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"Pédé", "fiotte", "gouinasse" : cette marque détourne les insultes homophobes

Publié le

par Pénélope Meyzenc

©Elliot Aubin

Porter un vêtement Super Nana Pride pour casser les codes et vider les insultes homophobes de leur sens.

"Pédé", "Fiotte", "Tarlouze", "Gouinasse" : nombreux sont ceux qui ne mesurent pas la portée de ces termes… et pourtant. "Oh mais ça va c’est pas méchant", "C’est pas si grave", "Mais c’est pas injurieux" se défendront ceux qui les emploient… et pourtant.

C’est de ce débat-là qu’est née la marque de vêtements Super Nana Pride. La créatrice Olivia Ledoux s’explique :  
"J’étais avec des amis en train de discuter de tous ces mots et certains étaient d’accord pour dire que ce n’était pas des insultes, ou du moins que leur emploi n’était pas malveillant. D’autres répondaient alors "Non c’est pas possible, tu ne peux pas dire ça !" C’est comme ça que j’ai commencé à me dire que ce serait intéressant de vider ces mots de leur sens".
Cette jeune graphiste de 27 ans s’est ainsi lancée dans la création de Super Nana Pride, en imaginant des T-shirts et bombers affichant ouvertement ces insultes homophobes pour les détourner. Aujourd’hui pour les membres de la communauté LGBTQ+, l’homophobie est un combat de tous les jours. Si elle se manifeste malheureusement par des violences physiques, les violences verbales ne sont pas à négliger. Selon une étude de l’Insee, 80 % des LGBTQ+ entre 2007 et 2016 (Enquête "Cadre de vie et sécurité") disaient avoir déjà entendu une insulte LGBTphobe. 
 
En créant ce label, Olivia Ledoux lance ainsi un message fort, et permet aux principaux concernés de se réapproprier ces insultes. 

Une petite provocation bien réfléchie

Dès la première sortie de ses créations, plusieurs personnalités militantes comme Ocean ont choisi de soutenir le mouvement, ce qui a permis de "démarrer la machine" comme le raconte la créatrice. Puis en quelques mois seulement, de nombreuses personnes se sont senties concernées par le projet, et s’y retrouvaient. Après l’adaptation du mot "fiotte", elle s’est donc petit à petit tournée vers d’autres injures. 
 
 
Marie Papillon est elle aussi l’une des premières à avoir souhaité donner de la visibilité au projet, en en parlant notamment à sa communauté :
"J’ai porté les vêtements spontanément, j’aime beaucoup la petite provocation bien réfléchie du message. Comme j’ai acquis une certaine visibilité moi-même grâce à Instagram, j’ai eu envie de lui donner de la force, à mon échelle, en soutenant son projet. J’aborde beaucoup le sujet de mon homosexualité sur les réseaux, et j’assume plus que jamais d’être une 'Gouinette'."

Il faut évidemment oser porter ses créations, mais comme le rappelle Olivia, l’idée n’est absolument pas de devenir une cible, mais de gagner en visibilité :

"Évidemment, chacun est libre de porter le vêtement dans le contexte qu’il souhaite, il ne faut pas oublier qu’il reste un objet de militantisme. Les gens le portent par fierté et si beaucoup ne se sentent pas à l’aise avec l’idée de le mettre, quand on leur explique ils comprennent la démarche".

Le concept rappelle bien sûr le T-shirt que portait Kiddy Smile en 2018 lors de sa performance à l’Élysée pour la fête de la musique, arguant fièrement "Fils d’immigrés, noir et pédé" pour protester contre le projet de loi asile et immigration. Mais cette fois-ci, Super Nana Pride a souhaité pousser l’idée encore plus loin pour que sa marque soit à la portée d’un maximum de personnes. 

Porter ces vêtements pour soutenir la communauté 

Pour parvenir à vider ces mots de leur sens, Olivia a choisi de miser sur l’esthétique pour casser les codes. Une typographie très travaillée pour un logo visuel et coloré : "L’idée, c’était de faire quelque chose d’hyper pop, qui pète et qui attire l’œil", explique-t-elle.
 
C’est aussi ce design qui donne un côté encore plus universel à ses créations. N’importe qui peut ainsi porter ces vêtements pour soutenir la communauté LGBTQ+ et prendre part à cette lutte contre l’homophobie ordinaire. 
 
L’objectif à terme serait de créer un effet de masse en utilisant ces créations comme réponse aux attaques verbales. Finalement, ces mots à connotations négatives deviendraient alors "des mots qu’on peut dire" comme ce fut le cas par exemple pour le terme "queer". Dans les années 90, ce mot qui signifie "bizarre" en anglais était une insulte envers la communauté lesbienne, homosexuelle et trans. Pourtant, ses membres ont su se le réapproprier, au point d’en faire le symbole de toute une communauté.

Des mots détournés de leur sens initial

Au passage, Olivia donne une petite leçon d’étymologie, pour que les gens qui emploient ces insultes puissent aussi se rendre compte de l’absurdité de leurs mots. Bien souvent, ces termes ont été détournés de leur sens initial pour devenir ces injures. Sur son site Internet, la marque remet alors les choses à leur place en donnant les bonnes définitions, ce qui rend d’autant plus ridicule l’emploi de ces termes. 
 
Pour "Tafiole" par exemple :

"Sens 1 : Péjoratif - Homme homosexuel.

Sens 2 : Péjoratif - Homme considéré comme peu viril.

Exemple : Parce qu’il manifeste une certaine sensibilité et un sens de l’écoute développé, certains de ses collègues disent de lui que c’est une tafiole. Je crois au contraire que, eux, sont des brutes."

 
Ou encore pour "Pédé" :

"Selon le dictionnaire Larousse PD (pédé) est une abréviation du mot 'pédéraste'. Tout comme 'pédéraste', pédé (PD) désigne l’attirance d’un homme adulte pour un garçon plus jeune, généralement un adolescent. À ce titre, il s’agit d’une insulte homophobe basée sur l’amalgame entre l’homosexualité masculine et la pédophilie."

 
La jeune femme souhaite encore développer ce projet avec davantage d’insultes pour que tous ceux qui le souhaitent puissent porter fièrement ces vêtements comme étendards. 

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