L'émergence du share-living, reflet des préoccupations écologiques

Une alternative écologique et sociale basée sur le partage qui séduit les quatre coins du monde.

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À l’occasion des Democratic Design Days organisés par Ikea, nous avons eu l’opportunité d’échanger sur les enjeux du share-living avec Evamaria Rönnegård, responsable du développement au sein du laboratoire de recherche en design Space 10, lancé par l’entreprise suédoise ainsi qu’avec Anna Llorca, consultante pour Aire Publique.

Une tendance urbaine en pleine croissance

L’objectif premier du share-living est de mutualiser les objets ou les pièces de vie du quotidien telles que la cuisine, la salle de bains ou encore le jardin avec plus d’une ou deux personnes.

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"Le share-living, c’est l’idée de partager quelques pièces de vie communes avec les résidents afin d’avoir un foyer durable et un design attractif à un prix réduit. En partageant, on réduit son espace de vie et donc les coûts. Le share-living c’est donc cette idée de partage, mais c’est aussi cette arrière-pensée écologique et durable car moins on possède, plus on réduit notre impact écologique sur notre planète", nous explique Evamaria Rönnegård.

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"C’est aussi repenser l’habitat collectif, diminuer les coûts d’accès à la propriété ou à la location, avoir une vision commune, se réapproprier des espaces, faire participer les habitants sur leurs espaces et leur vision de celui-ci. Le share-living, c’est un projet alternatif où les habitants participent directement au chantier, organisent des débats sur sa gestion, et parfois, ils vont même jusqu’à choisir leur terrain", ajoute Anna Llorca.

On parle du share-living comme d’un nouveau mouvement principalement urbain motivé par la hausse des coûts de logement dans les villes. Mais il constitue également une alternative écologique et sociale pour le logement.

Le share-living se développe principalement au sein de grandes métropoles telles que Londres, New York ou encore Canton. En Île-de-France également, de nouveaux projets ont vu le jour dernièrement comme cet hôtel ou ces huit habitats participatifs. On retrouve également ce type d’habitat partagé à Montreuil.

Si le share-living connaît un véritable engouement aujourd’hui, le concept de vie en communauté a en réalité toujours existé. Au cours de ces 200 dernières années, de nombreuses nouvelles formes de cohabitation ont vu le jour, à l’image du mouvement Kibboutz qui est apparu au cours des années 1960 en Israël.

Le reflet de maux sociaux

Si l’avantage financier du share-living encourage son développement, ce n’est pas la seule raison. De nombreuses études démontrent que l’homme ne s’est jamais senti aussi seul qu’au cours de ces dernières décennies qui ont plus que jamais été synonymes d’individualisme.

Et pour cause, la société nous incite à vivre seul, plus tôt et plus jeune. On se marie plus tard, les études se rallongent et les divorces se multiplient. Seulement, "si de plus en plus de personnes vivent seuls, c’est plus par nécessité que par envie", ajoute Evamaria.

Une population urbaine en croissance exponentielle

Aujourd’hui, de plus en plus d’étudiants et de jeunes actifs rencontrent des difficultés à trouver un logement adéquat à leurs situations. Si des immeubles se construisent quotidiennement, les loyers deviennent de moins en moins abordables. "Une problématique qui traverse les continents", assure Evamaria.

Les métropoles attirent les demandeurs d’emploi, qui optimisent ainsi leurs chances de trouver un travail en venant s’installer dans les capitales. Selon une étude de l’ONU, d’ici 2 050, on compterait une augmentation de 35 % de la population urbaine en Inde, en Chine ainsi qu’au Nigeria.

"Nous ne construisons pas comme il faut pour accueillir tous ces prochains habitants car tous ces nouveaux logements sont, pour la plupart, inabordables", conclut EvaMaria.

Pour Patrick Bouchain, "architecte scénographe", la solution se trouve dans la construction d’habitats plus modulables afin que chacun construise et s’approprie son espace. Grâce à son projet "La preuve par 7", il promeut de nouvelles manières de construire la ville collectivement.

Une réponse au vieillissement de la population

D’après l’auteure Chantal Brutel, toujours en 2050, les personnes atteignant l’âge de 80 ans auront plus que triplé.

"L’être humain vit de plus en plus vieux, il est donc nécessaire de repenser notre façon de vivre. Le share-living serait également une solution pour ces changements. Au lieu d’envoyer les personnes âgées en maison de retraite ou de les laisser seules, on pourrait plutôt imaginer des espaces consacrés aux retraités qui souffrent de leur solitude, mais qui sont toujours autonomes", ajoute Evamaria.

D’ailleurs, un premier co-living consacré aux seniors a déjà été créé en France, à Montreuil, en 2011. À Londres, la "OWCH " (Older Women’s Co-Housing) héberge 26 femmes qui cuisinent, jardinent et passent du temps ensemble.

L’émergence de l’économie de partage, reflet de l’urgence écologique

"Avec l’émergence des nouveaux modèles économiques, tel que l’économie de partage, nous sommes capables de dire qu’à l’heure actuelle, de nombreuses personnes sont prêtes pour ces évolutions de logements", explique Anna.

L’économie de partage désigne des communautés de coproduction au sein desquelles les individus s’auto-organisent afin de produire un bien commun. Elle puise ses racines dans la contre-culture qui a émergé dans les années 1970-1980 aux États-Unis et notamment à San Francisco. Il s’agit de reconstruire, après un demi-siècle de surconsommation de masse, une société plus horizontale, plus connectée, octroyant davantage de pouvoir au consommateur.

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L’émergence du share-living reflète cet intérêt commun à vouloir recréer du lien social mais également de trouver des solutions économiques et écologiques plus responsables.

Pour retrouver toutes les initiatives françaises, on vous donne rendez-vous juste ici. Enfin, le 13 et 14 septembre au 3-7 rue Portefoin, Ikea organise "Futur Intérieur", un événement public qui questionne l’habitat de demain, qui sera animé de plusieurs talks.

Par Manon Baeza, publié le 12/09/2019

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