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Il faut qu’on parle de la fin de L’Attaque des Titans : est-elle vraiment décevante ?

Publié le

par Hong-Kyung Kang

(©Facebook/ »Attack on Titan »)

Alors que le dénouement du manga divise, on vous propose de décrypter le message final livré par l’œuvre d’Isayama.

Attention, cet article spoile la fin de L’Attaque des Titans !

L’aventure est finalement arrivée à son terme. La semaine dernière, Hajime Isayama a enfin dévoilé le chapitre 139 de L’Attaque des Titans, la conclusion du manga qui nous a tous tenus en haleine depuis 2009. Les réactions ne se sont pas fait attendre, et se sont montrées à la hauteur de la passion qu’ont déchaînée les aventures d’Eren et de ses compagnons pendant plus de dix ans.

Cependant, l’épilogue de Shingeki no Kyojin ne fait pas l’unanimité, et des voix s’élèvent, remettant en cause sa qualité, sa pertinence et même son bien-fondé. Pour une partie des lecteurs, le point final qu’Isayama a donné à son œuvre marque un terrible rendez-vous manqué, un pétard mouillé, en lieu et place d’un clap de fin à la hauteur de l’histoire grandiose qu’a été L’Attaque des Titans.

(©Facebook/"Attack on Titan")

Le "talk no jutsu"

Il existe un cliché tenace dans les shōnens, bien familier des fans du genre. Largement popularisé par Naruto, il consiste en la pirouette scénaristique suivante : le héros se trouve dans une situation critique face au méchant, mais il réussit à le convaincre d’abandonner ses plans machiavéliques par une longue tirade vibrante sur l’amitié (la technique du "talk no jutsu").

Si ce procédé d’écriture fonctionne dans les mangas à l’ambiance plus enfantine, il semble détonner avec le ton tragique de SNK. Et pourtant, dans le chapitre 139, le lecteur prend connaissance du dialogue entre Eren et Armin, alors que les deux compagnons se trouvent dans la dimension immatérielle et intemporelle permise par l’Axe. Eren explique à son ami son intention de sauver le monde en devenant le grand méchant de l’histoire, et celui-ci… le remercie sincèrement.

"Et en nous réunissant, c’est ce qui nous rend puissant" (©Facebook/"Attack on Titan")

Un revirement de situation qui arrive comme un cheveu sur la soupe : Armin, qui jusqu’ici s’était dressé avec ferveur contre le Grand Terrassement, semble soudain abandonner ses convictions, convaincu par les propos de celui qu’il s’était juré d’arrêter. Une tournure surprenante au vu de la complexité de l’histoire de L’Attaque des Titans : Eren a finalement utilisé la technique du talk no jutsu, et celle-ci s’est avérée efficace.

Une fin problématique ?

En outre, dans le chapitre 139, le lecteur apprend qu’Armin n’est pas le seul à être convaincu par Eren. Ce dernier s’est justifié auprès de tous ses anciens camarades du bataillon d’exploration qui, en quelque sorte, réhabilitent sa mémoire en arrêtant de remettre en cause ses actions qui ont pourtant causé l’éradication de 80 % de la population du monde.

Même si Eren décède des suites de son plan, et se retrouve donc privé de la vie libre qu’il a toujours désirée, ses camarades considèrent sa mort comme un sacrifice. Une conclusion qui peut sembler étonnante voire problématique à la première lecture : L’Attaque des Titans se finit par le plus grand des génocides, et cet état de fait semble être accepté par les protagonistes.

Lorsqu’on la considère de manière littérale, la conclusion de Shingeki no Kyojin baigne dans une naïveté à la fois étrange et dangereuse. Les guerriers de Mahr et le bataillon d’exploration se retrouvent dans une cause commune, les personnages pleurent leurs camarades tombés au combat et la mémoire d’Eren se matérialise même sous la forme d’un oiseau, symbole de la liberté à laquelle il a toujours aspiré. Finalement, l’histoire racontée par Isayama semble perdre de sa profondeur dans sa conclusion, et un arrière-goût amer persiste pour le lecteur : Eren, génocidaire impitoyable, vient-il d’être érigé en figure héroïque ?

(©Facebook/"Attack on Titan")

Une double lecture

Cependant, lorsqu’on regarde de plus près, la conclusion de L’Attaque des Titans fait preuve de plus de nuance qu’il n’y paraît. En effet, le massacre d’Eren n’a pas instauré de paix durable. Au contraire, l’île du Paradis a adopté un régime autoritaire, une sorte de dictature martiale, et le pays alimente toujours une vive animosité envers les autres factions du monde. Un dénouement qui se révèle cruellement cynique : la paix aura donc été impossible.

Dans ce contexte, comment interpréter le remerciement d’Armin à Eren ? Par ses paroles, Armin ne justifie pas les actions de son ami et n’embrasse pas son idéologie. Alors que la fatalité est sur le point de s’abattre, il tente en réalité d’enlever tout le poids de la culpabilité des épaules de son compagnon d’enfance. Lors de son dernier dialogue, Eren, jusqu’ici impitoyable, montre une facette enfantine et capricieuse : son personnage est de nouveau humanisé. Ils ne sont plus le héros de guerre et le génocidaire, mais deux enfants qui se comprennent.

Le manga d’Isayama offre un dénouement qui ne peut que diviser, mais qui reste fidèle à son propos : le monde restera impitoyable. La soif de pouvoir des êtres humains créera toujours des guerres, ainsi qu’un rapport perpétuel de prédateur et de proie entre différentes parties, que ce soit des pays, des groupes sociaux ou même des individus. Dans ce contexte, il incombe donc à chacun de faire les bons choix : si la vie humaine semble absurde, ce sont ses moments incohérents et insignifiants qui lui donnent de la pertinence.

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