Polémique : un magazine de mode glamourise des mannequins ivres

Nouveau scandale dans le monde de la mode : un édito d'octobre paru dans le magazine Interview, met en scène des jeunes mannequins gisant inconscientes dans la rue.

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La polémique semble être devenue une recette récurrente dans le monde de la mode. Et les limites à l'esthétisation de situations choquantes ou parfois même violentes ne cessent d'être repoussées. Le dernier exemple en date provient d'un édito du numéro d'octobre du magazine Interviewdans lequel on découvre des jeunes filles alcoolisées allongées sur le bitume, à l'image de pantins désarticulés.

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Intitulée "Pretty Wasted" ("Joliment déchiré"), la série photo – mise en ligne entièrement par le site Fashion Scan Remastered – met en scène des mannequins qui paraissent être ivres-mortes à la sortie d'une soirée. Étendues à même le sol, entourées de cadavres de bouteilles d'alcool, ces jeunes filles habillées comme des icônes de mode semblent mal, très mal en point. Leurs robes sont relevées de manière à laisser paraître leurs sous-vêtements, et à mettre en "valeur" des jambes interminables. 

Glamourisation de la détresse

Dirigée par le photographe et directeur artistique français Fabien Baron, la série photo est extrêmement dérangeante et ce, pour plusieurs raisons. Tout d'abord, ces femmes sont sexualisées en tant que proies : elles gisent seules et abandonnées, inconscientes et sans défense, à la merci de la rue. On en vient à se demander quel sort leur sera réservé si elles passent la nuit sans être secourues.

Car il s'agit bien là du deuxième problème : ces mannequins se glissent dans la peau de victimes qui ont besoin d'une assistance médicale. Des taches humides à leurs côtés suggèrent des vomissements et les yeux clos, le maquillage coulant et la bouche entrouverte, une réelle situation de détresse physique et émotionnelle.

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Est-ce donc la mise en image sordide du fantasme d'un photographe attiré par les femmes dont on peut sexuellement profiter lorsqu'elles sont sans défense ? Une volonté de choquer pour faire de la pub à un magazine ? Car il est difficile de voir dans ces images – plutôt crues même si elles sont très esthétisées – une réelle démarche artistique, voire même une quelconque dénonciation. Il s'agit là d'une recherche de glamourisation évidente d'une situation qui est avant tout dramatique.

Une apologie de la culture du viol ?

Ainsi, les réactions, comme il était prévisible, ne se sont pas fait attendre. Sur Twitter, l'auteure Davi Rutenberg écrit que les femmes "ne sont pas des marchandises" et pointe du doigt "une représentation glamourisée de victimes", le tout accompagné du hashtag #rapeculture (culture du viol).

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La culture du viol est un terme apparu dans les années 70 avec la deuxième vague du mouvement féministe. Il établit des liens entre le viol (ainsi que d'autres violences sexuelles) et la culture de la société où ces faits ont lieu, et dans laquelle prévalent des attitudes et des pratiques tendant à tolérer, excuser, voire approuver le viol.

Cette affaire n'est pas sans rappeler un autre tollé médiatique, provoqué par la série mode "The Wrong Turn" du photographe indien Raj Shetye représentant un viol collectif. Un acte qui évoquait un fait divers sordide ayant coûté la vie à une jeune indienne dans un bus, il y a bientôt deux ans.

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Des polémiques récurrentes

Un écho à de nombreuses autres polémiques qui ne cessent de retentir dans le monde de la mode. Pour tirer leur épingle du jeu et s'exposer médiatiquement, certains magazines n’hésitent plus à faire des éditos autour de sujets chocs, prônant ensuite de manière hypocrite une démarche artistique ou d'éveil de conscience.

En mars dernier, le magazine Vogue Italie publiait une série photo autour des violences domestiques, dans laquelle on voyait des femmes mortes sous les coups de leurs compagnons, habillées dans des vêtements luxueux. Il y a plus longtemps, c’est "Be My Slave", un édito autour de l’esclavage dans le magazine DIVA qui avait été jugé très raciste.

-> À lire : Inde : une série photo mode inspirée d'un viol collectif crée la polémique

Par Constance Bloch, publié le 24/10/2014

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