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Umaniwear, ou le reflet d’une mode culturelle et cosmopolite

Rencontre avec Umaniwear, la jeune marque parisienne qui souhaite briser les frontières et déconstruire les clichés culturels en travaillant avec des artistes en exil.

À seulement 24 ans, Salomé Martin-Darras vient de lancer Umaniwear, sa marque de vêtements, qui met un pays et sa culture à l’honneur à travers chacune de ses collections capsules. Nous avons eu un réel coup de cœur pour ce projet unique en son genre. Retour sur cette rencontre particulièrement enrichissante.

La mode, réel moyen d’expression

Après avoir vécu en Chine, Italie, Sénégal, Irlande, Zimbabwe, États-Unis ou encore en Angleterre, Salomé Martin-Darras décide finalement de poser ses valises à Paris en octobre dernier. Très vite, son projet Umaniwear prend forme.

"La mode était selon moi le moyen le plus facile de faire passer des messages car c’est l’art le plus commercialisable. Les vêtements Umaniwear ont une réelle signification culturelle et historique."

Elle poursuit : "Je n’ai jamais vécu en France auparavant mais je regardais souvent ce qui se faisait en matière de mode à Paris. J’ai toujours aimé acheter des tissus typiques des pays où je vivais, je les adaptais ensuite à la mode française. C’est exactement ce que j’essaie de faire aujourd’hui avec Umaniwear."

Telle une synthèse de leur vie, à elle et son petit copain, Umaniwear regroupe passion et engagement, un très gros projet pour lequel elle a dû laisser son ancien job au sein de Google.

Umaniwear ou le souhait de déconstruire les stéréotypes sur les cultures

Bien plus qu’une énième marque de mode, Umaniwear souhaite déconstruire certains stéréotypes sur les cultures, encore bien trop présents. Abattre les frontières par le biais de la mode, tel est leur dessein. Pour cela, Salomé Martin-Darras travaille avec l’Atelier des artistes en exil, une association parisienne qui traite du thème de l’exil à travers l’art. Et l’un des enjeux principaux de la marque, c’est de pouvoir aborder ce sujet à travers le vêtement.

C’est notamment avec la danseuse syrienne Yara Al Hasbani que la jeune femme a choisi de travailler pour cette première collection. Extrêmement connue à Damas, Yara Al Hasbani performait dans les théâtres les plus prestigieux avant de devoir fuir son pays. C’est elle la protagoniste de ce premier clip qui promeut leur capsule. Salomé nous confie qu’elle voulait "lui montrer qu’elle pouvait également réussir sa carrière ici".

"Nous avons également travaillé avec le sculpteur Mehdi Yarmohammadi, il a réalisé deux sculptures pour l’un de nos événements", ajoute la jeune femme.

Très préoccupé par la condition actuelle des exilés, le jeune couple essaie de se connecter au maximum avec ces derniers en collaborant avec eux, afin notamment de mettre en lumière leur travail. "Certains sont mannequins, d’autres musiciens… Ils sont globalement tous dans des situations extrêmement précaires, ils arrivent le matin à l’asso après avoir passé la nuit dehors", poursuit-elle.

La Chine, le premier pays mis à l’honneur

Honorer les différentes cultures, c’est ce à quoi aspire cette nouvelle marque atypique. Pour leur première collection, c’est la Chine qu’ils ont décidé de mettre à l’honneur. On retrouve alors des jupes, des vestes et des hauts en soie chinoise brodée, des T-shirts en coton aux motifs à fleurs ou encore des chemises en lin ornées d’inscriptions chinoises.

L’appropriation culturelle est l’une des polémiques récurrentes au sein du milieu de la mode, et le jeune couple en a pleinement conscience. Sûrs de leur approche mais précautionneux dans leur démarche, ils nous expliquent que selon eux l’appropriation culturelle, c’est lorsqu’il y a "un simple but marchand". Ils poursuivent :

"On pourra être taxés d’appropriation culturelle, et ce, même si nous faisons les choses bien. C’est l’un des risques que l’on prend avec Umaniwear. On prend la peine de faire nos vêtements dans le plus grand respect des cultures. Pour cette capsule, nous sommes allés chercher les tissus directement en Chine, ils sont ensuite confectionnés dans un atelier parisien."

Salomé nous explique que, selon elle, l’énorme limite à ne pas franchir, c’est de porter des vêtements traditionnels. "On essaie de promouvoir la culture chinoise, pas de la voler. On a plein de potes chinois et ils adorent notre projet car ça leur rappelle leur enfance", ajoute-t-elle.

Pour cela, Umaniwear prend le temps de soutenir une culture et un pays à travers son compte Instagram. Ils communiquent et mettent en avant le travail de plusieurs artistes.

"Notre but ultime, c’est de réussir à plaire aux pays sur lesquels on travaille, on adorerait voir des Chinois porter ce que l’on fait", concluent-ils.

Umaniwear, des vêtements intemporels

Umaniwear, c’est le souhait de rester dans l’air du temps sans pour autant suivre les tendances d’aujourd’hui. Pour cela, l’un des mots d’ordre de la marque c’est de créer des pièces intemporelles. Quant à la qualité de leurs collections, c’est bien évidemment toute leur force.

Chaque collection sera une édition limitée, "nous n’aurons jamais de rab puisque nous allons nous-mêmes chercher le tissu dans le pays en question", précise Salomé.

Elle poursuit : "je pense que notre marque n’a pas d’âge. Nous nous adressons principalement à des personnes qui partagent des valeurs et qui aiment l’art et les voyages."

Avec un style urbain et classique à la fois et une approche sociologique et engagée, Umaniwear parle à toutes et à tous, et c’est toute la force de celle-ci.

Des projets plein la tête

Cette première collection – qui a été mise en ligne dès juin dernier – sera disponible jusqu’à la fin de l’année. La prochaine sortira en 2019. Ils espèrent ensuite pouvoir réaliser deux collections par an. Umaniwear n’a pas encore de boutique, ils enchaînent les pop-up stores en espérant pouvoir avoir un jour leur propre espace collaboratif "où les artistes viendront pour s’exprimer", précise Salomé.

Enfin, si le jeune couple ne pense pas encore à travailler avec d’autres marques, il souhaite vivement développer leurs collaborations avec de nombreux artistes. "On adorerait rencontrer le photographe chinois Li Wei", confie Salomé.

Umaniwear, c’est un projet unique en son genre. C’est l’envie de mettre en lumière des artistes du monde entier, de populariser les cultures ou encore de déconstruire des clichés. C’est également la preuve que l’art a besoin de la mode car elle a un pouvoir de diffusion et d’interaction. Le vêtement peut avoir un aspect sociologique, voire anthropologique, et Umaniwear en est la preuve.

Pour plus d’infos, c’est par ici.

Par Manon Baeza, publié le 01/08/2018