(© JeanLouisFernandez)

Qui était Valerie Solanas, la féministe radicale qui a tenté d'assassiner Andy Warhol ?

L'intellectuelle américaine reprend vie dans La Faculté des rêves sur la scène du Théâtre du Nord.

Valerie Solanas fut une enfant victime de violences sexuelles avant d'être étudiante star de l’université du Maryland, puis sans-emploi, droguée et prostituée. Elle était chercheuse, dramaturge, queer avant l’heure, révolutionnaire et misandre. Elle était violente, extrême et drôle. C’était une figure féministe avant-gardiste, complexe et paradoxale, à laquelle Christophe Rauck, metteur en scène au Théâtre du Nord, a décidé de s’attaquer.

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Pour nous donner à voir, à entendre et à comprendre Valerie Solanas, il adapte sur scène La Faculté des rêves, le roman de Sara Stridsberg. Car de Valerie Solanas, on ne sait que peu de choses.

De ses écrits, il ne reste que le SCUM Manifesto (pour "Society for Cutting up Men"), un pamphlet féministe radical qui déclare la toute-puissance de la femme et sa supériorité sur l’homme, "cette femme ratée". Sa mère, Dorothy Solanas, a brûlé tous ses écrits après sa mort. Mère absente, elle a pourtant hanté la vie de sa fille et ne cesse donc de faire d’absurdes apparitions sur scène.

Des actes de Valery, on ne retiendra que sa tentative d’assassinat d’Andy Warhol, de trois coups de revolver dans le torse. Déclaré cliniquement mort, Warhol survivra finalement mais restera changé à jamais. Avant de tenter de le tuer, Valerie Solanas a entretenu une relation ambiguë avec Warhol. Entre amour et admiration, elle a également été le sujet de son art et, durant ses années new-yorkaises, Solanas a beaucoup fréquenté la Factory, l’atelier du pape du pop art américain, lieu de débauche et de création.

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La mise en scène et les costumes sont minimalistes et épurés, du noir, du blanc et une balancelle, symbole du viol paternel. En revanche, quand l’action se déplace entre les murs de la Factory, le plateau se pare d’un manteau pop, aux couleurs, aux formes et aux symboles actuels qui retranscrivent l’avant-gardisme de Warhol et, en fond, des images qui nous transportent au cœur de Greenwich Village.

(© Jean Louis Fernandez)

Mais Warhol finira lui aussi par se désintéresser de Valerie Solanas et perdit l’unique exemplaire de sa pièce Up Your Ass, qui ne sera retrouvé que trente ans après sa mort dans une malle, alimentant ainsi la névrose obsessionnelle de son auteure.

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Dans cette pièce pensée en une succession de scènes courtes, comme des Polaroid, le procès de Valerie Solanas constitue la pièce maîtresse et introduira chaque nouveau chapitre de sa vie. Elle qui ne voulait pas d’avocat a organisé sa défense autour de cette déclaration : "Lisez mon manifeste, il vous dira qui je suis."

Bien que l’on ait refusé d’enregistrer ses déclarations au procès, la phrase "souvenez-vous que je suis la seule femme ici qui ne soit pas folle" reviendra à maintes reprises dans la bouche de Cécile Garcia-Fogel, la comédienne qui interprète Solanas, capable de jongler entre l’innocence de l’enfance et la provocation ou la vulgarité d’une femme mûre.

La vie de cette féministe radicale est peu connue du grand public. Christophe Rauck a donc pris le parti de nous proposer ce récit par le prisme d’une narratrice qui nous sert de fil conducteur. En guise de support visuel, un grand écran vitré sur lequel sont projetés du texte, des images, des dates et des citations pour nous servir de repères chronologiques occupe la scène.

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(© Jean-Louis Fernandez)

Suite à sa tentative de meurtre sur Andy Warhol, Valerie Solanas été internée pendant plus de dix ans. Elle sera retrouvée morte à l’âge de 52 ans des suites d’une overdose dans la solitude d’un petit hôtel de San Francisco. Son corps sera découvert cinq jours après sa mort, rongé par les asticots.

Par Manon Marcillat, publié le 23/01/2020