir plutôt que d'avoir recours à un mannequin black. On pensait déjà avoir atteint un haut niveau d'absurdité avec cette polémique, mais c'était sans compter l'affaire Mango.

Oui, car il y a désormais une "affaire Mango" : une petite histoire de "gamme esclave" composée de bijoux-chaînes et autres accessoires très en vogue durant les traites négrières. Trois fois rien !

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Slave Gate : échec côté communication

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Inutile de dire que la gamme "esclave" provoque un tollé général. De Twitter à Facebook en passant par le Conseil représentatif des associations noires de France, tout le monde y va de son indignation. Une pétition a même été lancée par Rokhaya Diallo, Sonia Rolland et Aïssa Maïga.

Mais la première question qui vient à l'esprit c'est :

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Comment le service communication a pu laisser passer cette ligne de bijoux avec un nom pareil ?

On peut imaginer les designers autour de la table en train d'imaginer la future collection de bijoux. C'est vrai qu'en ce moment, la mode est au tribal. Le brainstorming devait sûrement s'inspirer de ces tendances :

En ce moment on est plutôt sur des thématiques tribales donc on va miser plus sur du primaire. Bon, des idées ? Allez on y va, on lâche du vocabulaire. Hop, hop, hop, des idées, let's go !

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Et l'assemblée de lâcher :

Peuples africains - géométrie-  primitivité - instruments de torture - esclave.

Et là un type s'est écrié :

J'ai trouvé ! La thématique esclavage colle tout à fait à la tendance. Le tribal sur les tissus et l'esclavage dans les bijoux. Il y a des musées en plus consacrés aux instruments d'esclaves, on peut s'en inspirer.

Et Mango s'en inspira. Il en faut si peu aux "créatifs" pour étirer un brainstorming vers la plus étrange des directions, y compris vers une gamme de bijoux inspirée de ceci :

©Mike Meade - Collier porté par l'esclave d'un certain Abraham DeMill

Des "Colliers Style Esclave"

Et c'est cette fameuse créativité qui a conduit à la fabrication de ce "Collier Style Esclave". Une dénomination que la marque espagnole tient à développer pour que ses clientes ne soient pas perdues dans leur achat. Ainsi, Mango ajoute que ce "collier style esclave" est : "à chaînons, plaque identité et fermeture à mousqueton".

Et le produit fini, le voici :

On pourrait éventuellement trouver ce collier élégant mais c'est vrai que lorsqu'il est placé à côté du modèle qui l'a inspiré, il en jette beaucoup moins.

Attaqué par les internautes, Mango s'est défendu sur Twitter en ces termes :

Capture d'écran Twitter

Un problème de traduction ? Soit. Cela reste possible. Sauf que les modèles qui ont inspiré la nouvelle gamme sont clairement issus de la traite négrière et que l'erreur de traduction n'explique en rien la nature de l'inspiration des créatifs de Mango. Sur ce point-là, ils répondent donc à côté, ce qui n'a fait qu'accentuer la colère des internautes et des associations.

Certes, Mango n'a pas fait dans la dentelle. Il est vrai qu'elle aurait dû laisser le terme "esclave" bien caché dans les pages de son "carnet d'inspiration" - même si cela n'est pas sans révéler son cynisme - plutôt que de l'insérer sur les pages de son site. D'un point de vue strictement marketing, la marque s'est loupée sur toute la ligne. Mais la polémique, n'en fait-elle pas un peu trop ?

Polémique en carton ?

Pour rendre justice à Mango et équilibrer les comptes, il faudrait peut être se poser une question :

Pourquoi la thématique de l'esclavage n'inspirerait pas la mode ?

Les bijoux que nous portons aujourd'hui; les chaînes que nous mettons autour de notre cou, de nos poignets et même de nos chevilles furent jadis le prolongement de chaînes plus longues. Elles-mêmes attachées à des points d'ancrages dont les hommes torturés ne pouvaient se dépêtrer. Les chaînes que nous portons aujourd'hui en bijoux ont pour ancêtres les chaînes utilisées dans le passé pour d'autres raisons qu'esthétiques.

Ainsi vont les objets à travers le temps. Les signes distinctifs de pauvreté du passé peuvent par exemple devenir signes de richesse plusieurs générations plus tard et inversement. Les codes changent et s'inversent. Et on peut penser que le fait que des éléments jadis propre à l'esclavage soient aujourd'hui détournés en objet tendance "superficialise" et transcende en quelque sorte l'esclavage.

Cela n'enlève en rien la gravité des faits. Ce n'est pas un manque de respect en soi que de s'inspirer de l'esclavage dans la mode mais peut-être, si on adopte un autre point de vue, le signe d'une transfiguration. Quand une chose, quelque soit son origine se met à inspirer les hommes, c'est qu'elle a dépassé sa nature.

Et qu'est ce qui fait que la polémique Mango enfle réellement ? Est-ce le bijou en lui-même ou le fait qu'il y ait clairement précisé la mention "style esclave". S'il n'y avait pas eu cette mention, y aurait-il eu polémique ? Pas sûr ! C'est moins une question de mots, de symbole que d'être prêt à reconnaitre l'évolution des choses aussi acides et difficiles fussent-elles à digérer.

Et on ne voit pas en quoi les femmes esclaves devraient être enfermées à tout jamais dans leur statut d'êtres inférieurs et ne pourraient pas aujourd'hui faire la mode !

Par Afifia B, publié le 04/03/2013

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