Les 343 salauds sont-ils des "blaireaux" ?

Un titre polémique : "les 343 salauds". Un genre : le "manifeste", qui se veut "contre les lois anti-prostitution" et "pour la liberté". En sous-titre: "touche pas à ma pute". Explications d'une polémique résolument médiatique. 

343 salauds

"Homos ou hétéros, libertins ou monogames, fidèles ou volages, nous sommes des hommes". Voici la première phrase d'une pétition qui sera publiée dans le Causeur de novembre et intitulée "Touche pas à ma pute ! Le Manifeste des 343 salauds". Cette pétition proteste contre la proposition de loi déposée le 14 octobre dernier pour la pénalisation des clients de la prostitution. Mais derrière la démarche officielle, on trouve de drôles d'officieux.

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À commencer par Elisabeth Lévy, directrice de la rédaction de Causeur (une publication à dominante conservatrice), journaliste et polémiste. Elle déclare avoir publié le Manifeste des "343 salauds" pour "répondre à l'envie d'emmerder les féministes d'aujourd'hui" . En réalité, cette idée, c'est Frédéric Beigbeder qui l'a glissée à l'éditorialiste. Cela aurait sûrement fait mauvais genre de publier la tribune dans son propre magazine, LUI.

De l'excès de "LUI" pour faire "causer" les meufs ?

Cette affaire des "343 salauds" qui fait parler la presse et enrager les féministes sent donc le Beigbeder, qui vient de relancer le magazine LUI, un "magazine fait pour les mecs". Un influenceur qui a su transposer son sens de la formule d'ancien pubard sur un terrain a priori opposé au monde de la com' : la littérature. Du coup, surfer sur les rives des paradoxes, laisser planer le doute entre le sérieux et le non-sérieux, invoquer les tabous entre les lignes de coke et les ficelles de string, c'est ce qui constitue sa marque de fabrique.

(Crédit Image : 20Minutes)

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A côté de ça, c'est avant tout une personnalité qu'on a rarement vu sur le terrain des revendications. Aussi est-il cocasse de voir que quand il s'y met, c'est pour une histoire de "putes". La question qui en découle est toute simple : le "Manifeste des 343 salauds" est-il, comme son nom pourrait le laisser penser, un acte marketing de sales gosses sans intérêt politique ? Ou bien le reflet de la montée de ce que certains, dont FranceTvInfo, appellent le masculinisme ?

Machistador ou macho à tort ?

On pourrait le croire, d'autant que les premières à réagir à l'affaire sont les féministes. Chacun s'entendra sur la définition du terme "masculinisme" mais la réaction féministe la plus courante est celle qui considère ce "Manifeste" comme une humiliation faite aux femmes en se basant sur plusieurs raisons.

  • Touche pas à ma Beauvoir !

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D'abord parce que la pétition fait référence à celle des "343 salopes" écrite en 1971 par Simone de Beauvoir pour le droit à l'avortement. Il est de tradition chez les plus fervents défenseurs de n'importe quelle cause qu'on ne touche pas aux luttes historiques.

Le Manifeste des 343 en une du Nouvel Observateur du 5 avril 1971.

Ce texte qui commençait par "Je déclare que je suis l'une d'elle. Je déclare avoir avorté" fut publié sur Le Nouvel Observateur le 5 avril 1971 et engageait un combat pour les droits des femmes. À cette époque, avorter était un crime et l'implication des signataires de ce manifeste était à la hauteur de la cause à défendre. C'est-à-dire sans concession.

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D'autre part, Simone de Beauvoir et le féminisme, c'est une longue histoire de luttes et de soutiens pour la liberté de la femme que les plus endurcies érigent en relai à suivre. Un relai que certains estiment parasité par l'écho insultant du "Manifeste des 343 salauds" .

  • Touche pas à mon féminisme !

Cette pétition est un noeud à la corde épineuse. Car qui trouve-t-on dans ses signataires, juste derrière les épaules du dandy mi-pub mi-raisin ? Des personnes et des idées contre lesquelles le féminisme part en croisade. On peut citer le chroniqueur Eric Zemmour, auteur d'un livre que les féministes donnent à manger à leur lapin : Le premier sexe.

Mais aussi le fils de Guy, Nicolas Bedos, le mari de Frigide Barjot, Basile de Koch, sans oublier Richard Malka, aka l'avocat de Dominique Strauss-Khan. Touts ont signé cette pétition dont les féministes déplorent le masculinisme latent.

  • Mépris du combat des femmes ?

La militante Anne Zelensky, qui faisait partie des "343 salopes", a été interrogée par le Monde. D'après elle, le manifeste des "343 salauds" est un pur acte de roublardise :

[Il s'agit d'un] tour de passe-passe pervers, où la liberté est mise au service de la défense d'un esclavage de fait.

"Aujourd'hui la prostitution, demain la pornographie, qu'interdira-t-on après-demain?" demandent les signataires. Une question provoc' sous couvert de caprices à laquelle la ministre des droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, s'est empressée de répondre lors de son point presse à l'Elysée ce mercredi matin :

Les 343 salopes demandaient à disposer de leur corps, les 343 salauds demandent à disposer du corps des autres. Je crois que cela n'appelle aucun autre commentaire.

Des salauds ou des blaireaux ?

"Cela n'appelle aucun autre commentaire" : une réaction en arrêté de discussion mais une discussion arrêtée est-elle une discussion close ? Pas sûr. D'autant que ce frein brutal ne prend pas en compte l'avis des prostituées qu'on entend peu dans cette histoire et qui ne voient pas l'idée de l'abolition de la prostitution tout comme celle de la pénalisation du client d'un bon oeil. Par ailleurs, ces dernières ont manifesté ce samedi à Paris pour s'opposer à ce projet de loi mais il semble que sur le sujet, ce sont ceux qui en font le moins qu'on écoute pourtant le plus. Et oui c'est un comble. Le même qui consiste pour l'Etat à pénaliser les prostituées.... tout en leur demandant de payer des impôts.

Bref, ces querelles sont une botte de foin dont on n'a pas fini de faire le tri. Une histoire à dormir debout que l'édito du Mouv' de ce matin, intitulé "343 blaireaux", nous raconte d'ailleurs très bien :

Affaire à suivre...

Par Afifia B, publié le 30/10/2013

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