En Islande, la législation sur le porno fait toujours débat

Même rebouté, le projet de législation contre contre la prolifération d'images pornographiques "hardcore" fait toujours débat en Islande.

Islande

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Il y a des gens qui veulent faire taire cette discussion mais cette discussion ne sera pas tu.

Les mots sont de Ögmundur Jónasson, ancien ministre de l'intérieur, fervent partisan de cette législation contre la prolifération d'images pornographiques qui avait tant fait débat en février dernier. Et les remous se font toujours ressentir.

Paradoxal. C'est le mot qui vient à bien des observateurs politiques quand ils en viennent à évoquer la cas de cette législation en cours de discussion dans le petit état insulaire. Car si l'annonce date de février dernier, un débat est toujours en cours du côté de Reykjavik. Même après la défaite du gouvernement de gauche aux dernières élections, mettant du plomb dans l'aile à cette proposition. Même si la nouvelle administration de centre-droite parait moins favorable à pareille mesure.

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Islande, #1 de l'égalité entre les sexes

L'Islande, #1 au classement du World Economic Forum's 2012 Global Gender Gap - mesurant l'égalité de traitement entre les sexes, héraut d'un libéralisme économique mais surtout politique, s'apprêtait en février dernier par la voix de son ex-premier ministre,  Jóhanna Sigurdardóttir, à interdire la pornographie sur les internets. Une nouvelle qui avait étonné surtout quand on connait la tradition politique de ce petit état où la parole est relativement libre quand on en vient à la sexualité.

Contrôle de la prolifération d'images par des firewalls, bloquage d'adresse mais également poursuite de ceux qui useraient de comptes payants pour voir du porno : l'Islande s'en allait-t-en guerre contre une puissance financière qui pèse plusieurs milliards de dollars. Et même après avoir été déboutés, les partisans de pareille législation ne s'en laisse pas compter.

The Guardian dans un lycée Islandais - crédits photos Alexandra Topping

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Présent à Reykjavik dans un lycée pour sonder l'avis des forces vives de la nation islandaise, les journalistes du quotidien anglais The Guardian se sont heurtés à une indécision d'une partie de la population. Car si certains reconnaissent l'intérêt d'une telle mesure pour restaurer une image saine de la sexualité dans l'esprit de jeunes enfants, d'autres constatent :

Les seuls pays qui censurent l'Internet sont ceux comme la Chine ou la Corée du Nord. Est ce que l'on veut vraiment être comme eux ?

Et le jeune homme de mettre l'Islande face à son paradoxe politique. Un pays où la libéralisme politique, la liberté individuelle sont valorisés plus que tout mais qui discute d'une mesure le mettant au même niveau que l'Arabie Saoudite. Liberticide.

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Faisabilité

Mais plus que le symbole c'est aussi une question de faisabilité qui se pose :

  • technique : les outils permettant de mettre en oeuvre pareille décision;
  • législatif : la définition du porno "hardcore" par rapport à un des images pornographiques plus soft n'est pas une mince affaire.

Pourtant, loin de se limiter au paradoxe, un retour sur le contexte politique islandais permet de constater que loin de jurer avec la tradition politique du pays, cette nouvelle fait sens pour un certain contexte, selon un certain équilibre des forces.

D'abord faut-il se souvenir que dès 2009, le gouvernement islandais avait pris le chemin de la pénalisation du recours à la prostitution, tout en préservant les "travailleuses du sexe" considérées comme des victimes selon la loi islandaise. Cette loi avait été suivie en 2010 d'une interdiction des clubs de strip-tease sur le territoire islandais.

Une initiative qu'on ne peut condamner mais qui va pourtant à contre-courant des orientations prises par les autres pays européens.

Débat en cours

Et de manière plus générale, ce n'est pas la pornographie ou la prostitution que l'Islande combat. C'est plutôt l'égalité entre les sexes qu'elle tente de promouvoir. Et cette attaque jointe n'est qu'une manière de rétablir le droit à certaines femmes de disposer de leur propre corps.

Jóhanna Sigurdardóttir, ex-premier ministre islandais

Tout cela fait également sens quand on regarde l'équilibre des forces politiques. Jóhanna Sigurdardóttir est l'une des seules  ministres d'Europe à être ouvertement lesbienne et militante féministe. En Islande, les associations féministes sont une force politique qui compte.

Et cette mise en perspective à laquelle s'adjoint une compilation de faits permet de mieux saisir la volonté toute islandaise d'éradiquer d'Internet l'accès à des contenus pornographiques "hardcore".

Par Tomas Statius, publié le 27/05/2013

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