Pourquoi la réaction d’Internet au cambriolage de Kim Kardashian est inacceptable

Le cambriolage dont a été victime la star américaine a déclenché une vague de haine sur le Net.

Une mère de famille est assise chez elle à 3 heures du matin. Son mari travaille et ses enfants sont avec leur grand-mère. Elle est seule. Quelqu’un frappe à la porte, et quand elle répond, cinq hommes en tenue de policier déboulent dans l’appartement. La femme est ligotée dans la baignoire pendant que les cambrioleurs prennent tout ce qu’ils peuvent. Quand elle supplie pour rester en vie et parle de son bébé, on lui met du ruban adhésif sur la bouche. Hilarant, nan ?

On a appris hier dans tous les journaux que Kim Kardashian a été cambriolée par des hommes armés dans son hôtel parisien dans la nuit du dimanche 2 au lundi 3 octobre. Et comme pour tout ce qui concerne les Kardashian, Internet a son mot à dire.

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Il est indéniable que toute la famille,  à commencer par Kim, divise l’opinion. Soit elle est perçue comme super-trash, soit comme une icône féministe. Personnellement je la classe dans la deuxième catégorie. Mais ce papier n’est pas la lettre d’amour d’une fan, c’est un message de compassion vis-à-vis de la vague de haine typique de l’ère du Web qu’a suscitée ce fait divers.

Il y a deux manières de juger Kim Kardashian, subtilement, ou sans détour. Les médias comme la BBC ou le Daily Mail ont tendance à être suffisamment subtiles quand ils traitent des Kardashian pour influencer leur lecteurs sans qu'ils s’en aperçoivent forcément.

Exemple : Le 28 septembre, Kim a été piégée par le trublion ukrainien Vitalii Sediuk. Le même qui a voulu se glisser sous la jupe d’America Ferrara sur le tapis rouge de Cannes, ou qui a essayé de soulever la top-modèle Gigi Hadid. Dans les rues de Paris, le 28 septembre, il avait déjà attrapé la jambe de Kim Kardashian et essayé d’embrasser son légendaire postérieur.

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Le site officiel de la police américaine définit une agression sexuelle comme le fait de toucher intentionnellement quelqu’un d’une façon sexuelle sans son consentement. L’attaque de Vitalii Sediuk correspond à cette définition. Alors pourquoi la BBC l'a-t-elle qualifiée de blague ?

Quant au Daily Mail, s’il ne titre pas "Elle est riche, elle l’a bien cherché", il consacre un article entier au luxe et au standing de la résidence parisienne où le cambriolage a eu lieu. Il est vrai que la fortune de Kim Kardashian est estimée à 85 millions de dollars. Une perte de 10 millions ne va pas vraiment la mettre dans le rouge. Sur Twitter, les internautes n'ont eu pas eu la retenue du Daily Mail ou de la BBC. L'incident a clairement donné le top départ d'une séance de cassage de sucre dans les règles de l'art :

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"Que les français tolèrent la terreur islamique radicale est une chose, mais laisser Kim Kardashian vivre, c’est inacceptable."

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"Breaking News. Kim Kardashian menacée à bout portant pour qu’elle se rhabille."

"Une arme pointée sur Kim Kardashian et les seuls biens volés ont été ses bijoux parce que lui faire enlever ses vêtements n’était pas nécessaire."

"Je suis plutôt content que quelqu’un ait eu les couilles de cambrioler Kim Kardashian, cette famille tout entière craint."

La twittosphère française a même été beaucoup plus loin avec la création d’un hashtag moqueur très sombre : #OnTaLigoteCommeKimK, prétexte à toute sorte de dérives. Des attaques dirigées contre Kim à des comparaisons étranges jusqu’à la blague vaseuse de l’émission "On va plus loin" sur la chaîne Public Sénat qu'on n'attendait pas dans ce registre.

Imaginons une seconde qu’on remplace le nom de Kim Kardashian par celui de Bill Murray. Ce bon vieux Bill est une célébrité pour qui tout le monde a de l’affection. Verrait-on des tweets qui disent : "Comment ces voleurs ont-ils osé le laisser en vie ?"

Je ne pense pas. Bien sûr ils sont différents. C’est un homme, il a une longue carrière derrière lui, et il est reconnu pour son talent. Mais ce sont tous les deux des êtres humains. Alors pourquoi quand l’un mérite de l’empathie, l’autre récolte des insultes ?

À l’ère des réseaux sociaux et des magazines people qui n’arrêtent jamais de suivre les stars, nous sommes entrés dans une culture où nous croyons que les célébrités nous appartiennent. Nous les avons déshumanisées au point que nous croyons avoir le droit d’être fâché quand elles ne nous sont pas entièrement dévouées.

La vidéo ci-dessous a été prise au concert de Kanye West à New York le soir du cambriolage. À la fin de la chanson, on entend Kanye dire : "Désolé, j’ai une urgence familiale, ce concert est terminé." Alors qu’on peut entendre  la majorité des gens s'exclamer "Oh mon Dieu", "Ah merde!" ou "Qu’est-il arrivé à Kim ?", une femme énervée crie pour sa part : "Finis la chanson, Kanye, bordel !"

Il faut se souvenir qu’au-delà de leur richesse, de la manière dont elles sont devenues célèbres, et des vêtements qu’elles portent (qu’ils vous plaisent ou non), les stars sont bel et bien des personnes. Si Kim avait été tuée pendant ce cambriolage, North et Saint, ses enfants, se seraient retrouvés privés de leur maman.

Heureusement, il y a eu plus de peur que de mal pour Kim Kardashian. L'un de ses porte-parole a déclaré qu’elle était "très secouée mais qu’elle [n'était] pas blessée".

I my family

A photo posted by Kim Kardashian West (@kimkardashian) on

Traduit de l'anglais par Sophie Janinet

Par Trudy Barry, publié le 04/10/2016

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