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Est-on forcément matérialiste lorsqu'on aime les vêtements ?

Publié le

par Hong-Kyung Kang

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Las de culpabiliser lorsque j'achète des vêtements, j'ai demandé à une experte si mon cas était grave.

Comme beaucoup de monde, j’ai connu d’intenses moments d’ennui pendant ce confinement. Au lieu de m’instruire ou de faire du yoga, comme le préconisaient certains, je me suis rematé des épisodes de Naruto et j’ai fait du eye shopping sur Internet.

J’ai été un pigeon par le passé, mais je me suis calmé. Si je continue aujourd’hui de sillonner les sites de vente de vêtements, je ne passe presque plus jamais le pas de l’achat, parce qu’apparemment, il y a d’autres priorités dans la vie.

Toutefois, lorsque je vois toutes les paires de baskets qui sortent chaque mois, je ne peux pas m’empêcher de me demander si, si j’étais millionnaire, je ne me les offrirais pas toutes. Alors, je me pose parfois cette question fatidique : suis-je un être superficiel, parce que j’aime les vêtements ?

Une passion pour la vanité ?

De toute évidence, il existe une hiérarchisation latente, lorsqu’il s’agit de juger les goûts et les passe-temps de chacun. En effet, la mode souffre d’une image futile et lorsqu’une personne se dit passionnée ou même amatrice de vêtements, elle renvoie bien souvent l’image stéréotypée et superficielle de quelqu’un qui ne connaît pas les priorités.

Selon Julia Faure, spécialiste en éthique de la mode, cette mauvaise image s’est en partie construite via un sexisme banalisé. "Pour moi, c’est un peu un relent sexiste de penser que s’intéresser à la mode et au maquillage, c’est être superficiel. […] La mode est un élément culturel, qui compose notre vie de tous les jours, comme la nourriture. Qui oserait prétendre que s’intéresser à la cuisine, c’est être superficiel ?"

Par association sexiste, le souci de l’apparence est perçu comme éminemment féminin. Comme beaucoup de caractéristiques attribuées à ce genre, il est malheureusement considéré comme relevant de la futilité.

De plus, d’un point de vue extérieur, certains aficionados du style accordent de l’importance à des détails qui sont, selon le sens commun, totalement insignifiants. Pour illustrer cette tendance, on peut citer la résurgence de la logo mania, due en partie à l’explosion de la popularité du streetwear au début des années 2010.

Les logos ont pris de plus en plus de place sur nos vêtements, de par leur taille et leur nombre. Plus qu’un habit, c’est l’appartenance à groupe que nous payons : la plus-value du bien est donc psychologique. Un logo a pour seul intérêt ce qu’il représente et en cela, sa portée est symbolique. C’est la valeur même de ce symbole qui est souvent décriée.

Pour autant, Julia Faure affirme : "Je ne pense pas que notre attachement aux marques soit un signe de superficialité. Quand on y réfléchit, ces dernières dépensent des millions d’euros pour qu’on reconnaisse leur logo. […] Il faudrait faire preuve d’une force d’esprit exceptionnelle pour ne pas être influencé par cette propagande, qui nous berce partout, de notre naissance à notre mort."

Ancienne affiche de publicité Nike.

Personnellement, je pense que j’ai choisi de me laisser influencer ou plutôt, ne pas me battre contre l’influence, parce que j’aime collectionner les pièces de marques que j’affectionne particulièrement et contre rien au monde, je n’échangerais la satisfaction de voir mes paires de chaussures s’accumuler sur mes étagères. Dans un sens, je suis complètement pris par le jeu des marques.

Comme le rappelle Julia Faure, ces dernières usent de stratagèmes désormais bien connus pour nous faire consommer : par le biais de drops, de séries limitées, elles créent en nous un sentiment de besoin, une urgence à mettre la main sur toutes les nouveautés qui sont proposées.

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#hypebeastdrops: The adidas YEEZY BOOST 700 MNVN “Triple Black” is set to re-release later this month, following its limited roll-out back in February. Kanye West‘s latest take on the popular 700 silhouette sees a stealthy triple-black take on the retro-inspired runner. Its padded nylon upper sports heat-welded overlays, an oversized 3M-equipped “700” stamp on the lateral and medial sides, and a generously-sized black BOOST-aided sole unit that’s paired to a grippy rubber outsole. Furthermore, there is a set of tactical black rope laces that lay within the shoe’s structure, as well as a number of ovular cutouts on the midsole, linking the pair back to the original 700 V1 design. Inside you’ll find adidas and YEEZY branding stamped onto the footbed, rounding out the sneaker’s minimalistic look. Check @hypebeast_tradingpost for more. Date: May 23 Price: $219 USD Where to buy: Yeezy Supply Photo: yeezysupply.com

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Ce n’est pas sans regret que je constate que, même si certaines marques incarnent des valeurs de surconsommation que je ne partage pas, je leur suis tout de même totalement loyal. Par exemple, je suis prêt à défendre le prix d’une paire de baskets, en argumentant sur ce qu’elle représente pour le style, l’innovation et j’ose le dire, pour la culture.

Ayant construit une partie de mon identité sur ce que j’ai considéré comme étant "cool", je suis aujourd’hui tiraillé. D’un côté, j’ai évidemment conscience que je n’ai jamais été totalement libre face à mes choix quant à la mode, mais de l’autre, je crois sincèrement qu’aujourd’hui, une paire d’Adidas ou un polo Ralph Lauren sont des symboles de notre époque, au même titre que toutes les autres formes de culture qui ont forgé cette société.

C’est pour cela qu’il y a autant de passionnés qui collectionnent les chaussures, comme d’autres rassemblent des timbres, des livres, des vinyles ou des jouets. En ayant forgé notre identité, les vêtements font partie de notre héritage. Il semble donc logique de vouloir en préserver l’histoire.

Peut-on aimer la mode, sans cautionner tous ses travers ?

L’un des problèmes les plus récurrents, lorsqu’on parle de fast fashion, c'est l’écologie. Il paraît évident qu’on ne peut pas continuer à consommer autant si on souhaite respecter nos convictions sur la protection de l’environnement.

Pourtant, là où je m’attendais à recevoir une douche froide, Julia Faure relativise : "Je crois que les personnes à qui on ne peut vraiment rien reprocher sur le plan environnemental sont peu nombreuses. Avoir des convictions écolos ne fait pas de nous des êtres parfaits. Je crois, par contre, que ces convictions doivent nous ouvrir les yeux sur notre impact : en gros, d’un point de vue écologique, il vaut mieux arrêter de prendre l’avion et continuer d’acheter chez Nike."

Il ne s’agit évidemment pas de faire une hiérarchisation des efforts. Chacun se prive de ce qu’il peut et par exemple, si votre rêve est de voyager au Japon, je n’ai aucun droit, selon moi, de vous en empêcher. Mais lorsqu’il s’agit de vêtements, il y a cette idée sous-jacente que même parmi les occupations non nécessaires, la mode est tout en bas des priorités. Tous les plaisirs ne se valent pas.

Si, en toute honnêteté, ces paroles me rassurent, je n’affirme pas pour autant qu’il s’agit d’ignorer l’impact négatif que nous avons, en continuant à surconsommer des vêtements. On ne peut ignorer, par exemple, les conditions de travail de certains ouvriers du textile.

J’ai donc demandé à Julia Faure si, en tant que consommateur de fast fashion, je pouvais continuer à me proclamer partisan de l’éthique. Sa réponse était en demi-teinte : "Je pense qu’il y a plutôt une méconnaissance sur le sujet. Ce qui n’est pas surprenant, car les marques de fast fashion se consacrent à nous faire croire qu’elles produisent bien [mais spoiler : c’est faux]."

La mode a toujours été un moyen d’expression et un élément culturel important de notre société. Je ne regrette pas d’être fan de certaines marques, parce que je me sens touché par leur valeur symbolique.

Non, je ne pense pas qu’aimer les vêtements, c’est être superficiel. Je ne pense pas non plus qu’il faille dénigrer toutes les choses non nécessaires, qui sont nocives dans un certain sens, que ce soit écologiquement ou humainement, car sinon, je n’aurais même pas d’ordinateur pour écrire cet article, à l’heure qu’il est.

Cependant, je pense qu’il est souhaitable d'interroger notre rapport à certains plaisirs. Ce n’est donc évidemment pas la mode en elle-même qui est ici remise en question, mais ce qu’elle implique et représente pour chacun. La portée culturelle de certains vêtements ne vaut certainement pas tous les sacrifices qu’elle engendre.

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