Péage, accrolivre : voici le nouveau lexique francisé des médias et de la com

La Commission d'enrichissement de la langue française s'attaque aux technologies de l'information.

Pour qui navigue quotidiennement dans les courants des autoroutes de l’information, la novlangue du Web est devenue aussi naturelle qu’un argot. C’est vite oublier que, pour le profane, jacter paywall, native advertising, content curator et moodboard revient à vous tatouer le nom de votre boîte de publicité digitale – pardon, de digital advertising – sur le front et à proclamer à la face de vos compatriotes que vous vivez dans la partie start-uppée du pays.

C’est là, lorsque le langage se mue en un outil de ségrégation sociale, que la Commission d’enrichissement de la langue française déploie son ingéniosité au service de la francisation. Plusieurs fois l’an, l’organisme nous gratifie d’une nouvelle fournée d’équivalents français aux anglicismes qui cernent désormais notre lexique de toutes parts, histoire de freiner autant que faire se peut l’inexorable expansion du domaine du globish.

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Le 25 juin, le Journal officiel a donc officialisé l’arrivée de cette cohorte de néologismes issue des univers ouatés de la mode, de l’édition numérique, du design et de la presse en ligne. Et particulièrement sur leurs nouvelles facettes numérisées, comme l’explique Numerama.

Accrolivre, j’écris ton nom

Sachez donc que désormais, vous n’êtes plus obligés d’écrire data journalism, paywall (le système qui vous empêche de lire des articles en ligne sans abonnement et qui fait vivre leurs rédacteurs), native advertising (ces pubs qui se déguisent en articles de presse) ou content curation (le fait de sélectionner des contenus selon une thématique précise, comme des playlists). Préférez-leur plutôt "journalisme de données", "péage" (ou sa forme allongée "péage de lecture numérique", si vous êtes monomaniaque), "publicité caméléon" ou "publicité mimétique" (nos félicitations aux membres de la commission pour celle-ci) et édition de contenu.

Pour ce qui est du domaine extra-journalistique, l’organisme a une nouvelle fois fait des miracles (rappelez-vous, on rigolait déjà bien en 2017 lors de la francisation du lexique du jeu vidéo). Comment mieux traduire le quelconque et fonctionnel page turner (que les anglophones utilisent pour décrire un livre passionnant) que par le sémillant "accrolivre" ? Quelle meilleure traduction qu'"interviews à la chaîne" pour décrire ces press junkets de quatre minutes où les journalistes défilent devant des stars comme des pièces sur une chaîne de travail fordiste ? Et comment résister à utiliser le mot "folioscope" en lieu et place du banal flip book ? Vivement la prochaine livraison. Continue à nous surprendre, chère Commission d’enrichissement de la langue française. On compte sur toi. 

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PS : bien qu’accessible sans péage, cet article n’est en aucun cas une publicité caméléon.

Par Thibault Prévost, publié le 25/06/2019

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