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Quelle fin peut-on attendre du manga de L’Attaque des Titans ?

Publié le

par Hong-Kyung Kang

© Wit Studio

Alors qu’il ne reste que deux chapitres avant la fin du manga, on vous propose de réfléchir aux messages qui sont délivrés.

Attention, cet article contient des spoilers du chapitre 137 de L’Attaque des Titans.

L’Attaque des Titans, manga monument d’Hajime Isayama, a certainement été l’un des plus grands phénomènes de la pop culture ces dernières années. Alors que le chapitre 137 est sorti il y a quelques jours, et qu’il ne reste que deux mois avant la conclusion de cette histoire passionnante, de nombreuses questions se posent inévitablement quant au dénouement.

Au stade actuel de l’histoire, Eren a lancé le Grand Terrassement, et lâché les titans colossaux des murs de l’île du Paradis afin qu’ils piétinent le monde et éradiquent toutes les civilisations existantes. Ainsi, il espère faire disparaître tous ses ennemis, afin d’atteindre la liberté parfaite dont il a toujours rêvé. Le bataillon d’exploration et les guerriers de Mahr s’allient donc pour arrêter le massacre. Plusieurs possibilités s’ouvrent alors pour le point final du manga : Eren sera-t-il vainqueur ou perdant ? La paix sera-t-elle enfin établie ?

(© Facebook/"Attack on Titan")

La défaite d’Eren

À la fin du chapitre 137, la coalition formée par le bataillon d’exploration et les guerriers de Mahr réussit à faire sauter la tête d’Eren, mettant ainsi fin au Grand Terrassement et signant, par la même occasion, la défaite d’Eren. Une conclusion que d’aucuns considéreraient comme étonnante, au vu du propos qu’a développé L’Attaque des Titans au fur et à mesure de ses pages. Une victoire remportée par des anciens ennemis qui se rassemblent autour d’une cause commune, et qui est permise par des sacrifices héroïques et la volonté collective de se rebeller contre l’ironie de l’Histoire.

Jusqu’à présent, L’Attaque des Titans était teinté d’un fatalisme amer : les protagonistes se dépêtraient au milieu d’enjeux les dépassant complètement, avant d’être inévitablement rattrapés par le cycle inéluctable de l’Histoire. Cette idée de cycle, centrale dans le manga, est évidemment incarnée par Eren, la victime de la guerre devenue bourreau sanguinaire. Eren a donc fait le choix de la radicalité : afin de briser le cercle vicieux de la fatalité, il décide d’éradiquer tous ses ennemis de la surface de ce monde, sans aucune forme de procès ni compromis.

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Si L’Attaque des Titans se termine par la mise en échec d’Eren, ce qui est probable au regard des événements dépeints dans le chapitre 137, le message final serait celui de l’espoir. Isayama ferait comprendre que la radicalité n’est jamais une solution, et que l’avenir peut effectivement être envisagé d’une autre manière que par la répétition des erreurs du passé, si les humains font le choix du dialogue et de la compréhension.

La conclusion la plus optimiste du manga serait réalisée par la prise de conscience des différentes factions du monde de la stupidité de la guerre. Les Eldiens de l’île du Paradis ne seraient plus discriminés, tandis que l’empire Mahr comprendrait ses erreurs. Eren aurait représenté la conséquence ultime de ce cycle de haine dans lequel est empêtré le monde, et les humains n’auraient plus d’autres solutions que l’instauration d’une paix durable, afin d’empêcher qu’un nouvel Eren n’émerge, avec des idéaux aussi dangereux.

Le Grand Terrassement

Un tel épilogue ne serait cependant pas dénué d’un arrière-goût amer. En effet, il aurait fallu qu’un monstre tel qu’Eren émerge pour que l’être humain réalise enfin ses erreurs, et décide de prendre une voie pacifique et rationnelle. Isayama affirmerait alors que même si les humains sont très stupides, ils ne sont pas une cause perdue. Comme l’affirme Sieg à Armin, alors qu’ils se trouvent dans cette dimension où la mort même n’existe pas, le propre de la vie est de proliférer, et les différentes nations du monde comprendraient que cette prospérité ne peut être atteinte dans les répétitions des vices du passé.

Eren aurait-il tout prévu depuis le départ ?

Autre possibilité : Eren aurait prévu sa défaite depuis le début. Un raisonnement qui fait d’autant plus sens à la lumière des nombreuses révélations qui ont eu lieu dans la dernière partie du manga : ce n’est nul autre qu’Eren lui-même qui avait enclenché le massacre de la famille royale à l’intérieur des murs, allumant ainsi la mèche qui allait faire éclater le Grand Terrassement. Cependant, malgré son plan millimétré, il a tout de même laissé au bataillon d’exploration la possibilité de l’arrêter, alors que ses titans étaient en train de piétiner le monde.

Deux hypothèses s’offrent alors : Eren, malgré sa détermination, n’aurait pas laissé son humanité disparaître complètement, et aurait douté de ses plans. Cette vision apporte une légère nuance au personnage : quand bien même il est déterminé à recourir à la plus radicale des solutions pour atteindre sa liberté, il laisse le choix à ses amis. Ce sont donc ces derniers qui deviennent les ultimes décideurs.

Dans ce cas, la quête vers la liberté prendrait un sens quelque peu tragique : si Eren a délibérément laissé à ses compagnons la possibilité de l’arrêter, et que ces derniers y parviennent, Isayama ferait comprendre que la quête de la liberté ne peut s’accomplir que dans la radicalité, mais que cette radicalité n’est pas une solution possible. Donc, dans un sens, la liberté absolue ne pourrait être atteinte, et elle ne serait, par ailleurs, pas souhaitable.

Deuxième cas, le plan d’Eren aurait justement été, depuis le début, de se faire arrêter par le bataillon d’exploration. Dans ce cas, la perspective du personnage change complètement : Eren ne serait pas devenu monstrueux par pur égoïsme, mais au contraire parce qu’il accepte de jouer le rôle du méchant.

En effet, devant l’émergence d’une menace ultime, les ennemis n’ont eu d’autres choix que de s’allier et de mettre leurs différends de côté. Eren aurait donc délibérément impulsé cette prise de conscience, en faisant le sacrifice de son humanité. Là encore, le message d’Isayama se révélerait cynique : la paix ne peut reposer que sur la peur de la guerre, et la liberté n’est atteignable qu’après le plus grand des sacrifices.

L’échec de la paix

Maintenant, une autre conclusion reste envisageable : Eren se fait arrêter par le bataillon d’exploration et les guerriers de Mahr, mais sa défaite n’aboutit pas à la paix. Alors même que le monde entier vient d’éviter de justesse l’annihilation totale, les humains ne comprennent pas que ce sont leurs tendances belliqueuses qui ont créé le monstre qu’est Eren, et continuent de vivre dans la guerre et la haine de l’autre. Cette conclusion serait la plus cynique, et livrerait une vision totalement fataliste de l’être humain.

Dans un sens, cette fin serait la plus en raccord avec l’idée de cycle développée par Isayama tout au long de son œuvre. L’Histoire est condamnée à se répéter, et les humains sont par essence incapables de se libérer de leurs erreurs passées et sont voués à perpétrer les mêmes crimes.

Cependant, d’un autre côté, si Eren parvenait finalement à mener le Grand Terrassement à terme dans les deux derniers chapitres, d’une quelconque manière (des théories vont bon train au sujet de l’enfant d’Historia), le manga se terminerait sur une note susceptible de soulever des controverses. L’Attaque des Titans affirmerait alors que la paix ne peut coexister avec la liberté, et que cette dernière ne peut être partagée par tous.

Ériger Eren en vainqueur de cette histoire soulèverait des problèmes profondément moraux. Les Eldiens seraient effectivement libérés de leurs oppressions, et leurs vies ne seraient plus entravées d’une quelconque manière par des forces étrangères. Une question fatidique s’imposerait alors inévitablement : Eren a-t-il eu raison ?

"Si on tue tous nos ennemis… là-bas… Serons-nous enfin… libres ?" (© Facebook/"Attack on Titan")

En effet, si Eren devient le vainqueur de l’histoire et que la liberté est atteinte, le coût même de cette liberté, ainsi que son caractère souhaitable, seraient remis en cause. L’Attaque des Titans affirmerait alors que la liberté absolue ne peut être établie par la paix, et qu’elle ne représente donc pas, dans nos valeurs morales actuelles, un but à atteindre.

D’autre part, Eren l’a affirmé lui-même, les êtres humains sont les mêmes en dehors et à l’intérieur des murs. Rien ne garantit donc que les Eldiens, une fois libérés des oppressions extérieures, ne répéteraient pas le cycle de guerres et de discriminations qui ont toujours régi le monde. Une fin qui serait encore une fois cynique, et qui affirmerait que les êtres humains sont incapables, par essence, d’instaurer une paix durable, même après le plus grand des massacres.

Une histoire qui ne peut pas bien se terminer

Dans tous les cas, L’Attaque des Titans ne pourra pas se terminer sur une note totalement positive. Premièrement parce que l’histoire de l’humanité a été trop entachée par des guerres et massacres ne reposant que sur l’égoïsme de l’être humain. Il reste cependant à découvrir quel sera le message final délivré par Isayama. La paix reste-t-elle possible ? La liberté justifie-t-elle tous les moyens ? L’être humain est-il perdu ?

Finalement, la leçon à retenir de cette histoire sera certainement la vanité de la vie. Dans le chapitre 137, Armin se remémore le temps, où, alors qu’il était encore enfant, il s’amusait à faire la course avec Eren et Mikasa. C’est en effet dans ces petits moments, qui n’ont pas réellement de pertinence, que la vie prend tout son sens. En effet, comme le rappelle Sieg, le but intrinsèque de la vie est de proliférer : la perpétuation de l’existence n’est donc pas le cheminent mais la fin en elle-même.

C’est pourquoi l’Histoire est en réalité un cycle qui se répète sans cesse. Peut-être bien que la vie a trouvé son équilibre dans cet état de guerre constant. Peut-être qu’elle n’a pas besoin de la liberté pour s’épanouir. C’est ainsi que lorsqu’un être comme Eren se dresse contre cet état de fait, le cours de l’Histoire se retrouve bouleversé.

(© Facebook/"Attack on Titan")

L’Attaque des Titans montre la bêtise profonde de l’être humain, qui reste aveugle face à ses erreurs. Les vices des hommes se répètent peut-être justement car ces derniers cherchent à trouver une raison et une logique au cycle de la vie. La meilleure des solutions serait, comme le souligne Armin, d’apprécier la course sans vraiment chercher à atteindre l’objectif. 

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