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Des samouraïs, un titre culte et de l’aventure : voilà les 10 meilleures BD de janvier

Publié le

par Arthur Cios

Tous les mois, Konbini vous dévoile les BD préférées de la rédaction. Et ce mois de janvier 2021 contenait son lot de pépites.

Plus de 5 000 bandes dessinées sortent et sont commercialisées chaque année, soit en moyenne 14 par jour (!). S’il y a de quoi se perdre dans ce flux permanent de sorties, ce n’est pas une raison pour passer à côté de certaines pépites. Tous les mois, Konbini vous propose une sélection de coups de cœur divers et variés, pour qu’en fonction de vos goûts, vous soyez sûrs de trouver la perle rare. Roman graphique, BD à l’ancienne, comics, manga : il y en a pour tous les goûts !

1984
de Xavier Coste

(© Sarbacane)

Depuis le 1er janvier 2021, le célèbre roman de George Orwell, 1984, qui raconte un monde où la société est surveillée de toute part, est tombé dans le domaine public. Comprendre que quiconque peut s’approprier l’œuvre sans avoir à payer des droits d’adaptation. Hasard ou non, quatre bandes dessinées sont sorties dans la foulée, basées sur le bouquin culte – qui a été beaucoup cité ces derniers mois.

Mais une sort du lot : la version de Xavier Coste pour Sarbacane est un exemple de réussite dans le genre. Avec des dessins d’une noirceur profonde, un trait affiné et des images presque aussi fortes que l’écrit paranoïaque et original, cette BD est un exploit. Une pépite, sublime au demeurant, et d’une intensité glaçante. [AC]

Des assassins
de Chen Uen

(© Patayo Editions)

Il existe des bouquins dans lesquels la forme compte plus que le fond. Et ce n’est pas forcément grave. Le plaisir de feuilleter les pages d’une bande dessinée, époustouflé par les dessins de l’artiste, est tout aussi important que celui d’être emporté par le récit. Et quand les deux sont sublimes ?

On pensait typiquement que Des assassins ne serait qu’une immense claque visuelle, que chaque case aurait pu être imprimée en grand et affichée dans notre salon. Ce qui est le cas. Sauf que le récit est tout aussi fort. Adaptant le portrait de cinq grands assassins sous la dynastie Zhou du célèbre historien chinois Sima Qian, le Taïwanais Chen Uen vulgarise et rend accessible un pan de l’histoire chinoise. Le résultat donne le vertige. [AC]

Blanc autour
de Wilfrid Lupano & Stéphane Fert

(© Dargaud)

Alors que l’on pense connaître dans les grandes lignes toutes les horreurs et les actions entreprises contre les Afro-Américains pendant la ségrégation, Blanc autour vient parler de ce sujet ô combien important, via un prisme méconnu : l’impossibilité pour les jeunes filles noires de recevoir une éducation traditionnelle.

Le récit se base sur une histoire vraie, à savoir celle de la première institutrice à avoir autorisé des élèves noires à entrer à la Canterbury Female Boarding School, un pensionnat dans le Connecticut, en 1832 – soit trente ans avant l’abolition de l’esclavage. Une BD poignante, très forte et indispensable. [AC]

Les Lames d’Ashura
de Baptiste Pagani

(© Ankama)

La comparaison avec Mad Max semble évidente. Et pourtant, ce western se déroulant en Asie du Sud-Est dérive vers quelque chose de différent. Une chose est sûre : le nouveau one-shot de Baptiste Pagani, qui nous avait déjà impressionnés avec le génial The Golden Path, est une réussite.

On y suit une bande de pirates, menée par Ashura, qui traque les trains de Kalandra pour des braquages de haut vol, et qui va devoir apprendre à grandir sans sa mère spirituelle. La transmission, l’héritage, la gestion d’un clan et la peur du futur vont devenir les nouvelles inquiétudes des trois trublions. Le tout dans un univers d’une richesse rare, et vraiment abouti. [AC]

Le long des ruines
de Jérémy Perrodeau

(© 2024)

Le postulat de base est déjà très intéressant, mais ce qu’en fait Jérémy Perrodeau est d’un tout autre niveau. Ici, on peut, via une technologie mise au point par Samuel F. Monroe, entrer dans la psyché d’une personne dans le coma. Mais la mise en application est particulière.

Convoquées par une riche famille dont la fille est malade, Monroe et la sœur de cette dernière plongent dans la tête de la jeune femme. Ses songes prennent la forme de grands paysages sublimes, et le bouquin devient alors un road trip d’aventure, façon bud movie ou thriller impressionnant par la profondeur de son récit et l’ampleur de ses décors. De la belle SF comme on n’en voit pas assez. [AC]

Oleg
de Frederik Peeters

(© Atrabile)

Peeters est un auteur qui s’est fait un nom en racontant son histoire (la sienne, et celle de sa compagne en l’occurrence) dans Pilules bleues. Il aura fallu 20 ans pour que l’auteur, qui s’est aussi fait un nom dans le monde de la BD SF (dernièrement avec Saccage, mais on pense à plusieurs de ses séries, dont Aâma par exemple), retente l’exercice.

La différence, cette fois, est que le Suisse n’utilise pas la première personne mais un alter ego, Oleg (Oleg, l’ego, vous l’avez ?). Oleg est dessinateur de BD depuis 20 ans et perd l’inspiration. Il dit ne plus comprendre le monde, alors même que son métier est de le raconter. 180 pages durant, Peeters nous dévoile son monde, son quotidien, ses craintes et ses réflexions – et c’est passionnant. [AC]

Thérapie de groupe 2
de Manu Larcenet

(© Dargaud)

Pour cette suite, Manu Larcenet va encore plus loin avec un album visuellement jouissif et un contenu vraiment salvateur. Les pérégrinations créatives de l’auteur en panne d’inspiration permettent ironiquement de creuser une histoire de l’art personnelle, faisant référence à Bosch et Brueghel l'Ancien, croisant les mots de Baudelaire, Boileau et Nietzsche. En prenant le poème "L’Albatros" de Charles Baudelaire comme référence pendant une grande partie du livre, Larcenet se met à la place de ce voyageur ailé face à l’incompréhension de la société.

Larcenet dresse un véritable état des lieux des affres de la création et de la place de l’artiste dans la société. Il parle de lui-même, en changeant de style à toutes les pages, voire à toutes les cases. On va du classique à l’art contemporain en passant par des formes psychédéliques aux couleurs éclatantes ou encore un western en noir et blanc.

Ce deuxième volume, nommé Ce qui se conçoit bien, montre que la panne créative de Manu Larcenet n’en est vraiment pas une. L’auteur se reconstruit visuellement tout en offrant plus à voir sur son intimité et sa façon d’envisager les choses. En épousant totalement sa condition et en acceptant sa maladie, Larcenet offre des ouvrages sincères et uniques, drôles et touchants. [ACh]

Tunnels
de Rutu Modan

(© Actes Sud BD)

On attendait le grand retour de Rutu Modan depuis bien longtemps. Après deux premiers albums multi-récompensés (dont le dernier, La Propriété, qui a eu le prix spécial du jury d’Angoulême en 2013, et le prix Eisner, excusez du peu), l’autrice et dessinatrice israélienne rompt son silence de huit ans avec un nouvel album, peut-être son plus beau.

Sur fond d’archéologie et de recherches de l’arche de l’alliance (un coffre biblique trouvé au cinéma par Indiana Jones, et qui se situerait dans ce récit quelque part enfoui sous la frontière israélienne et palestinienne), Modan use de sa malice pour pondre un récit tragicomique dense et malin sur le conflit israélo-palestinien, qui fait tantôt sourire, tantôt froid dans le dos. [AC]

Shanghai Chagrin
de Léopold Prudon

(© L’Association)

Ce n’est sans doute pas la bande dessinée la plus "feel good" de la sélection de ce mois-ci, mais c’est l’une des plus belles. Autant sur le fond que sur la forme. Le point de départ est la mort du père de l’auteur, Léopold Prudon. Pour faire son deuil, ce dernier décide de tout plaquer (ou presque), et de partir vivre un an à Shanghai. Alors même qu’il ne connaît rien de la Chine.

On se balade avec lui, une centaine de pages durant, dans les décors sublimes de la mégalopole, tandis que l’auteur nous récite des vers ou que l’on assiste à des discussions lambda. Avec beaucoup de pudeur, Prudon donne naissance à une vraie introspection sur la perte de quelqu’un, sur la solitude et le besoin de s’évader. Et à l’heure actuelle, étrangement, cela fait beaucoup de bien. [AC]

Yojimbot
de Sylvain Repos

(© Dargaud)

De la science-fiction, des samouraïs, des robots, de la survie, des combats de sabre, des décors japonisants et un enfant : la recette va piocher dans différents univers pour ce récit d’initiation, le premier de Sylvain Repos.

Nous sommes en 2241, au Japon. Les humains ne peuvent plus vivre sur Terre, planète devenue inhabitable pour eux. Seuls les robots continuent d’errer. Jusqu’au jour où l’un d’eux, un Yojimbot (robot samouraï), découvre Hiro, qu’il va sauver, comprenant que son destin est lié à celui de l’humanité. Un premier tome solide, qui annonce une bien belle saga. [AC]

Bonus

  • Carnet de manifs de Cyril Pedrosa et Loïc Sécheresse : quand deux dessinateurs brillants traînent dans un tas de manifestations (gilets jaunes, climat, féminisme) pendant un an, il en sort un recueil de dessins puissants et importants sur notre époque.
  • Chronique de jeunesse de Guy Delisle : les reportages autobiographiques de Guy Delisle continuent avec sa BD peut-être la plus personnelle. 
  • Pacific Palace de Christian Durieux : Dupuis continue à offrir la possibilité à des dessinateurs de tout horizon de s’approprier le célèbre groom au chapeau rouge, et cette version de Spirou confiné avec un dictateur est sublime et très tendre.
  • 11 407 vues de Vincent Brunner et Claire de Gastold : la recherche du buzz, le complotisme, le cyberharcèlement. À l’heure des smartphones et de YouTube, les tracas quotidiens de cinq ados sont racontés avec beaucoup d’intelligence dans cette petite BD.
  • Une gamine dans la lune de Nicole Claveloux : ce nouveau volet aux éditions Cornelius, recueil des petits récits de l’artiste culte, est toujours aussi délicieux, dérangeant et donc obligatoire.
  • Tomino de Suehiro Maruo : la traduction de la dernière saga du monstre du manga érotico-grotesque et glauque au possible, Suehiro Maruo, est une porte d’entrée dans l’univers du mangaka, étant l’une de ses œuvres les plus softs et accessibles – pour l’instant.

Article écrit en collaboration par Arthur Cios et Aurélien Chapuis.

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