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Un titre culte, un comics récompensé et de la SF : voici les 10 meilleures BD de février

Publié le

par Arthur Cios

Tous les mois, Konbini vous dévoile les BD préférées de la rédaction. Et ce mois de février 2021 était riche en aventures.

Plus de 5 000 bandes dessinées sont commercialisées chaque année, soit en moyenne 14 par jour (!). S’il y a de quoi se perdre dans ce flux permanent de sorties, ce n’est pas une raison pour passer à côté de certaines pépites.

Tous les mois, Konbini vous propose une sélection de coups de cœur divers et variés, pour qu’en fonction de vos goûts, vous soyez sûr de trouver la perle rare. Roman graphique, BD à l’ancienne, comics, manga : il y en a pour tous les goûts !

Alt-Life 2
de Joseph Falzon et Thomas Cadène

Rares sont les BD françaises qui cherchent à dépoussiérer le genre du récit SF dessiné. Mais derrière les Ugo Bienvenu et Mathieu Bablet, se cachent des pépites qui méritent autant de reconnaissance. C’est le cas du premier Alt-Life de Falzon et Cadène, un livre fou qui suit deux cobayes partis vivre dans un monde virtuel pour échapper à une existence plate sur une Terre mourante. Un monde où ils contrôlent tout, de ce qu’ils voient à ce qui les entoure. Une réflexion sur leur désir, sur l’épanouissement d’un être quand tout est faux.

Après un premier volet exemplaire, les deux papas sont de retour, pour raconter la suite des aventures de Josiane et René, qui ne sont plus tout seuls et cherchent les limites de leur monde. Que ce soit en devenant des similis dieux ou en cherchant le sens de leur existence. En réalité, sous couvert d’exploration, les personnages entreprennent une succession de discussions philosophiques, de réflexions sur notre époque. Une histoire d’anticipation folle et d’une justesse rare, pour ce qui semble déjà être l’un des meilleurs albums que 2021 pourra nous fournir. [AC]

Les Amants d’Hérouville
de Romain Ronzeau, Thomas Cadène et Yann Le Quellec

Cet ouvrage très complet raconte l’histoire des studios d’Hérouville et de leur créateur Michel Magne, compositeur de musique de films souvent cheloues et touche-à-tout grandiose. Surtout, ce livre raconte cette histoire incroyable de la musique pop, on y croise Elton John, Jacques Higelin, Magma ou Grateful Dead, par le prisme d’une romance tourbillonnante, celle de Michel et Marie-Claude.

Habilement structuré avec de nombreux allers-retours dans le temps et des mélanges parfaits entre dessins, textes et photos, cette bande dessinée touche du doigt de superbes trajectoires artistiques de l’après-guerre. Et elle prend racine dans un lieu unique, le château d’Hérouville, à quelques kilomètres de Paris, qui a connu ses heures de gloire dans les années 1970.

À la manière du Asterios Polyp de David Mazzucchelli ou même, encore plus proche, du Haddon Hall de Néjib sur la jeunesse de David Bowie, Les Amants d’Hérouville rend un hommage superbe au génie d’avant-garde mais torturé de Michel Magne à travers les yeux de Marie-Claude, son amour, et son château, sa musique et ses studios. Très documenté et magnifiquement illustré, Les Amants d’Hérouville est la BD biographique du moment, sombre et éclatante à la fois. [ACh]

Le Cri du peuple
de Tardi et Vautrin

C’est l’album indispensable de ce début d’année. Quand un auteur légendaire s’attaque à un des plus importants événements de l’histoire de France, dans une œuvre culte rééditée pour la première fois en édition intégrale, on se doute qu’il ne faut pas passer à côté. Et spoiler : c’est le cas. Le Cri du peuple, qui ressort chez Casterman dans un album sublime, est une claque pour tous ceux qui n’auraient jamais mis la main dessus auparavant, que l’on soit fan de son auteur ou tout à fait novice.

Cette relecture du bouquin de Jean Vautrin qui narre les événements de la Commune de Paris, dont on fête le 150e anniversaire cette année, par le grand Jacques Tardi (le papa d’Adèle Blanc-Sec, des adaptations de Nestor Burma) est une claque folle. Un exemple rare de narration, qui use d’une pléthore de personnages, dans une enquête policière qui sert de double leçon d’histoire. Une leçon sur cet événement historique, bien sûr, et une autre sur cet art majeur qu’est la bande dessinée. [AC]

I Am the Eggman
de José Parrondo

I Am the Eggman est à la base un strip de quatre cases hyper ingénieux, posté sur les réseaux sociaux, page par page, par son auteur, le Belge José Parrondo, pendant toute l’année 2020. Il met en scène un personnage tout simple et sans parole, le maintenant célèbre Eggman, dans des situations qui mélangent absurde et expérimentation visuelle. Après plus de 300 planches publiées sur Internet, l’Association en a édité un superbe recueil en format italien très costaud et plaisant.

I Am the Eggman est impossible à résumer, c’est une invitation au voyage et à l’oubli. Chaque petite péripétie se suit comme une grande aventure où les proportions, les lignes de fuite et les perspectives changent à chaque instant. D’apparence très simple, Eggman est pourtant bourré de technique et de poésie, entre Alice au pays de merveilles et Placid et Muzo, entre l’absurde et la recherche, le tangible. Avec ses multiples interprétations ludiques, I Am the Eggman risque de devenir un classique de votre table de chevet. Pour un dernier voyage avant de dormir. [ACh]

Éveils
de Juliette Mancini

(© Atrabile)

Pour son deuxième album, Juliette Mancini a troqué les crayons de papier de son incroyable De la chevalerie pour piocher dans sa trousse à crayons de couleur. Un changement loin d’être uniquement esthétique et qui colle parfaitement avec ce qu’a voulu raconter son autrice : l’éveil.

L’éveil des sens, de la sensualité, des réflexions sur le monde qui nous entoure, des angoisses, de l’injustice, des attentes des autres… Ce livre raconte la manière dont l’artiste a pris conscience de son existence, et de celle de ce qui fait son quotidien, dans tout ce qu’il y a de plus laid, comme de plus intéressant. Le tout avec une pudeur et une intelligence folle, qui construisent et déconstruisent tout un discours, et qui réussissent l’exploit de parler de nous tous en ne parlant que d’elle. 

Pas forcément facile, mais néanmoins indispensable. [AC]

Le Goût de la nectarine
de Lee Lai

(© Sarbacane)

Les récits qui racontent des tranches de vie quotidienne en prenant des personnages que l’on ne voyait que trop peu jusque-là commencent enfin à émerger. Mais cela serait trop réducteur de clamer que la BD australienne de Lee Lai se réduit à cela. Elle demeure, plus que tout, une belle histoire, déchirante mais terriblement attachante.

On y suit un couple, Bron et Maxine, qui s’aiment malgré toutes les difficultés de leur situation. Face aux crises vécues, la première décide de retourner dans sa famille croyante qui l’avait rejetée quand elle avait révélé être une femme trans. Comme pour se rappeler du pourquoi ce couple tient. Une bien belle histoire, même si pas des plus joyeuses, où l’on parle autant de la dépression que de l’amour qui détruit. Que ce soit dans de beaux dialogues, ou des moments où l’ennui semble transparaître.

Un très beau titre. [AC]

Middlewest, Volume 2 : Fear
de Skottie Young et Jorge Corona

(© Urban Link)

Sorte de Pinocchio revisité par deux noms connus des fans de comics, Middlewest est un drôle d’objet. Il s’agit bien d’une espèce de comics, publié par Urban Comics (sous sa branche Urban Link, qui se veut éloignée des super-héros habituels de la DC qu’il distribue habituellement, et plus proche des romans graphiques), sombre mais adolescent – et depuis peu auréolé du Prix des 12-16 ans du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême.

On y suit Abel, qui, pour fuir l’éducation violente de son père, Dale, quitte son foyer. Accompagné d’un renard que l’on décrit comme un "Jiminy Cricket" (ça ne s’invente pas), ce dernier part à la recherche de l’amour, qui donnerait enfin un sens à sa vie. Il pense la trouver chez les Hurst, des forains prêts à l’adopter. Mais est-ce vraiment le cas ? Et Dale va-t-il le laisser refaire sa vie loin de lui ?

Quoi qu’il en soit, ce deuxième volet d’une trilogie bientôt culte impressionne toujours autant par l’ampleur de son aventure, son trait très droit et ce qu’il cherche à raconter. [AC]

Papa aux enfers
de Léon Maret

© editions 2024

Papa aux enfers est un livre inclassable qui envoie le monde de la bande dessinée dans celui du "cherche-et-trouve" à la Où est Charlie ? Léon Maret s’y amuse à créer des centaines de monstres sur des pages hors normes, avec un mélange d’humour et de dégoût. Son bestiaire s’enrichit de page en page, entre littérature jeunesse pour adulte et parcours initiatique de combat contre la mort.

En référant les lieux du quotidien comme étage possible des enfers qu’il traverse, le personnage principal de Papa aux enfers décortique la parentalité avec un humour grinçant et poétique. La mise en couleurs et la grande édition signée 2024 ajoutent un dernier mix des genres, comme pour rappeler aux parents leurs multiples lectures d’histoires en boucle avant le sommeil de l’enfant. Papa aux enfers est un livre étrange et unique et on a toujours envie d’y revenir pour revoir son monstre préféré ou son étage le plus délirant. [ACh]

Scum
de Théa Rojzman et Juan Bernardo Muñoz Serrano

(© Glénat)

Pour le commun des mortels, le nom de Valerie Solanas ne résonne pas trop. Pour les connaisseurs d’art et d’anecdotes, il s’agit de la femme qui a tenté de tuer Andy Warhol. Pour les militantes et activistes, une pionnière du féminisme radical, une figure importante et trop peu connue. Pour l’autre, Théa Rojzman, c’est autre chose.

L’entreprise ici est de raconter la vie de cette personne, de cette artiste, de cette intellectuelle à qui l’on doit le SCUM Manifesto (Society for Cutting Up Men), pamphlet important anticapitaliste et féministe. Une biographie sombre, crade, punk sur les bords, surréaliste et schizophrène (comme son objet d’étude) par moments, mais foncièrement important. [AC]

Search and Destroy / Dororo
d’Atsushi Kaneko / d’Osamu Tezuka

Search and Destroy (© Delcourt)

Le premier est sorti en 2018 ; l’autre, dans les années 1960. Les deux viennent de sortir en France, dans une édition intégrale sublime pour le deuxième. Et si le nouveau est un remake du deuxième, on ne saurait que trop vous conseiller de vous pencher sur chacune des œuvres.

Car si le récit originel de Tezuka est bien sûr culte et d’une splendeur folle pour tous les amateurs des vieux mangas, la relecture moderne et sombre, glauque et punk, qu’en fait Kaneko est très intelligente. Déjà, parce que l’androïde aidant Dororo est désormais une femme bien trop badass, mais surtout parce qu’il métamorphose le récit de samourai initial en tout autre chose. Un manga qui tend autant vers la force, que vers le monstrueux. Violent, mais incroyable. [AC]

Bonus

  • Nellie Bly, dans l’antre de la folie de Virginie Ollagnier et Carole Maurel : la naissance du reportage d’investigation et de terrain, avec cette histoire folle (mais vraie) de Nellie Bly, sur fond d’une grande injustice. Fichtrement efficace.
  • Tank Girl Forever d’Alan Martin et Brett Parson : toujours aussi beau, toujours aussi cool. Tank Girl, Forever.
  • Poussière de Geoffroy Monde : suite et fin d’une trilogie SF aboutie et réussie, que les amateurs du genre apprécieront fortement.
  • Soleil mécanique de Lukasz Wojciechowski : le Polonais continue d’explorer son art, avec un nouveau livre pondu sur Autocad (logiciel d’architecture). Toujours aussi enchanteur, toujours aussi beau.
  • Peindre ou ne pas peindre de Philippe Dupuy : intégrale des deux volets consacrés à Man Ray et Paul Poiret, un livre d’art qui va piocher autant dans la philosophie que l’esthétique. Une pépite.
  • Les Enquêtes de Sgoubidou de Cathon : recueil potache et absurde d’enquêtes pastiches, entre Le Club des 5 et Ludo Détective. Et bien sûr avec l’âme de Scooby-doo en prime, un must !

Article écrit en collaboration par Arthur Cios et Aurélien Chapuis.

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