Des femmes victimes d'attaques à l'acide posent pour une marque de vêtements

Cinq femmes indiennes victimes d'attaques à l'acide posent devant l'objectif du jeune photographe Rahul Saharan pour promouvoir une ligne de vêtements créée par l'une d'entre elles.

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Laxmi, Rita et Rupa posent pour la marque de vêtements Rupa Designs. (Crédit Image : Rahul Saharan)

Ce n'est pas la première fois qu'un photographe relaie des portraits de ces femmes défigurées à l'acide pour dénoncer et montrer au reste du monde que cet acte atroce continue de faire environ 1500 victimes officielles chaque année, selon les chiffres de l'ONG Acid Survivors Trust International. Et c'est sans compter toutes les victimes qui n'osent pas porter plainte par honte ou peur de représailles...

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Un crime d'autant plus abject que le but est avant tout de défigurer la personne à vie. La plupart du temps, la victime est une femme et le responsable est un de ses proches qui, pour satisfaire une déception amoureuse ou réprimander un rejet de l'autorité paternelle, souhaite la punir.

Si des affaires ont été recensées au Pakistan, au Bangladesh, en Colombie et même en France, cette punition intolérable semble particulièrement répandue en Inde où la loi punit désormais le coupable d'une peine allant de 10 ans de prison à une condamnation à la perpétuité.

Rupa qui porte une de ses création. (Crédit Image :

Rupa, qui porte une de ses création.

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La ligne de vêtements Rupa Designs

Rupa, Ritu, Lakshmi, Chanchal et Sonal ont toutes les cinq subi une attaque à l'acide en Inde. Souvent délaissées par leurs familles, elles ont trouvé refuge auprès de l'association Stop Acid Attacks, qui lutte pour endiguer ce fléau en proposant aux victimes une place à Chhaon, un centre de soutien qui offre "un environnement propre, sûr et confortable pendant que les survivants de ces attaques reçoivent des soins médicaux".

C'est à cet endroit qu'elles se sont rencontrées et qu'elles ont osé, après s'être cachées pendant des années, dévoiler leur visage à travers ces photos de mode. Les vêtements qu'elles portent sont l'oeuvre de Rupa, une jeune Indienne de 22 ans, attaquée en 2008, sous l'ordre de sa belle-mère qui, jalouse d'elle, avait demandé à quatre hommes de lui lancer de l'acide pendant son sommeil. Elle confie au Daily News :

J'ai toujours voulu être créatrice de mode mais après l'attaque, il y a eu une pause dans ma vie. Je me sentais en insécurité et j'étais gênée par mes cicatrices, j'avais pris l'habitude de couvrir mon visage avec une écharpe. Je me suis toujours accrochée à mon rêve mais je ne savais pas qu'il serait réalisable et que je serais en mesure de lancer ma propre ligne de vêtements.

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Aujourd'hui, sa collection s'appelle Rupa Designs et comprend déjà quelques pièces. Mais ses ambitions sont plus larges et pour véritablement lancer sa ligne de vêtements, elle a besoin d'une aide financière. C'est pourquoi elle a créé une campagne de crowfunding dont le but est de recevoir assez d'argent pour acheter des locaux et surtout pour proposer à d'autres femmes victimes d'attaques de les employer.

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Rita et Laxmi pendant la séance photo.

"De belles femmes qui inspirent le courage et l'optimisme"

Lorsqu'on lui a demandé s'il pouvait réaliser un shooting photo pour donner de la visibilité à la marque, Rahul Saharan, photographe indien de 24 ans, n'a pas hésité. Alors qu'il participe depuis deux ans à l'association, c'était le moyen pour lui de "leur rendre le respect qu'elles méritent". En effet, il explique dans une interview accordée à Mic :

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Les personnes réagissent de deux manières face à des victimes d'attaques à l'acide, soit par un rejet complet, soit par de la compassion. Mais nous avons voulu montrer leur côté émotionnel et normal.

Avant d'ajouter : "derrière les caractéristiques physiques déformées de ces femmes, qui ont subi un crime violent, il y a de belles personnes qui inspirent le courage et l'optimisme". Lors du shooting, il n'imaginait pas encore l'engouement que ses photos et le projet allaient susciter, notamment sur son Facebook, pour que Rupa puisse réaliser son rêve.

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Rita et Laxmi pendant la séance photo.

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(Crédits Images :  Rahul Saharan)

Par Anaïs Chatellier, publié le 20/08/2014