Les libraires inquiets de la "concurrence déloyale" d'Amazon

En pleine pandémie, le Syndicat national de la librairie française s'en prend à Amazon.

Contraints à la fermeture depuis dimanche, les libraires ont dénoncé mercredi la "concurrence déloyale" que constitue selon eux la poursuite des commandes et des retraits de livres via la grande distribution et Amazon.

"Si la vente de livres en librairie n’est pas indispensable à la vie de la nation, pourquoi la vente de livres par Amazon ou un hypermarché l’est-elle ?", a demandé le Syndicat national de la librairie française (SLF) dans un communiqué. "La poursuite des commandes et des retraits de livres via la grande distribution ou Amazon représente une hérésie sanitaire et une concurrence déloyale et nous appelons le gouvernement à y mettre fin", a réclamé le syndicat professionnel des libraires indépendants.

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"Alors que les libraires, commerces fragiles économiquement, risquent de payer un très lourd tribut à cette crise, leurs concurrents de la grande distribution et d’Internet en profitent pour accroître encore davantage leurs bénéfices. Bénéfices qu’Amazon localisera au Luxembourg afin de ne pas payer d’impôts en France", a déploré le SLF.

De nombreuses librairies proposant également de la presse et autorisées, à ce titre, à continuer d’accueillir du public, ont préféré fermer, a fait remarquer le SLF. Présentées parfois comme une alternative à Amazon ou les services en ligne d’enseignes comme la Fnac, plusieurs plateformes de libraires comme Librairiesindependantes.com ou Leslibraires.fr ont décidé d’interrompre leurs services de commandes pour retrait ou livraison.

Les livraisons sont un facteur à risque et un vecteur de propagation du virus Covid-19 en obligeant à un contact social qui pourrait multiplier la contagion et prolonger la crise épidémique, fait valoir le SLF.

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La réaction de Bruno Le Maire

Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a par ailleurs estimé que les libraires, qui se disent menacés encore plus que d’ordinaire par la concurrence d’Amazon en période de confinement, "sont effectivement un commerce de première nécessité, c’est ma conviction".

"Je suis prêt à regarder cette question", a ajouté le ministre, en affirmant qu’il "comprend très bien l’inquiétude des libraires". "Je ne vois pas pourquoi ce serait uniquement Amazon qui récupérerait le marché au risque de fragiliser les libraires", a précisé M. Le Maire.

"Je suis prêt à rouvrir cette question, à regarder avec le reste du gouvernement, avec le ministre de la Culture, avec le Premier ministre, si quelque chose peut être fait sur les librairies", a encore dit le ministre.

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Mais "il faut s’assurer que nous pouvons garantir les règles de sécurité sanitaire" dans les échanges entre le commerçant et ses clients, et la "librairie ne peut pas être un lieu de rassemblement", a-t-il nuancé.

Il faudrait, selon M. Le Maire, "que les clients viennent un par un, qu’ils ne soient pas nombreux dans les librairies, qu’ils se contentent d’acheter le livre et de ressortir immédiatement, et que ce ne soit pas – et c’est tout le plaisir de la librairie – un lieu où on flâne et où on reste longtemps".

Konbini avec AFP

Par Louis Lepron, publié le 19/03/2020