L'histoire de Google et de son "coin masturbation"

C'est l'histoire de Google, d'une flûte médiatique et de la masturbation. Un téléphone arabe 2.0 qui revisite à la sauce absurde le monde du travail. 

Se sentir bien au travail, faire son labeur  dans la joie et le fun, c'est une tendance qui se confirme de plus en plus, impulsée par l'esprit "Silicon Valley" à coups d'ambiances de récré et de skates dans les couloirs. Privilégier le bonheur de l'employé pour lui permettre d'accomplir sa tâche au mieux: un principe qui pose les jalons d'une nouvelle façon d'exister dans l'entreprise. Pas étonnant que les plus connues à le pratiquer s'appellent Google et Facebook.

Publicité

Aussi, lorsqu'il y a quelques semaines, est tombée l'info selon laquelle Google aurait aménagé un "espace masturbation" dans ses locaux, certains y ont cru et l'ont relayée sans le moindre doute. Petite gâterie médiatique.

Le bonheur au travail : nouveau credo

Garderies d'enfants et mèmes d'animaux, espaces détente ou sieste, cafétérias haut de gamme et fruits frais parce qu'un esprit vif c'est d'abord un corps en bonne santé. Les prétextes abondent et les nouveautés se multiplient dans beaucoup d'entreprises pour construire le monde du travail de demain.

Un monde où travail rimerait avec bonheur. Exit donc la corvée accomplie dans la souffrance et l'oeil rivé sur la pendule, cassé le mythe du tripalium, l'instrument de torture à trois pieux qui fait l'étymologie du mot "travail". Désormais, le terme doit éveiller au plaisir.

Publicité

Etre frais et pimpant, s'amuser dans sa besogne, une éthique qui voudrait transformer les open spaces en lieux d'expressions diverses. Et pour lutter contre le stress et les difficultés au travail, l'entreprise Google  ne manque pas de créativité. Ce reportage réalisé dans ses locaux français en dit long :

A chaque étage, consoles de jeu, snacks et pâtisseries à volonté, sièges massants, rampes de pompiers et tobboggans pour aller d'un service à l'autre : tout concourt à rendre l'employé heureux. Interrogé par lefigaro.fr, Mathias Gref, alors chargé de la communication sur le site avait justifié cette configuration en ces termes :

Publicité

Le but, c'est que l'employé résolve le problème sur lequel il se trouve. S'il doit passer 20 minutes à se détendre dans un fauteuil en buvant un café et en regardant les montagnes pour trouver la solution, il n'y a aucun souci.

"Aucun souci", l'esprit zen et léger pour renverser les codes de l'austérité professionnelle. Et le travail de se muer en une sphère de bien-être ultime. Un bouleversement qui peut conduire à certaines absurdités.

Google - extase

Publicité

Face à ces nouvelles méthodes de management à la cool qui font du bonheur au travail un impératif, l'idée que Google puisse aménager  un "coin masturbation" pour ses employés n'a pas semblé étonner grand monde. Après les rampes de pompiers, les temps impartis aux jeux vidéos et aux siestes, pourquoi pas - après tout - la jouissance masturbatoire au bureau ?

C'est ce qu'ont dû se dire plusieurs sites qui ont relayé l'info étrange selon laquelle l'entreprise Google basée à Dublin aurait fait aménager un coin masturbation à ses employés. Avant de détailler les tenants et aboutissants de cette information, on arrête le temps et on conceptualise.

  • Mise en situation :

Tu es employé de Google et posté depuis plusieurs heures devant ton ordi. Tu t'es déjà enfilé deux donuts et une pomme (pour la forme), fait une partie de jeu vidéo pour ouvrir ton inspiration. Ton gosse est à la garderie juste en face et ton chien a même un préposé à sa promenade. Tu as déjà tout pour avoir l'esprit apaisé mais tes jambes frétillent, signe du besoin de libérer l'énergie qui t'anime et l'arrivée de ta collègue la plus sexy qui revient de sa pause dej' n'est pas faite pour calmer tes ardeurs.

Mais heureusement, tu te souviens que ton boss merveilleux a aménagé une pièce remplie d'ouvrages qu'on ne lit que d'une main pour que tu puisses exulter tranquille. Ta société est un paradis. Un paradis si extatique que tu te diriges vers ce cabanon d'onanisme, hâte de te départir d'un trop-plein d'énergie qui ferait obstacle à tes futures ambitions. Tu te rends donc dans cette pièce, traversant le long couloir de l'open space à la vue de tous mais qu'importe : Google c'est trop cool !

Les sites et magazines comme Grazia pour citer ce seul nom ont repris cette histoire initialement relatée sur le site britannique Daily Mash. C'est à partir de cette information postée sur ce site que l'histoire a commencé à se propager et ce, en dépit de l'absurdité de certains témoignages tels que :

On n’a jamais rien vu de semblable ailleurs. C’est vraiment un truc haut de gamme. Mon frère bosse pour Microsoft et s’il a envie de se masturber, il doit aller dans les toilettes pour handicapés

Ou encore, celui d'un pseudo porte-parole de Google qui livre à Daily Mash l'analyse suivante :

Travailler pour Google est tellement incroyable que la plupart de nos collaborateurs sont dans un état d’excitation sexuelle permanent.

Il y aurait de quoi halluciner. Sauf que les médias qui ont colporté l'affaire sur la base de l'article de Daily Mash n'ont pas tenu compte d'une donnée essentielle : The Daily Mash est un site satirique et parodique de l'actualité, tout comme l'est, pour la France, Le Gorafi. Tous les faits racontés sont faux mais - et c'est leur marque de fabrique- assez hilarants. The Daily Mash est dans la lignée du site américain The Onion, un média d'actualités détournées et revisitées à la sauce "gros LOL". Le moins que l'on puisse dire c'est que leur vanne a fonctionné bien au-delà de leurs attentes.

Après le flop du sperme qui fait maigrir et celui de la photo d'Hitler, cette affaire en dit long sur le manque de vigilance médiatique d'une part mais aussi - et surtout- sur ce que  nous sommes enclin à avaler et à accepter comme histoire. Etre heureux au travail certes, mais de là à accepter que son collègue quitte son bureau pour se rendre explicitement dans une salle officiellement nommée " espace masturbation", il y a là un fossé qui s'appelle la raison.

EDIT : Il semble que depuis l'écriture de ce papier, les soupçons de fake sur Twitter aient mis la puce à l'oreille de ces sites qui effacent leur papier les uns après les autres. Mais cela bien entendu, cela ne modifie en rien la substance de l'affaire.

Par Afifia B, publié le 26/07/2013

Pour vous :